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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2102838

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2102838

mercredi 18 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2102838
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantCOLAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 mars 2021, et un mémoire, enregistré le 18 mars 2022, la société Feufeur, représentée par Me Colas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 février 2021 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a prononcé la fermeture administrative pour une durée de 15 jours de l'établissement dénommé " Drugstore " situé à Marseille ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 22 806 euros en réparation des préjudices résultant de l'illégalité de l'arrêté du 4 février 2021 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de forme en ce qu'il n'identifie pas la société mais seulement l'établissement concerné par la fermeture ;

- il est entaché d'un vice de procédure en ce qu'elle n'a pas reçu de mise en demeure préalable ;

- il est dépourvu de base légale en ce que les dispositions qu'il cite ne permettaient pas au préfet de procéder à une fermeture administrative ;

- au nom du respect du droit à un procès équitable et de la proportion de la sanction, elle n'aurait pas dû faire l'objet d'une fermeture mais seulement d'une amende ;

- la durée de quinze jours de cette mesure est manifestement disproportionnée ;

- elle a subi une perte financière de 22 806 euros correspondant à un chiffre d'affaires quotidien de 1 629 euros sur 14 jours.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juillet 2021, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet des seules conclusions indemnitaires de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables en l'absence de demande préalable ;

- les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés sauf celui qui est relatif à l'existence d'un vice de procédure ;

- en tout état de cause, la faute commise par la requérante est de nature à exonérer totalement l'Etat de sa responsabilité.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 2020-1310 du 29 octobre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Forest a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 4 février 2021, le préfet de police a prononcé la fermeture de l'établissement d'alimentation dénommé " Drugstore " situé 166 rue Rabelais à Marseille pour une durée de 15 jours. Par la présente requête, la société Feufeur, exploitante de cet établissement, demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la fin de non-recevoir opposée à titre principal aux conclusions indemnitaires :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision () Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ". La condition tenant à l'existence d'une décision de l'administration doit être regardée comme remplie si, à la date à laquelle le juge statue, l'administration a pris une décision, expresse ou implicite, sur une demande formée devant elle, régularisant ce faisant la requête.

3. En l'absence de décision prise sur une demande préalable de la société Feufeur, la fin de non-recevoir opposée à titre principal en défense à l'encontre des conclusions indemnitaires de la requête doit être accueillie.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article 27 du décret du 29 octobre 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de covid-19 dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire, dans sa rédaction applicable : " () III. - Toute personne de onze ans ou plus porte un masque de protection dans les établissements de type L, X, PA, CTS, V, Y, S, M, A et, à l'exception des bureaux, W, ainsi que, s'agissant de leurs espaces permettant des regroupements, dans les établissements de type O, sans préjudice des autres obligations de port du masque fixées par le présent décret () ". Aux termes de l'article 37 du même décret : " Les magasins de vente et centres commerciaux, relevant de la catégorie M, mentionnée par le règlement pris en application de l'article R. 123-12 du code de la construction et de l'habitation, peuvent accueillir du public dans le respect des conditions suivantes : () Les établissements mentionnés au présent article dans lesquels cet accueil n'est pas interdit ne peuvent accueillir de public qu'entre 6 heures et 18 heures, sauf pour les activités suivantes () ". Enfin, aux termes du troisième alinéa de l'article 29 de ce décret : " Le préfet de département peut, par arrêté pris après mise en demeure restée sans suite, ordonner la fermeture des établissements recevant du public qui ne mettent pas en œuvre les obligations qui leur sont applicables en application du présent décret ".

5. En application de ces dispositions, le préfet ne peut prononcer la fermeture administrative d'un établissement de manière provisoire qu'après une mise en demeure restée sans suite. En l'espèce, si une ouverture du commerce en dehors des horaires autorisés a été constatée le 18 janvier 2021, la mise en demeure s'y rapportant a été notifiée, ainsi que le concède d'ailleurs le préfet en défense, au gérant concomitamment à la constatation d'un nouveau manquement le 3 février 2021, lequel consistait en l'absence de port du masque par ce gérant alors qu'un client se trouvait dans le magasin. Dans ces circonstances, la société requérante n'ayant disposé d'aucun délai afin de rectifier son comportement, la mise en demeure ne peut être considérée comme ayant été valablement effectuée. La société Feufeur est par suite fondée à soutenir que l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure, qui l'a privée d'une garantie, en ce qu'il n'a pas été précédé d'une mise en demeure restée sans suite.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la société Feufeur est fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, partie perdante, une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 4 février 2021 est annulé.

Article 2 : L'État versera à la société Feufeur une somme de 1 500 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Feufeur et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Jorda-Lecroq, présidente,

Mme Gaspard-Truc, première conseillère,

Mme Forest, première conseillère,

Assistées par Mme Faure, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 octobre 2023.

La rapporteure,

Signé

H. Forest

La présidente,

Signé

K. Jorda-Lecroq

La greffière,

Signé

N. Faure

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

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