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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2102789

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2102789

vendredi 19 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2102789
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSELAFA CABINET CASSEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée 29 mars 2021, M. B A, représenté par la SELAFA Cabinet Cassel, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision de la ministre des armées du 1er février 2021 rejetant son recours administratif préalable obligatoire formé le 21 septembre 2020 contre la décision du 31 août 2020 de l'établissement national de la solde rejetant sa demande de levée de la prescription quadriennale ;

2°) d'enjoindre à la ministre des armées, à titre principal, de lui verser la somme de 1 100 euros correspondant aux primes de haute technicité pour la période du 14 avril 2011 au 16 décembre 2014 inclus qui lui sont dues, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice d'incompétence ;

- il est entaché d'une erreur de faits et d'une erreur de droit, dès lors que le courrier du 28 février 2015 par lequel le ministère des armées lui a demandé la régularisation de trop-versés est une cause d'interruption de la prescription quadriennale ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation, dès lors qu'il justifie de circonstances particulières en raison de la situation financière précaire dans laquelle il se trouve après 40 ans de service continu et qu'il n'a pas bénéficié d'une réelle information et n'a découvert qu'en juillet 2019 qu'il pouvait prétendre au versement de la prime de haute technicité après sa radiation des cadres intervenue le 31 décembre 2010.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 décembre 2023, le ministre de armées conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la défense ;

- la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Charpy,

- les conclusions de M. Secchi, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, major de réserve dans l'armée de terre, en poste au sein du groupement de soutien de la base de défense d'Istres-Salon-de-Provence, a demandé par courrier du 15 juillet 2019 le relèvement de la prescription quadriennale, afin de pouvoir bénéficier du versement de la prime de haute technicité pour la période du 14 avril 2011 au 16 décembre 2014 inclus. Cette demande a été rejetée par une décision du 31 août 2020 de l'établissement national de la solde du ministère des armées contre laquelle l'intéressé a formé un recours administratif préalable obligatoire, qui a été rejeté par une décision de la ministre des armées du 1er février 2021. M. A demande au tribunal l'annulation de cette dernière décision.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 susvisée : " Sont prescrites, au profit de l'Etat () sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis () ". L'article 2 de cette loi dispose que : " La prescription est interrompue par : Toute demande de paiement ou toute réclamation écrite adressée par un créancier à l'autorité administrative, dès lors que la demande ou la réclamation a trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, alors même que l'administration saisie n'est pas celle qui aura finalement la charge du règlement ; tout recours formé devant une juridiction, relatif au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, quel que soit l'auteur du recours et même si la juridiction saisie est incompétente pour en connaître, et si l'administration qui aura finalement la charge du règlement n'est pas partie à l'instance ; toute communication écrite d'une administration intéressée, même si cette communication n'a pas été faite directement au créancier qui s'en prévaut, dès lors que cette communication a trait au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance ; toute émission de moyen de règlement, même si ce règlement ne couvre qu'une partie de la créance ou si le créancier n'a pas été exactement désigné. () ". Aux termes de l'article 3 de cette loi : " La prescription ne court ni contre le créancier qui ne peut agir, soit par lui-même ou par l'intermédiaire de son représentant légal, soit pour une cause de force majeure, ni contre celui qui peut être légitimement regardé comme ignorant l'existence de sa créance ou de la créance de celui qu'il représente légalement ". En vertu de l'article 6 de cette loi : " Les autorités administratives ne peuvent renoncer à opposer la prescription qui découle de la présente loi. Toutefois, par décision des autorités administratives compétentes, les créanciers de l'Etat peuvent être relevés en tout ou en partie de la prescription, à raison de circonstances particulières et notamment de la situation du créancier () ".

3. Lorsqu'un litige oppose un agent public à son administration sur le montant des rémunérations auxquelles il a droit, le fait générateur de la créance se trouve en principe dans les services accomplis par l'intéressé. Dans ce cas, le délai de prescription de la créance relative à ces services court, sous réserve des cas prévus à l'article 3 précité de la loi du 31 décembre 1968, à compter du 1er janvier de l'année suivant celle au titre de laquelle ils auraient dû être rémunérés.

4. Le présent litige porte sur des sommes dues au requérant à raison de l'abstention fautive de l'administration de lui verser les primes de haute technicité auxquelles il estime avoir droit après sa radiation des cadres le 31 décembre 2010, et plus précisément au titre des services qu'il a accomplis entre le 14 avril 2011 et le 16 décembre 2014 inclus. Par un courrier en date du 28 février 2015, le centre expert des ressources humaines a procédé à une régularisation du solde de M. A au 30 novembre 2014. Il ressort de la lecture de ce courrier que, pour retenir que l'intéressé est en situation de trop-versé, l'administration a procédé à une analyse détaillée et complète de son dossier, prenant en compte les sommes versées par le logiciel Louvois, les sommes qui doivent être reprises, et les sommes éventuellement dues à l'intéressé. Ce courrier doit être regardé comme une communication écrite ayant trait à l'existence de la créance au sens de l'article 2 de la loi du 31 décembre 1968 susvisée et a ainsi eu pour effet d'interrompre le délai de la prescription quadriennale.

5. En conséquence de l'interruption du délai de prescription le 28 février 2015, et en application de l'article 2 de la loi du 31 décembre 1968, un nouveau délai de prescription de quatre ans a commencé à courir à compter du 1er janvier 2016. À la date de la réclamation présentée par M. A le 15 juillet 2019, la créance détenue par l'intéressé au titre des services accomplis pour la période d'avril 2011 à décembre 2014 n'était pas prescrite.

6. Il résulte de ce qui précède que la décision de la ministre des armées du 1er février 2021, rejetant le recours administratif préalable obligatoire formé par M. A le 21 septembre 2020 contre la décision du 31 août 2020 de l'établissement national de la solde rejetant sa demande de levée de la prescription quadriennale, doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

8. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que le ministre des armées réexamine la demande de M. A de régularisation de ses droits concernant le montant non perçu de la prime de haute technicité qu'il estime lui être due pour la période courant du 14 avril 2011 au 16 décembre 2014 inclus, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à M. A au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la ministre des armées du 1er février 2021, rejetant le recours administratif préalable obligatoire formé par M. A le 21 septembre 2020 contre la décision du 31 août 2020 de l'établissement national de la solde rejetant sa demande de levée de la prescription quadriennale, est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au ministre des armées de réexaminer la demande de M. A de régularisation de ses droits concernant le montant non perçu de la prime de haute technicité qu'il estime lui être due pour la période du 14 avril 2011 au 16 décembre 2014 inclus, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Article 3 : L'État versera à M. A une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre des armées.

Délibéré après l'audience du 22 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Brossier, président,

Mme Charpy, première conseillère,

Mme Pouliquen, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 avril 2024.

La rapporteure,

Signé

C. Charpy

Le président,

Signé

J.B. Brossier

La greffière,

Signé

D. Dan

La République mande et ordonne au ministre des armées, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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