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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2102673

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2102673

mercredi 22 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2102673
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantHACHEM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par jugement du 4 avril 2023, le tribunal administratif de Marseille, en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, a sursis à statuer sur les conclusions présentées par M. B et Mme I G, Mme J A, M. C et Mme E F et M. D et Mme H K, tendant à l'annulation de l'arrêté du 29 septembre 2020, par lequel le maire de la commune de Rognac a délivré à la société anonyme CDC Habitat Social un permis de construire autorisant la réalisation d'un ensemble immobilier de 23 logements locatifs sociaux, sur un terrain situé boulevard du Vallat de la Chapelle sur le territoire de ladite commune, ainsi que le rejet implicite du recours gracieux formé contre cette autorisation.

Il a ainsi accordé à la pétitionnaire et à l'autorité administrative un délai de quatre mois pour la régularisation des vices retenus affectant la légalité de ce permis de construire.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 2 août et 19 septembre 2023, la société CDC Habitat Social, représentée par Me Burtez-Doucède, conclut au rejet de la requête et à titre subsidiaire à ce que la somme 3 500 euros soit mise à la charge des requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que par arrêté du 12 mai 2023, la maire de Rognac a délivré à la société CDC Habitat Social un permis de construire modificatif qui régularise les vices retenus par le jugement de sursis à statuer.

Par mémoire enregistré le 7 septembre 2023, M. et Mme G et autres, représentés par Me Hachem, réitèrent leurs conclusions tendant à l'annulation du permis de construire délivré le 29 septembre 2020 et modifié le 25 mars 2022, et concluent également à l'annulation de l'arrêté portant permis de construire de régularisation délivré le 12 mai 2023 et à ce que la somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la commune de Rognac et de la société CDC Habitat Social en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que la dernière autorisation en date n'a pas régularisé les vices retenus par le jugement de sursis à statuer.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Busidan, première conseillère,

- les conclusions de M. Peyrot, rapporteur public,

- les observations de Me Gouard-Robert, représentant la commune de Rognac, et celles de Me Jankowiak, représentant la société CDC Habitat Social.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 29 septembre 2020, dont M. et Mme G et autres demandent l'annulation, le maire de Rognac a délivré un permis de construire à la société CDC Habitat Social autorisant cette dernière à démolir une maison existante et ses annexes, et à construire trois bâtiments en R+2, comprenant en tout 23 logements locatifs sociaux avec stationnement en sous-sol, sur un terrain d'une superficie totale de 3 118 m² situé boulevard Vallat de la Chapelle, en zone UBa du règlement du plan local d'urbanisme de ladite commune. Par un jugement du 4 avril 2023, le tribunal a sursis à statuer sur le fondement de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme sur la requête de M. et Mme G et autres, en accordant un délai de quatre mois pour la régularisation des trois vices retenus affectant la légalité le permis de construire attaqué, qui avait été modifié par un permis de construire modificatif délivré en cours d'instance le 25 mars 2022. Ces trois vices étaient tirés d'une part, du non-respect, en l'absence de toute production à l'instance de document permettant une vérification, des dispositions conjuguées de l'article UB12 du règlement du plan local d'urbanisme communal relatives au stationnement automobile et des dispositions générales de ce même règlement imposant des dimensions minimales à ces places de stationnement, d'autre part, du non-respect, pour le même motif tenant à l'absence de production à l'instance d'un document permettant une vérification, des dispositions conjuguées de l'article UB12 du règlement du plan local d'urbanisme communal et des dispositions générales de ce même règlement relatives au stationnement " vélo ", enfin du non-respect de l'article UB10 du règlement du PLU relatif à la hauteur maximale des constructions.

2. Par un arrêté du 12 mai 2023, le maire de Rognac a délivré à la société CDC Habitat Social un permis de construire modificatif visant à la régularisation des vices relevés. Les requérants réitèrent leur demande d'annulation du permis de construire du 29 septembre 2020 modifié le 25 mars 2022, en demandant également l'annulation de ce permis de construire de régularisation.

Sur les conclusions en annulation :

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier, et il n'est d'ailleurs pas contesté par les requérants, que les plans joints au permis de construire de régularisation, notamment le plan PCM02/plan du sous-sol et RDC, permettent désormais de vérifier que les dispositions du règlement du PLU relatives, d'une part, aux dimensions des places de stationnement automobile, d'autre part au stationnement des vélos, sont respectées. Par suite, les vices sus-évoqués, entachant le permis de construire initial modifié, tenant à la méconnaissance des dispositions conjuguées de l'article UB12 et des dispositions générales du règlement du PLU et relatifs aux stationnements " automobile " et " vélo ", ont été régularisés par le permis de construire délivré le 12 mai 2023.

4. En second lieu, s'agissant des dispositions de l'article UB10 du règlement limitant, dans la zone d'implantation du projet, la hauteur des façades à 9 mètres à l'égout du toit ou au sommet de l'acrotère, le jugement du 4 avril 2023 avait relevé qu'elles étaient méconnues en façade Sud du bâtiment C et en façade Ouest du bâtiment B. Sur ce vice, il ressort du dossier du permis de construire modificatif délivré le 12 mai 2023, comme des explications fournies par la pétitionnaire, que les bâtiments n'ont pas été modifiés, mais seulement les plans qui représentent leurs façades. La pétitionnaire indique ainsi que, sur les plans associés au permis de construire initial modifié, la façade en litige du bâtiment B avait été représentée par un plan de coupe situé à 4,80 m de ladite façade et la façade en litige du bâtiment C avait été représentée par un plan de coupe situé à 2,20 m de ladite façade. Elle poursuit en indiquant que, dans le permis de construire de régularisation, les plans des façades en litige représentent désormais ces dernières strictement en pied de façade, ce qui explique également pourquoi les niveaux du terrain varient entre les deux séries de plans, puisque le terrain est en déclivité. Il ressort de ces explications et plans que si, contrairement à ce que prétendent les requérants, aucune manœuvre ne caractérise la présentation des plans, celle-ci est malhabile, le choix fait par la pétitionnaire de proposer initialement des plans ne mettant pas le service instructeur, puis le juge, à même de calculer directement la hauteur des façades à leur pied s'avérant préjudiciable à ses propres intérêts. Toutefois, les explications et les plans donnés permettent d'admettre que les hauteurs des bâtiments B et C ne dépassent pas les 9 mètres exigés par les dispositions de l'article UB10 aux endroits litigieux relevés dans le jugement du 4 avril 2023. Dans ces conditions, le vice tenant à la méconnaissance de l'article UB10 a également été régularisé par le permis de construire de régularisation délivré le 12 mai 2023.

5. Il résulte de ce tout ce qu'il a été dit, dans le présent jugement ainsi que dans le jugement précédemment rendu le 4 avril 2023 dans la présente instance n° 2102673, que doivent être rejetées les conclusions tendant à l'annulation tant du permis de construire délivré le 29 septembre 2020 et modifié par un permis délivré le 25 mars 2022 que du permis de construire de régularisation délivré le 12 mai 2023, contre lequel aucun moyen spécifique n'a été soulevé.

Sur les frais liés au litige :

6. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens () ". Il résulte de ces dispositions que le paiement des sommes exposées et non comprises dans les dépens ne peut être mis à la charge que de la partie qui perd pour l'essentiel. La circonstance qu'au vu de la régularisation intervenue en cours d'instance, le juge rejette finalement les conclusions dirigées contre la décision initiale, dont le requérant était fondé à soutenir qu'elle était illégale et dont il est, par son recours, à l'origine de la régularisation, ne doit pas à elle seule, pour l'application de ces dispositions, conduire le juge à mettre les frais à sa charge ou à rejeter les conclusions qu'il présente à ce titre.

7. Dès lors, sur le fondement de ces dispositions et dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Rognac une somme de 1 000 euros à verser aux requérants pris ensemble. En revanche, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants la somme demandée au même titre par la société CDC Habitat social.

D É C I D E :

Article 1er : Les conclusions présentées par M. et Mme G et autres, tendant à l'annulation des permis de construire initial, modificatif et de régularisation délivrés à la société CDC Habitat Social par le maire de la commune de Rognac les 29 septembre 2020, 25 mars 2022 et 12 mai 2023, sont rejetées.

Article 2 : La commune de Rognac versera la somme totale de 1 000 euros aux requérants pris ensemble au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions présentées par la société CDC Habitat Social sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B et Mme I G, à Mme J A, à M. C et Mme E F, à M. D et Mme H K, à la commune de Rognac et à la société CDC Habitat Social.

Délibéré après l'audience du 24 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Hogedez, présidente,

- Mme Busidan, première conseillère,

- Mme Ridings, conseillère,

assistées de M. Brémond, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe du tribunal le 22 novembre 2023.

La rapporteure,

signé

H. BusidanLa présidente,

signé

I. HogedezLe greffier,

signé

A. Brémond

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

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