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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2103006

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2103006

mercredi 29 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2103006
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCP LESAGE BERGUET GOUARD-ROBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 6 avril 2021, 9 septembre 2021 et

28 février 2022, la société civile immobilière T OK, représentée par Me Claveau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du maire de la commune d'Allemagne-en-Provence, en date du

22 février 2021, retirant le permis de construire n° PC 004 004 20 00011 ;

2°) d'enjoindre à la commune d'Allemagne-en-Provence dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement et sous peine d'astreinte de 500 euros par jour de retard :

- à titre principal, de délivrer l'arrêté de permis de construire,

- à titre subsidiaire, de statuer à nouveau sur la demande ;

3°) de mettre à la charge de la commune d'Allemagne-en-Provence la somme de

2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la commune, étant soumise au règlement national d'urbanisme, était liée par l'avis conforme favorable du préfet ;

- la commune s'est crue, à tort, liée par l'avis défavorable du président du conseil départemental qui a fait une appréciation erronée des faits et du droit ;

- le projet ne méconnaît pas les dispositions de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme ;

- le motif tiré de l'utilisation du mauvais formulaire Cerfa n'est pas fondé ;

- en tout état de cause, le projet entre dans le cadre des exceptions prévues à l'article

L. 111-4 du code de l'urbanisme.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 29 avril 2021 et 10 janvier 2022, la commune d'Allemagne-en-Provence, représentée par Me Gouard-Robert, conclut au rejet de la requête et demande que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la requérante en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 11 juillet 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au même jour en application des dispositions des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

La procédure a été communiquée au préfet des Alpes-de-Haute-Provence qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- la loi n° 85-30 du 9 janvier 1985 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Coppin,

- les conclusions de M. Peyrot, rapporteur public,

- et les observations de Me Claveau, représentant la SCI T OK, et celles de Me Gouard-Robert, représentant la commune d'Allemagne-en-Provence.

Une note en délibéré présentée pour la commune d'Allemagne-en-Provence a été enregistrée le 10 janvier 2025.

Une note en délibéré présentée pour la SCI T OK a été enregistrée le 17 janvier 2025.

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier que la SCI T OK a déposé le 2 décembre 2020 une demande de permis de construire en vue de la construction d'un garage avec panneaux solaires en toiture, d'une surface de plancher de 300 m2, sur les parcelles cadastrées W n° 4 et W n° 601 à Allemagne-en-Provence. Un permis de construire tacite lui a été délivré le 3 février 2021. Après avoir informé la société, le 5 février 2021, de son intention de retirer le permis tacitement accordé, la commune d'Allemagne-en-Provence a retiré ce permis et consécutivement refusé sa délivrance, par un arrêté du 22 février 2021, dont la SCI T OK demande l'annulation.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme en vigueur à la date de la décision attaquée : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6 () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué vise la réglementation applicable, le règlement national d'urbanisme, la procédure préalable contradictoire au retrait ainsi que les motifs qui ont conduit au retrait de l'acte. Dans ces conditions, il met à même le pétitionnaire de comprendre les motifs pour lesquels le projet est refusé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme : " Lorsque le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale est compétent, il recueille l'avis conforme du préfet si le projet est situé :/ a) Sur une partie du territoire communal non couverte par une carte communale, un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu ; () ".

5. Si, en application de ces dispositions, le maire a compétence liée pour refuser un permis de construire en cas d'avis défavorable du préfet, il n'est en revanche pas tenu de suivre un avis favorable de ce même préfet et peut, lorsqu'il estime disposer d'un motif légal de le faire au titre d'autres dispositions que celles ayant donné lieu à cet avis, refuser d'accorder le permis de construire sollicité.

6. Il ressort des pièces du dossier que le territoire communal n'étant pas couvert, à la date de la décision attaquée, par un plan local d'urbanisme, ou un document d'urbanisme en tenant lieu, le maire d'Allemagne-en-Provence a transmis pour avis le dossier de permis de construire de la SCI T OK au préfet des Alpes-de-Haute-Provence qui en a accusé réception le

4 décembre 2020. Si la requérante soutient que le maire de la commune d'Allemagne-en-Provence était tenu de suivre l'avis favorable tacite qui a résulté du silence gardé par le préfet, cet avis favorable ne liait toutefois pas le maire de la commune, ainsi qu'il a été exposé au point précédent, le maire ayant opposé d'autres motifs de refus liés à la sécurité publique et à la méconnaissance de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que la commune était en situation de compétence liée pour délivrer le permis de construire sollicité.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 423-50 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente recueille auprès des personnes publiques, services ou commissions intéressés par le projet, les accords, avis ou décisions prévus par les lois ou règlements en vigueur ". Aux termes de l'article R. 423-53 du même code : " Lorsque le projet aurait pour effet la création ou la modification d'un accès à une voie publique dont la gestion ne relève pas de l'autorité compétente pour délivrer le permis, celle-ci consulte l'autorité ou le service gestionnaire de cette voie, sauf lorsque le plan local d'urbanisme ou le document d'urbanisme en tenant lieu réglemente de façon particulière les conditions d'accès à ladite voie ".

8. La SCI T OK soutient que le maire de la commune d'Allemagne-en-Provence s'est estimé lié par l'avis défavorable rendu le 15 janvier 2021 par le président du conseil départemental des Alpes de Haute-Provence et qu'au surplus cette saisine n'était pas obligatoire dès lors qu'il n'y avait ni création ni modification d'un accès existant. Toutefois, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que, bien que le maire ait visé cet avis, il a également considéré que l'accès projeté présentait " un risque pour la sécurité des usagers de la voie publique et pour celle des personnes utilisant cet accès " et conclu que le projet était de nature à porter atteinte à la sécurité publique. Par suite, à supposer même que la commune n'était pas dans l'obligation de consulter le gestionnaire de la voie, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le maire se serait cru à tort lié par l'avis du président du conseil départemental des Alpes de Haute-Provence.

9. En quatrième lieu, une décision rejetant une demande d'autorisation d'urbanisme pour plusieurs motifs ne peut être annulée par le juge de l'excès de pouvoir à raison de son illégalité interne, réserve faite du détournement de pouvoir, que si chacun des motifs qui pourraient suffire à la justifier sont entachés d'illégalité. En outre, en application de l'article

L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, le tribunal administratif saisi doit, lorsqu'il annule une telle décision de refus, se prononcer sur l'ensemble des moyens de la demande qu'il estime susceptibles de fonder cette annulation, qu'ils portent d'ailleurs sur la légalité externe ou sur la légalité interne de la décision. En revanche, lorsqu'il juge que l'un ou certains seulement des motifs de la décision de refus en litige sont de nature à la justifier légalement, le tribunal administratif peut rejeter la demande tendant à son annulation sans être tenu de se prononcer sur les moyens de cette demande qui ne se rapportent pas à la légalité de ces motifs de refus.

10. Aux termes de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme applicable dans les zones de montagne définies à l'article 3 de la loi n° 85-30 du 9 janvier 1985 relative au développement et à la protection de la montagne: " L'urbanisation est réalisée en continuité avec les bourgs, villages, hameaux, groupes de constructions traditionnelles ou d'habitations existants, sous réserve de l'adaptation, du changement de destination, de la réfection ou de l'extension limitée des constructions existantes, ainsi que de la construction d'annexes, de taille limitée, à ces constructions, et de la réalisation d'installations ou d'équipements publics incompatibles avec le voisinage des zones habitées ". Aux termes de l'article L. 122-5-1 du même code : " Le principe de continuité s'apprécie au regard des caractéristiques locales de l'habitat traditionnel, des constructions implantées et de l'existence de voies et réseaux ". Aux termes de l'article L. 122-6 du même code : " Les critères mentionnés à l'article L. 122-5-1 sont pris en compte : () / b) Pour l'interprétation des notions de hameaux et de groupes de constructions traditionnelles ou d'habitations existants, lorsque la commune n'est pas dotée d'un plan local d'urbanisme ou d'une carte communale ".

11. Pour fonder la décision de retrait en litige, le maire d'Allemagne-en-Provence s'est notamment fondé sur le fait que le projet ne s'inscrivait pas dans la continuité d'un secteur urbanisé de la commune.

12. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet ne se situe pas en continuité d'un village ou hameau, ou même d'un groupe d'habitations mais à environ sept cents mètres des premières habitations du centre-village d'Allemagne-en-Provence. Si la requérante invoque la présence de plusieurs parcelles bâties notamment en ses limites séparatives Nord et Est et produit un procès-verbal de constat qui dénombre certaines constructions aux alentours, ces dernières, à dominante agricole, s'avèrent relativement éloignées et non dans la continuité de la parcelle, et ne sauraient en tout état de cause être qualifiées de hameau ou groupes d'habitations au sens des dispositions de la loi dite loi Montagne, citées plus haut. Ce projet de construction ne peut, au surplus, être considéré comme une annexe de taille limitée à la construction existante eu égard à son ampleur dès lors qu'il ressort du plan de masse du projet que son emprise au sol dépasserait celle de l'habitation principale. Par suite, l'avis tacite favorable conforme du préfet est ainsi entaché d'une appréciation erronée et le maire a pu, à bon droit, ne pas s'estimer lié par cet avis pour opposer ce motif comme indiqué au point 6.

13. Par ailleurs, si la requérante se prévaut de l'article L. 111-4 du code de l'urbanisme pour soutenir que son projet peut être autorisé, elle ne démontre pas en quoi son projet entrerait dans le cadre des exceptions listées à cet article.

14. Le motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme étant, à lui seul, de nature à justifier légalement le retrait de permis de construire, l'éventuelle illégalité des autres motifs de retrait ne serait pas de nature à entacher d'illégalité la décision attaquée dès lors qu'il ressort des pièces du dossier que le maire d'Allemagne-en-Provence aurait pris la même décision s'il n'avait retenu que ce motif dont la légalité est confirmée aux points 9 à 12 du présent jugement. Il résulte de ce qui précède que la SCI T OK n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 22 février 2021. Par suite, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Allemagne-en-Provence, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la SCI T OK demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de la SCI T OK une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par la commune d'Allemagne-en-Provence et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la SCI T OK est rejetée.

Article 2 : La SCI T OK versera à la commune d'Allemagne-en-Provence, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, une somme de 1 500 euros.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière T OK et à la commune d'Allemagne-en-Provence.

Copie pour information en sera adressée au préfet des Alpes-de-Haute-Provence.

Délibéré après l'audience du 10 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Hogedez, présidente,

Mme Coppin, première conseillère,

Mme Arniaud, première conseillère,

Assistées de M. Alloun, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 janvier 2025.

La rapporteure,

signé

C. Coppin

La présidente,

signé

I. Hogedez

Le greffier,

signé

S. Alloun

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-de-Haute-Provence en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier.

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