lundi 30 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2102749 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | EL KOLLI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 mars 2021, Mme C A, représentée par Me El Kolli, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 janvier 2021 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de renouveler son titre de séjour et lui a fait invitation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence algérien dans le délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation et de prendre une décision dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte et lui délivrer un titre de séjour provisoire durant le temps de l'examen de sa demande ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, son conseil s'engageant à renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- l'arrêté est entaché d'incompétence ;
- l'arrêté est entaché d'un défaut de motivation ;
- le préfet méconnaît les stipulations de l'article 12.3 de la directive n° 2004/38 du 29 avril 2004 et les dispositions de l'article R. 121-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet méconnaît également l'article 10 du règlement n° 492/2011 du Parlement européen et du Conseil du 5 avril 2011 ;
- l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'il emporte sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juillet 2021, après avoir été mis en demeure de produire ses observations le 6 juillet 2021, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 28 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 12 décembre 2022 à 12 heures.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 mars 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 429/2011 du Parlement européen et du Conseil du 5 avril 2011 relatif à la libre circulation des travailleurs à l'intérieur de l'Union ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- les arrêts de la Cour de justice de l'Union européenne du 17 septembre 2002, C 413/99 Baumbast, et du 23 février 2010, C 310/08 Ibrahim et C-480/08 Teixeira ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante algérienne née en 1981, a bénéficié d'une carte de séjour temporaire en qualité de membre de famille de ressortissant de l'Union européenne sur le fondement de l'article L. 121-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, laquelle était valable du 19 novembre 2018 au 18 novembre 2019. Le 9 octobre 2019, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Mme A demande l'annulation de l'arrêté du 26 janvier 2021 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a rejeté sa demande et lui a fait invitation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. L'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 régit d'une manière complète les conditions dans lesquelles les ressortissants algériens peuvent être admis à séjourner en France et y exercer une activité professionnelle. Ces stipulations ne font toutefois pas obstacle, en l'absence de dispositions incompatibles expresses, à ce que les ressortissants algériens, en leur qualité de conjoint de citoyen de l'Union européenne, se prévalent des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile concernant les membres de famille de ressortissant de l'Union qui assurent notamment la transposition en droit interne de la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leur famille de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membres.
3. D'une part, l'article R. 121-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable, dispose que " En cas de décès du ressortissant accompagné ou rejoint ou si celui-ci quitte la France, les enfants et le membre de la famille qui en a la garde conservent ce droit de séjour jusqu'à ce que ces enfants achèvent leur scolarité dans un établissement français d'enseignement secondaire ". Ces dispositions ont transposé, en application du décret n° 2007-371 du 21 mars 2007, le paragraphe 3 de l'article 12, intitulé " Maintien du droit de séjour des membres de la famille en cas de décès ou départ du citoyen de l'Union " de la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des Etats membres, qui énonce que " Le départ du citoyen de l'Union ou son décès n'entraîne pas la perte du droit de séjour de ses enfants ou du parent qui a effectivement la garde des enfants, quelle que soit leur nationalité, pour autant que ceux-ci résident dans l'État membre d'accueil et soient inscrits dans un établissement scolaire pour y suivre un enseignement, jusqu'à la fin de leurs études ". Ces dispositions ne subordonnent pas le maintien du droit au séjour de plus de trois mois du parent ayant la garde des enfants scolarisés dans l'État d'accueil à la condition qu'il justifie de ressources suffisantes et d'une assurance maladie complète.
4. D'autre part, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
5. Aux termes de l'article 10 du règlement UE n° 492/2011 du Parlement européen et du Conseil du 5 avril 2011 relatif à la libre circulation des travailleurs à l'intérieur de l'Union, entré en vigueur le 16 juin 2011, qui s'est substitué à l'article 12 du règlement (CEE) n° 1612/68 du Conseil du 15 octobre 1968 : " Les enfants d'un ressortissant d'un État membre qui est ou a été employé sur le territoire d'un autre État membre sont admis aux cours d'enseignement général, d'apprentissage et de formation professionnelle dans les mêmes conditions que les ressortissants de cet État, si ces enfants résident sur son territoire. / Les États membres encouragent les initiatives permettant à ces enfants de suivre les cours précités dans les meilleures conditions ".
6. Il résulte de ces dispositions, telles qu'interprétées par la Cour de justice de l'Union européenne dans les deux arrêts de sa Grande Chambre du 23 février 2010, C-310/08 Ibrahim et C-480/08 Teixeira, que les enfants d'un citoyen de l'Union européenne qui se sont installés dans un État membre, alors que leur parent exerçait son droit de séjour en tant que travailleur migrant dans cet État membre, sont en droit d'y séjourner afin d'y poursuivre des cours d'enseignement général, d'apprentissage et de formation professionnelle, et que le parent qui a effectivement la garde de ces enfants, quelle que soit sa nationalité, est en droit de séjourner avec eux de manière à faciliter l'exercice de ce droit, sans qu'il soit tenu de satisfaire aux conditions tenant à disposer de ressources suffisantes et d'une assurance maladie complète dans cet État définies dans la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 relative au droit des citoyens de l'Union et des membres de leurs familles de circuler et de séjourner librement sur le territoire des États membre. En outre l'arrêt de la Cour de justice européenne du 17 septembre 2002 C-413/99 Baumbast précise que " le fait que les parents des enfants concernés ont entre-temps divorcé, le fait que seul l'un des parents est un citoyen de l'Union et que ce parent n'est plus un travailleur migrant dans l'État membre d'accueil () n'ont à cet égard aucune incidence ".
7. Mme A, qui est entrée le 30 août 2016 en France avec ses trois enfants de nationalité italienne, a été rejoint par son époux de nationalité italienne quelques mois après et a obtenu par la suite une carte de séjour en qualité de membre de famille de ressortissant de l'Union européenne valable du 19 novembre 2018 au 18 novembre 2019 dont elle a sollicité le renouvellement. En produisant notamment des bulletins de salaire et une attestation de l'employeur de son époux, elle démontre d'une part qu'elle peut se maintenir sur le territoire avec ses enfants dès lors que son époux, ressortissant italien, a travaillé en France du mois de décembre 2018 au mois d'avril 2020 et qu'à cette date, leurs trois enfants étaient scolarisés. Elle démontre également, d'autre part, qu'elle peut se maintenir sur le territoire alors que son époux a quitté le territoire pour retourner en Italie dès lors qu'elle est titulaire de la garde des enfants en application d'une ordonnance de non-conciliation du 5 octobre 2020 du juge des affaires familiales du tribunal judiciaire de Marseille. Ces enfants qui sont scolarisés depuis leur entrée sur le territoire en 2016, étaient à la date de l'arrêté, respectivement en classe de quatrième au collège et en cours moyen 1 et 2. Par suite, en refusant à Mme A un titre de séjour, le préfet des Bouches-du-Rhône a méconnu tant les dispositions de l'article R. 121-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les stipulations de l'article 10 du règlement UE n° 492/2011 et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, la décision du 26 janvier 2021 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de renouveler le titre de séjour de Mme A doit être annulée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
9. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un délai déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution " et aux termes de l'article L. 911-3 du même code : " Saisie de conclusions en ce sens, la juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet ". Aux termes de l'article R. 233-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " En cas de décès du citoyen de l'Union européenne accompagné ou rejoint ou si celui-ci quitte la France, les enfants et le membre de la famille qui en a la garde conservent ce droit de séjour jusqu'à ce que ces enfants achèvent leur scolarité dans un établissement français d'enseignement secondaire. ". Aux termes de l'article L. 233-5 du même code : " les ressortissants de pays tiers mentionnés aux articles L. 200-4 ou L. 200-5 âgés de plus de dix-huit ans () doivent être munis d'un titre de séjour. Ce titre, dont la durée de validité correspond à la durée de séjour envisagée du citoyen de l'Union européenne qu'il accompagne ou rejoint dans la limite de cinq années, porte la mention " Carte de séjour de membre de la famille d'un citoyen de l'Union " et donne à son titulaire le droit d'exercer une activité professionnelle. ".
10. Il y a lieu, eu égard au motif d'annulation de l'arrêté attaqué, d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer un titre de séjour portant la mention " Carte de séjour de membre de la famille d'un citoyen de l'Union " à Mme A dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il y ait lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me El Kolli, avocat de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 200 euros à Me El Kolli au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : La décision du 26 janvier 2021 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme A est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de délivrer à Mme A un titre de séjour portant la mention " Carte de séjour de membre de la famille d'un citoyen de l'Union " dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Sous réserve que Me El Kolli renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera une somme de 1 200 euros à Me El Kolli, avocat de Mme A, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à Me El Kolli et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 10 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Gonneau, président,
Mme Simeray, première conseillère,
Mme Devictor, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2023.
Le président-rapporteur,
Signé
P-Y. B
L'assesseure la plus ancienne,
Signé
C. Simeray
La greffière,
Signé
A. Martinez
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026