vendredi 31 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2102901 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | CHAFI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 1er avril 2021, Mme C B, représentée par Me Chafi, demande au Tribunal :
1°) à titre principal, de surseoir à statuer et de renvoyer la question préjudicielle tenant à sa nationalité française à l'examen du tribunal judiciaire de Marseille ;
2°) à titre subsidiaire, d'annuler les décisions du 23 décembre 2020 et 1er février 2021 portant retrait des titres d'identité française qui lui ont été délivrés le 26 décembre 2017, invalidation de ces titres d'identité et inscription au fichier des personnes recherchées ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- sur l'exception de nationalité : elle est titulaire d'un certificat de nationalité française régulièrement délivré le 9 septembre 1961 par le juge d'instance de Saïda qui n'a jamais fait l'objet d'une action dénégatoire ou d'une action en déclaration d'inexistence devant la juridiction judiciaire ;
- la légalité des décisions de restitution et d'invalidation de ses documents d'identité dépend de sa nationalité et, par conséquent, il y a lieu de surseoir à statuer et de renvoyer la question préjudicielle de sa nationalité au tribunal judiciaire de Marseille ;
- à titre subsidiaire :
- il n'est pas établi que l'auteur des décisions en litige était compétent ;
- la décision de restitution ainsi que le procès-verbal de carence, emportant décision d'invalidation des titres d'identité qui lui avaient été délivrés, sont dénués de toute motivation personnalisée, claire, adaptée aux faits, fondée sur des dispositions légales ou réglementaires claires, en méconnaissance de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ; l'administration, sur laquelle pèse la charge de la preuve n'établit pas son extranéité ;
- les décisions de retrait de ses titres d'identité français sont entachées d'une appréciation manifestement erronée de sa situation dès lors que son père était de son vivant de nationalité française et de statut civil de droit commun en Algérie ;
- la décision de retrait de ses titres d'identité la placerait dans une situation d'extranéité qui porterait gravement atteinte à son droit à mener une vie personnelle et familiale normale en France et constitue une atteinte disproportionnée à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été communiquée au préfet des Bouches-du-Rhône qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par une ordonnance du 30 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée le 20 février 2023 à 12 heures.
Par un courrier du 8 mars 2023, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions aux fins d'annulation dirigées contre le courrier du 23 décembre 2020 dès lors qu'il ne s'agit pas d'une décision faisant grief.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- l'ordonnance n° 62-825 du 21 juillet 1962 relative à certaines dispositions concernant la nationalité française, prises en application de la loi n° 62-421 du 13 avril 1962 ;
- la loi n° 66-945 du 20 décembre 1966 modifiant l'ordonnance n° 62-825 du 21 juillet 1962 ;
- le décret n° 55-1397 du 22 octobre 1955 instituant la carte nationale d'identité ;
- le décret n° 2005-1726 du 30 décembre 2005 relatif aux passeports ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de M. Boidé, rapporteur public.
- les observations de Me Chafi, pour Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Par un courrier du 23 décembre 2020, le service de la mission départementale contre la fraude de la préfecture des Bouches-du-Rhône a invité Mme C B, née le 3 avril 1943 à Saïda en Algérie, à se présenter le 1er février 2021 aux fins de restituer la carte nationale d'identité et le passeport français qui lui avaient été délivrés le 26 décembre 2017. Le courrier de convocation étant revenu avec la mention " pli distribué " et Mme B ne s'étant pas présentée, un " procès-verbal de carence " a été établi le 1er février 2021, qui a été adressé à Mme B par un courrier du même jour, à l'appui duquel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a informée avoir procédé à l'invalidation informatique de sa carte d'identité et de son passeport et demandé son inscription au fichier des personnes recherchées. Dans le cadre de la présente instance, Mme B demande au Tribunal, d'une part, que le juge civil soit saisi de la question tenant à sa nationalité française, d'autre part, d'annuler les décisions du 23 décembre 2020 et 1er février 2021 portant retrait de ses titres d'identité français, invalidation de ces titres et inscription au fichier des personnes recherchées ;
Sur l'exception de nationalité :
2. L'article 30 du code civil dispose : " La charge de la preuve, en matière de nationalité française, incombe à celui dont la nationalité est en cause. / Toutefois, cette charge incombe à celui qui conteste la qualité de Français à un individu titulaire d'un certificat de nationalité française délivré conformément aux articles 31 et suivants ".
3. Par ailleurs, les effets sur la nationalité française de l'accession à l'indépendance des départements français d'Algérie sont régis par l'ordonnance n° 62-825 du 21 juillet 1962 et par la loi n° 66-945 du 20 décembre 1966 modifiant cette dernière ordonnance relative à certaines dispositions concernant la nationalité française. Aux termes de l'article 1er de l'ordonnance du 21 juillet 1962 : " Les Français de statut civil de droit commun domiciliés en Algérie à la date de l'annonce officielle des résultats du scrutin d'autodétermination conservent la nationalité française quelle que soit leur situation au regard de la nationalité algérienne ". Aux termes de l'article 2 de la même ordonnance : " Les personnes de statut civil du droit local originaires d'Algérie ainsi que leurs enfants peuvent, en France, se faire reconnaître la nationalité française selon les dispositions du titre VII du code de la nationalité. A compter du 1er janvier 1963, ces personnes ne pourront établir leur nationalité française que dans les conditions prévues à l'article 156 dudit code. " et aux termes de l'article 3 de l'ordonnance du 21 juillet 1962 : " Les dispositions des articles 104 à 108 du code de la nationalité sont applicables aux personnes visées par l'article 2 de la présente ordonnance. Pendant un délai de trois ans à compter de la publication de la présente ordonnance, l'enregistrement prévu à l'article 104 pourra être ajourné. L'ajournement interrompt le délai de six mois prévu à l'article 107 du code ". Aux termes de l'article 152 du code de la nationalité, issu de la loi n° 60-752 du 28 juillet 1960 introduisant un titre VII à ce code : " Les personnes mentionnées au deuxième alinéa de l'article 13 du présent code, auxquelles une autre nationalité est conférée par disposition générale alors qu'elles possèdent la nationalité française, peuvent se faire reconnaitre cette dernière nationalité par déclaration reçue par le juge compétent du lieu où elles établissent leur domicile sur le territoire de la République française. Ces déclarations peuvent être souscrites par les intéressés, sans aucune autorisation, dès qu'ils ont atteint l'âge de dix-huit ans ; elles ne peuvent l'être par représentation ". Aux termes de l'article 156 du même code alors applicable : " La nationalité française des personnes astreintes à déclaration par l'article 152 du présent code n'est tenue pour établie que si, les conditions d'attribution ou d'acquisition de cette nationalité étant remplies, la preuve est en outre rapportée que cette déclaration a été souscrite ". Aux termes de l'article 1er de la loi n° 66-945 modifiant l'ordonnance n° 62-825 relative à certaines dispositions concernant la nationalité française, promulguée le 21 décembre 1966 : " L'article 2 de l'ordonnance n° 62-825 du 21 juillet 1962 relative à certaines dispositions concernant la nationalité française cesse d'être applicable à l'expiration d'un délai de trois mois suivant la publication de la présente loi. / Les personnes de statut civil de droit local originaires d'Algérie qui n'ont pas souscrit à cette date la déclaration prévue à l'article 152 du code de la nationalité sont réputées avoir perdu la nationalité française au 1er janvier 1963. / Toutefois, les personnes de statut civil de droit local, originaires d'Algérie, conservent de plein droit la nationalité française si une autre nationalité ne leur a pas été conférée postérieurement au 3 juillet 1962 ".
4. Il résulte de ces dispositions que si les Algériens disposaient tous de la nationalité française à la suite de la loi du 7 mai 1946 tendant à proclamer citoyens tous les ressortissants des territoires d'outre-mer, seuls les Français de statut civil de droit commun domiciliés en Algérie à la date de l'annonce officielle des résultats du scrutin d'autodétermination ont conservé la nationalité française quelle que soit leur situation au regard de la nationalité algérienne. À l'inverse, les personnes de statut civil de droit local originaires d'Algérie, qui n'ont pas souscrit avant le 21 mars 1967 la déclaration prévue à l'article 157 du code de la nationalité, sont réputées avoir perdu la nationalité française au 1er janvier 1963.
5. Si Mme B affirme qu'elle est titulaire d'un certificat de nationalité française, qui lui a été régulièrement délivré le 9 septembre 1961 et n'a jamais fait l'objet d'une action dénégatoire ou d'une action en déclaration d'inexistence devant la juridiction judiciaire, et que son père était, de son vivant, de nationalité française et de statut civil de droit commun en Algérie, elle ne produit, dans le cadre de la présente instance, aucun document établissant que son père aurait bénéficié du statut civil de droit commun. La circonstance alléguée selon laquelle le père de la requérante était inscrit au registre du commerce et a été conseiller municipal en 1953 ne permet pas d'établir davantage le statut de son père. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu de saisir le juge civil de la situation de la requérante.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne le courrier du 20 décembre 2020 :
6. Ainsi qu'il a été dit au point 1, Mme B a été invitée, par courrier du 20 décembre 2020, à se présenter en préfecture le 1er février 2021 afin de restituer ses documents d'identité française et à faire valoir ses observations. Le courrier du 20 décembre 2020 n'a pour objet que de convoquer Mme B en préfecture dans le cadre de la procédure constatant son extranéité et ne constitue pas une décision faisant grief, susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Mme B ne peut, par suite, en demander l'annulation.
En ce qui concerne la décision du 1er février 2021 :
7. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". L'article L. 211-5 du même code dispose : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
8. Les décisions tendant à retirer et invalider les titres d'identité et portant inscription au fichier des personnes recherchées sont au nombre de celles qui constituent une mesure de police au sens des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration et doivent être, par suite, motivées en application de ce code.
9. Si le procès-verbal de carence établi le 1er février 2021 ne fait que prendre acte de ce que Mme B ne s'est pas présentée à la convocation qui lui avait été adressée et n'est pas davantage susceptible de lui faire grief, la décision du 1er février 2021 qui l'informe de l'invalidation de son passeport et de sa carte nationale d'identité ainsi que de son inscription au fichier des personnes recherchées ne comporte en revanche aucun fondement textuel, ni ne précise l'ensemble des éléments de fait sur lesquels le préfet des Bouches-du-Rhône s'est fondé pour considérer qu'il lui appartenait d'invalider les documents d'identité dont Mme B était titulaire. Par suite, la décision du 1er février 2021 est entachée d'un défaut de motivation et méconnaît les exigences de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration précitées.
10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée, pour ce motif, à demander l'annulation de la seule décision du 1er février 2021 invalidant ses titres d'identité et l'inscrivant au répertoire des personnes recherchées.
Sur les frais liés au litige :
11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de Mme B présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er :: La décision du 1er février 2021 invalidant le passeport et la carte nationale d'identité de Mme B et portant inscription de l'intéressée au fichier des personnes recherchées est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du Rhône.
Délibéré après l'audience du 10 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Markarian, présidente,
M. Secchi, premier conseiller,
Mme Charpy, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2023.
La rapporteure,
Signé
C. A La présidente,
Signé
G. Markarian
La greffière,
Signé
D. Dan
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026