jeudi 16 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2102766 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SELARLU MONTECRISTO - LACOMBE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 29 mars et 1er juillet 2021, la société par actions simplifiée Grandvision France, représenté par Me Zunz, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 11 février 2021 par laquelle la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion, après avoir annulé la décision de rejet de l'inspection du travail du 14 août 2020, a rejeté la demande d'autorisation de licenciement pour motif disciplinaire de Mme A B ;
2°) d'autoriser le licenciement de Mme B.
Elle soutient que les faits reprochés à Mme B sont établis et qu'en conséquence son licenciement doit être prononcé.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er juin 2021, la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par la société Grandvision France ne sont pas fondés.
Par deux mémoires en défense, enregistré les 7 juin et 12 septembre 2021, Mme A B, représentée par Me Trad, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge de la société Grandvision France sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par la société Grandvision France ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 15 mars 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 avril 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Hétier-Noël, rapporteure,
- les conclusions de Mme Sarac-Deleigne, rapporteure publique,
- et les observations de Me Treton représentant la société Grandvision.
Considérant ce qui suit :
1. La société Grandvision France a pour activité principale la fabrication et la vente de lunettes sous l'enseigne Grand Optical. Mme B a été recrutée par la société Grandvision France le 22 juin 1999, par contrat à durée indéterminée. Elle a été nommée directrice adjointe du magasin Grand Optical de Marseille à compter du 1er juillet 2008. Mme B a été élue au comité social et économique le 4 juin 2019 et désignée déléguée syndicale le 18 juin 2019. La société Grandvision France a sollicité auprès de l'inspectrice du travail territorialement compétente, par un courrier du 10 juin 2020, l'autorisation de la licencier pour motif disciplinaire, demande qui a été rejetée par décision du 14 août 2020. La société Grandvision France a formé un recours hiérarchique contre cette décision de l'inspectrice du travail par courrier du 13 octobre 2020. La ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion a, par décision du 11 février 2021, annulé la décision de l'inspectrice du travail, et rejeté la demande d'autorisation de licenciement de Mme B pour motif disciplinaire. La société Grandvision France doit être regardée comme demandant l'annulation de la décision de la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion du 11 février 2021 en tant que, par son article 2, elle rejette la demande d'autorisation de licenciement.
Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion du 11 février 2021 :
2. En vertu des dispositions du code du travail, les salariés légalement investis de fonctions représentatives bénéficient, dans l'intérêt de l'ensemble des salariés qu'ils représentent, d'une protection exceptionnelle. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail, et le cas échéant au ministre, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier son licenciement, compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé et des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi. Il résulte des en outre dispositions de l'article L. 1235-1 du code du travail que, lorsqu'un doute subsiste au terme de l'instruction sur l'exactitude matérielle des faits à la base des griefs formulés par l'employeur contre le salarié protégé, ce doute profite au salarié.
3. A l'appui de sa demande d'autorisation de licenciement de Mme B pour manquement à ses obligations managériales en matière de santé et de sécurité des salariés, la société Grandvision France a retenu cinq griefs, à savoir des pauses déjeuner simultanées avec la seconde adjointe du magasin laissant le magasin sans manager, des plannings " à la carte " et souvent identiques avec la seconde adjointe, très peu de fermetures de magasin le soir par rapport aux collaborateurs du magasin, créant une situation de favoritisme et un manque d'exemplarité en tant que manager, un défaut de présence en surface de vente et de soutien aux collaborateurs face à des échanges ou litiges clients ou lors de demande d'aide sur le suivi des dossiers, un comportement autoritaire vis-à-vis des collaborateurs, et enfin une demande à un collaborateur d'accorder une remise hors offre commerciale au vigile du magasin. La ministre a estimé que ces griefs soit n'étaient pas matériellement établis, soit étaient prescrits, soit portaient sur des faits ne présentant pas de caractère fautif.
4. En premier lieu, il ne ressort pas des comptes-rendus d'audition des salariés ni des autres pièces produites par la société Grandvision France que les deux directrices adjointes auraient pris des pauses déjeuner simultanées laissant le magasin sans manager. Si Mme B a reconnu être partie une fois déjeuner avec l'autre directrice adjointe en juin 2019, ce seul élément ne saurait établir le caractère répété de déjeuners communs reprochés par la société Grandvision France. La ministre a, dès lors, pu constater sans erreur de fait que les faits reprochés sur ce point ne sont pas matériellement établis.
5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier et des déclarations de Mme B non contredites par la société Grandvision France que les plannings étaient préparés par l'autre directrice adjointe et validés par le directeur du magasin et qu'ainsi les plannings de juin et juillet 2019 étaient connus de la direction qui n'a pas engagé de procédure disciplinaire dans le délai de deux mois conformément aux dispositions de l'article L. 1332-4 du code du travail. Ainsi, il ne résulte pas des éléments versés dans l'instance que l'établissement de plannings comportant peu de fermetures du magasin en fin de journée serait exclusivement imputable à Mme B et en toute hypothèse les faits relatifs aux plannings cités de juin et juillet 2019 étaient prescrits à la date d'engagement de la procédure de licenciement, ainsi que l'a relevé à bon droit la décision contestée.
6. En troisième lieu, le défaut de présence en surface de vente reproché à Mme B en raison de discussions fréquentes avec le vigile n'est pas établi par les pièces du dossier. L'absence de soutien aux collaborateurs n'est illustrée par l'employeur que par un fait datant de début novembre 2019 où, lors d'un échange téléphonique avec un client sur un dossier posant difficulté, Mme B se serait défaussée sur une collaboratrice, ce qu'elle nie. Le doute profitant au salarié, ce grief ne saurait être considéré comme établi. Dès lors, la ministre n'a pas davantage entaché sa décision d'erreur d'appréciation sur ce point.
7. En quatrième lieu, s'agissant du grief d'autoritarisme invoqué contre Mme B, s'il résulte des pièces du dossier que les salariés lors de leurs auditions ont fait état de tensions et de difficultés managériales, aucun fait précis et circonstancié n'est justifié ni même allégué, alors que Mme B conteste avoir eu un comportement autoritaire et avoir tenu des propos tels que " c'est moi qui décide, je connais du monde au siège () ". La ministre a ainsi pu, sans erreur de fait ni erreur d'appréciation, considérer que ces faits n'étaient par conséquent pas établis.
8. En cinquième et dernier lieu, il n'est pas utilement contesté par la société requérante qu'elle dispose d'une procédure interne en vue d'accorder à un client une remise exceptionnelle de 50 %. Dès lors, c'est à bon droit que la décision contestée a relevé que la demande de Mme B, à la supposer établie, d'obtenir une telle réduction pour le vigile du magasin ne pouvait par elle-même être considérée comme fautive,
9. Enfin, si la société Grandvision France a fait état dans le cadre de son recours hiérarchique de nouveaux griefs contre le comportement de Mme B, ceux-ci n'avaient pas à être pris en compte par la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion dès lors qu'ils ne figuraient pas dans la demande initiale d'autorisation de licenciement pour motif disciplinaire formée auprès de l'inspectrice du travail.
10. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion a pu, sans commettre d'erreur de fait et d'appréciation, rejeter la demande d'autorisation de licenciement pour motif disciplinaire de Mme B. Par suite, les conclusions présentées par la société Grandvision France à fin d'annulation de la décision de la ministre du travail, de l'emploi et de l'insertion du 11 février 2021 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence et en tout état de cause, ses conclusions à fin d'autorisation du licenciement de Mme B.
Sur les frais liés à l'instance :
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Grandvision France une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Grandvision France est rejetée.
Article 2 : La société Grandvision France versera à Mme B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Grandvision France, au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion et à Mme A B.
Délibéré après l'audience du 2 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Hameline, présidente,
Mme Hétier-Noël, première conseillère,
Mme Forest, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 novembre 2023.
La rapporteure,
signé
C. Hétier-Noël
La présidente,
signé
M-L. Hameline
La greffière,
signé
B. Marquet
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
No 2102766
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026