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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2102692

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2102692

vendredi 7 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2102692
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantLATIMIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 mars 2021, M. B A, représenté par Me Latimier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 janvier 2021 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires Sud-Est-Marseille confirme, à la suite de son recours administratif préalable, la sanction disciplinaire qui lui a été infligée le 15 décembre 2020 par le président de la commission de discipline du centre pénitentiaire de Marseille ;

2°) d'annuler la décision du 15 décembre 2020 du président de la commission de discipline du centre pénitentiaire de Marseille ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la légalité externe de la décision :

- elle est entachée d'un vice de procédure tiré de l'absence de procédure contradictoire et d'une méconnaissance des droits de la défense.

Sur la légalité interne de la décision :

- elle est entachée d'une erreur sur la matérialité des faits qui ne sont nullement établis dès lors qu'il n'a pas refusé de se soumettre à la fouille dont il faisait l'objet ;

- elle procède d'une erreur de qualification juridique des faits ;

- il a été victime de violences physiques résultant de l'usage de la force des agents pénitentiaires qui n'était pas strictement nécessaire ;

- il n'a pas proféré de menace à l'encontre des agents pénitentiaires ;

- il n'a pas troublé l'ordre public en détention dès lors que les coups qu'il portait sur la porte de sa cellule n'avait pour autre objectif que celui d'être autorisé à consulter un médecin pour faire reconnaitre ses blessures ;

- elle procède d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation ;

- la sanction est disproportionnée ;

- elle est issue d'un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 mars 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par courrier du 16 juin 2023, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision de la commission de discipline du 15 décembre 2020, dès lors que la décision prise par le directeur interrégional des services pénitentiaires à la suite du recours administratif prévu par l'article R. 57-7-32 du code de procédure pénale, qui se substitue nécessairement à la décision initiale, est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- la loi n° 2009-1436 du 24 novembre 2009 pénitentiaire ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Secchi,

- et les conclusions de M. Boidé, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, né le 20 avril 1990 et écroué au centre pénitentiaire de Marseille depuis le 14 septembre 2020, a fait l'objet, le 15 décembre 2020, d'une sanction disciplinaire de huit jours de cellule disciplinaire dont quatre avec sursis. Par décision du 27 janvier 2021, le directeur interrégional des services pénitentiaires Sud-Est a confirmé cette sanction à la suite d'un recours administratif préalable obligatoire exercé par le requérant le 21 décembre 2020. M. A demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur la légalité externe :

2. M. A soutient que la sanction a été prononcée à la suite d'une procédure irrégulière, que les vices dont elle est entachée ont exercé une influence sur le sens de la décision prise et qu'ils l'ont privé d'une garantie dès lors qu'il n'a pas pu visionner les enregistrements de vidéoprotection ni avoir accès à son dossier.

3. Aux termes de l'article R. 57-7-16 du code de procédure pénale alors en vigueur : " En cas d'engagement des poursuites disciplinaires, les faits reprochés ainsi que leur qualification juridique sont portés à la connaissance de la personne détenue. () IV. - L'avocat, ou la personne détenue si elle n'est pas assistée d'un avocat, peut également demander à prendre connaissance de tout élément utile à l'exercice des droits de la défense existant, précisément désigné, dont l'administration pénitentiaire dispose dans l'exercice de sa mission et relatif aux faits visés par la procédure disciplinaire, sous réserve que sa consultation ne porte pas atteinte à la sécurité publique ou à celle des personnes. () La demande mentionnée à l'alinéa précédent peut porter sur les données de vidéoprotection, à condition que celles-ci n'aient pas été effacées, dans les conditions fixées par un arrêté du ministre de la justice, au moment de son enregistrement. ". Aux termes de l'article R. 57-6-9 du code de procédure pénale : " L'autorité compétente peut décider de ne pas communiquer à la personne détenue, à son avocat ou au mandataire agréé les informations ou documents en sa possession qui contiennent des éléments pouvant porter atteinte à la sécurité des personnes ou des établissements pénitentiaires ".

4. Il résulte de ces dispositions que, si la procédure disciplinaire a été engagée à partir, notamment, des enregistrements de vidéosurveillance de l'établissement pénitentiaire, ceux-ci font partie du dossier de cette procédure, lequel doit être mis à disposition de la personne détenue ou de son avocat. Dans le cas où la procédure n'a pas été engagée à partir de ces enregistrements ou en y faisant appel, il appartient à la personne détenue ou à son avocat, s'ils le jugent utiles aux besoins de la défense et si ces enregistrements existent, de demander à y accéder. Un refus ne saurait être opposé à de telles demandes au motif de principe que le visionnage de ces enregistrements serait susceptible en toute circonstance de porter atteinte à la sécurité publique ou à celle des personnes.

5. M. A soutient que dès lors qu'elles sont à l'origine de la décision en litige, les images issues des caméras de vidéosurveillance auraient dû lui être communiquées et être soumises au principe du contradictoire. Si l'administration pénitentiaire a visé dans les motifs de la décision en litige " des comptes rendus d'incident et des analyses de la vidéo surveillance ", il ressort des pièces du dossier qu'en l'espèce, la sanction est fondée sur les seuls comptes rendus d'incident. Au surplus, l'administration soutient, sans être contredite sur ce point, que les images sont inexploitables puisqu'elles ne permettent pas de visualiser l'intérieur du box où se sont déroulés les faits en litige. Dès lors, l'enregistrement vidéo ne peut être regardé comme constituant une pièce du dossier disciplinaire et n'avait pas à être communiqué à ce titre. Le requérant, qui a obtenu la communication de l'intégralité de son dossier, n'est dans ces conditions pas fondé à soutenir que la procédure disciplinaire est irrégulière.

Sur la légalité interne :

6. En premier lieu, aux termes de l'article R. 57-7-1 du code de procédure pénale alors en vigueur : " Constitue une faute disciplinaire du premier degré le fait, pour une personne détenue : 12° De proférer des insultes, des menaces ou des propos outrageants à l'encontre d'un membre du personnel de l'établissement ; () ". Aux termes de l'article R. 57-7-2 du code de procédure pénale alors en vigueur : " Constitue une faute disciplinaire du deuxième degré le fait, pour une personne détenue : 1° De refuser de se soumettre à une mesure de sécurité définie par une disposition législative ou réglementaire, par le règlement intérieur de l'établissement pénitentiaire ou par toute autre instruction de service ou refuser d'obtempérer immédiatement aux injonctions du personnel de l'établissement ; ()15° De provoquer un tapage de nature à troubler l'ordre de l'établissement ; () ". Aux termes de l'article R. 57-7-33 dudit code, dans sa rédaction applicable au litige : " Lorsque la personne détenue est majeure, peuvent être prononcées les sanctions disciplinaires suivantes : () / 7° La mise en cellule disciplinaire ".

7. Il résulte de ces dispositions qu'en dehors de la seule hypothèse où l'injonction adressée à un détenu par un membre du personnel de l'établissement pénitentiaire serait manifestement de nature à porter une atteinte à la dignité de la personne humaine, tout ordre du personnel pénitentiaire doit être exécuté par les détenus. Par suite, le fait pour l'un d'entre eux de refuser d'obtempérer à un ordre du personnel de l'établissement pénitentiaire, notamment en refusant de se soumettre à une mesure de sécurité, constitue, en dehors de la seule hypothèse où cet ordre serait manifestement de nature à porter une atteinte à la dignité de la personne humaine, une faute disciplinaire de nature à justifier légalement une sanction. En cas de désobéissance d'un détenu à un ordre d'un membre du personnel de l'établissement, il appartient à l'autorité compétente de prononcer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, une sanction adéquate dont la nature et le quantum ne doivent pas être disproportionnés à la nature et à la gravité de la faute disciplinaire commise.

8. Il ressort des pièces du dossier que M. A a été sanctionné en raison d'abord de son seul refus d'obéir à l'ordre qui lui avait été donné par les surveillants pénitentiaires qui procédaient à une fouille sur sa personne, d'ouvrir la bouche afin de recracher l'objet qu'il venait de porter à sa bouche. Eu égard à son objet un tel ordre répond à une mesure de sécurité, de sorte que le refus de s'y soumettre constitue, contrairement à ce que soutient le requérant, une faute disciplinaire du deuxième degré et que cette mesure de sécurité n'était pas de nature à porter manifestement atteinte à sa dignité. M. A a ensuite été sanctionné pour avoir proféré des menaces ou des propos outrageants à l'encontre d'un membre du personnel de l'établissement. S'il réfute avoir tenu de tels propos, les mentions portées dans les deux comptes rendus d'incidents rédigés le 5 décembre 2020 par les deux surveillants pénitentiaires ayant assistés aux faits et à qui les menaces étaient adressées font foi jusqu'à preuve du contraire. Enfin, si M. A soutient que s'il tambourinait sur la porte de sa cellule c'était pour pouvoir être conduit auprès du service médical de l'établissement, le seul fait d'être à l'origine du tapage caractérise une troisième faute commise par le requérant. Dans ces conditions, M. A, qui a commis trois fautes disciplinaires, n'est fondé à soutenir ni que la décision en litige procède d'une erreur sur la matérialité des faits, ni qu'elle est entachée d'une erreur de qualification juridique des faits.

9. En deuxième lieu, si M. A soutient que la violence exercée sur sa personne était disproportionnée, il ne ressort pas des comptes rendus d'incident, et selon les circonstances du refus d'obtempérer, que les surveillants n'auraient pas utilisé la force strictement nécessaire pour tenter de faire recracher l'objet que le détenu venait de mettre dans sa bouche. La circonstance alléguée selon laquelle l'objet dissimulé dans sa bouche n'aurait été qu'un bout de papier, ne remet pas en cause cette appréciation. Par suite, le moyen tiré du fait que les deux surveillants pénitentiaires ont exercé sur sa personne des violences physiques doit être écarté.

10. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8 du présent jugement, M. A n'est pas fondé à soutenir que la sanction qui lui a été infligée procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

11. En quatrième lieu, aux termes de l'article R. 57-7-47 du même code : " Pour les personnes majeures, la durée de la mise en cellule disciplinaire ne peut excéder vingt jours pour une faute disciplinaire du premier degré, quatorze jours pour une faute disciplinaire du deuxième degré et sept jours pour une faute disciplinaire du troisième degré. () ". L'article R. 57-7-49 du même code dispose enfin que : " Le président de la commission de discipline prononce celles des sanctions qui lui paraissent proportionnées à la gravité des faits et adaptées à la personnalité de leur auteur () ".

12. Si M. A soutient que la sanction dont il a fait l'objet est disproportionnée, il résulte des dispositions précitées qu'il encourait au maximum 20 jours de cellule disciplinaire pour une faute du 1er degré et 14 jours de cellule disciplinaire pour une faute du deuxième degré alors que la sanction prononcée à son encontre est de 8 jours de cellule disciplinaire dont 4 avec sursis. Eu égard à la gravité des faits qui lui sont reprochés, M. A n'est dès lors pas fondé à soutenir que la sanction est disproportionnée alors au demeurant qu'elle n'a finalement pas été exécutée.

13. En dernier lieu, M. A allègue un détournement de pouvoir dès lors que la procédure disciplinaire dont a fait l'objet a été mise en œuvre selon lui dans le but de tenter de dissimuler les violences exercées sur sa personne par les deux surveillants pénitentiaires ou pour contourner les garanties légales et les droits de la défense. Il résulte cependant de tout ce qui vient d'être dit que la sanction prononcée à l'encontre de M. A pour les fautes qu'il a commises est justifiée. Dans ces conditions, à supposer même établies les violences dont il a fait l'objet le 5 décembre 2020, cette circonstance serait sans incidence sur la légalité de la décision en litige qui n'est dès lors pas constitutive d'un détournement de pouvoir.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 23 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rousselle, présidente,

M. Secchi, premier conseiller,

Mme Charpy, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2023.

Le rapporteur,

signé

L. SecchiLa présidente,

signé

P. Rousselle

La greffière,

signé

D. Dan

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

7

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