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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2103117

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2103117

mercredi 10 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2103117
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCP BERENGER BLANC BURTEZ-DOUCEDE & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un déféré enregistré le 9 avril 2021, le préfet des Bouches-du-Rhône demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 22 octobre 2020 par lequel le maire de la commune de Marseille a délivré un permis de construire à M. A pour l'extension d'une habitation existante sur un terrain situé 31 vallon de la Baudille sur la commune de Marseille.

Il soutient que :

- le projet méconnaît l'article UP1 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) ;

- il méconnaît l'article UP4 du même règlement ;

- il méconnaît le chapitre 1 de l'orientation d'aménagement et de programmation (OAP) " qualité d'aménagement des formes urbaines ".

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2021, la commune de Marseille conclut au rejet du déféré.

Elle soutient que le délai pour procéder au retrait du permis de construire tacitement accordé le 6 juin 2020 était expiré à la date du recours gracieux formé par le préfet.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 avril 2023, M. B A, représenté par la SCP Bérenger Blanc Burtez-Doucède, conclut au rejet du déféré et demande que soit mise à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le déféré est irrecevable par méconnaissance de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;

- les moyens soulevés par le préfet ne sont pas fondés.

En application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, par une lettre du

7 mars 2024, le tribunal a informé les parties qu'il était susceptible de juger que les moyens tirés de la méconnaissance des articles UP1 et UP4 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) sont fondés, et les a invitées à présenter des observations sur la possibilité de régulariser ces vices et sur le délai nécessaire pour cette éventuelle régularisation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Arniaud,

- les conclusions de M. Peyrot, rapporteur public,

- et les observations de Me Claveau, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Il ressort des pièces du dossier que M. A a déposé une demande de permis de construire le 20 décembre 2019. Un certificat de permis tacite lui a été délivré le

22 octobre 2020. Le 14 décembre 2020, le préfet des Bouches-du-Rhône a sollicité le retrait de l'autorisation de construire auprès de la commune de Marseille. Par la présente requête, cette même autorité demande au tribunal d'annuler l'arrêté de permis de construire tacitement délivré à M. A.

Sur le cadre du litige :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales : " Le représentant de l'Etat dans le département défère au tribunal administratif les actes mentionnés à l'article L. 2131-2 qu'il estime contraires à la légalité dans les deux mois suivant leur transmission () ". Parmi les actes mentionnés par l'article L. 2131-2 de ce code figure, au 6° : " Le permis de construire et les autres autorisations d'utilisation du sol et le certificat d'urbanisme délivrés par le maire ". L'article R. 423-23 du code de l'urbanisme fixe à deux mois le délai d'instruction de droit commun pour les demandes de permis de construire portant sur une maison individuelle. L'article R. 424-1 du même code prévoit que, à défaut d'une décision expresse dans le délai d'instruction, le silence gardé par l'autorité compétente vaut permis de construire. Aux termes de l'article L. 424-8 du code de l'urbanisme : " Le permis tacite et la décision de non-opposition à une déclaration préalable sont exécutoires à compter de la date à laquelle ils sont acquis ". L'article R. 423-7 du même code dispose que : " Lorsque l'autorité compétente pour délivrer le permis ou pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est le maire au nom de la commune, celui-ci transmet un exemplaire de la demande ou de la déclaration préalable au préfet dans la semaine qui suit le dépôt ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire ". Les dispositions de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme, qui limitent le délai pendant lequel une autorisation de construire peut être retirée, spontanément ou à la demande d'un tiers, par l'autorité qui l'a délivrée, n'ont ni pour objet ni pour effet de faire obstacle à ce que le représentant de l'Etat forme un recours gracieux jusqu'à l'expiration du délai dont il dispose pour déférer un tel acte au tribunal administratif, ni à ce que ce dernier délai soit interrompu par le recours gracieux.

4. La circonstance que la commune de Marseille ne pouvait plus procéder au retrait de la décision en litige à la date de la réception du recours gracieux formé par le préfet le

14 décembre 2020 est sans incidence sur la possibilité pour le préfet de déférer l'acte en litige dans un délai qui, compte tenu de la date de réception des pièces en préfecture le

27 octobre 2020 et de la possibilité pour le préfet de présenter un recours gracieux, peut être supérieur au délai de retrait de l'acte en litige. Par suite, à supposer que la commune de Marseille ait entendu soulever la tardiveté du déféré, une telle fin de non-recevoir doit être écartée.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

5. Aux termes des dispositions de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme : " En cas de déféré du préfet ou de recours contentieux à l'encontre d'un certificat d'urbanisme, ou d'une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code, le préfet ou l'auteur du recours est tenu, à peine d'irrecevabilité, de notifier son recours à l'auteur de la décision et au titulaire de l'autorisation. Cette notification doit également être effectuée dans les mêmes conditions en cas de demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant un certificat d'urbanisme, ou une décision relative à l'occupation ou l'utilisation du sol régie par le présent code. L'auteur d'un recours administratif est également tenu de le notifier à peine d'irrecevabilité du recours contentieux qu'il pourrait intenter ultérieurement en cas de rejet du recours administratif. / La notification prévue au précédent alinéa doit intervenir par lettre recommandée avec accusé de réception, dans un délai de quinze jours francs à compter du dépôt du déféré ou du recours. / La notification du recours à l'auteur de la décision et, s'il y a lieu, au titulaire de l'autorisation est réputée accomplie à la date d'envoi de la lettre recommandée avec accusé de réception. Cette date est établie par le certificat de dépôt de la lettre recommandée auprès des services postaux. / Les dispositions du présent article ne sont pas applicables en cas de contestation d'un permis modificatif, d'une décision modificative ou d'une mesure de régularisation dans les conditions prévues par l'article L. 600-5-2 ".

6. Il ressort des pièces du dossier que le préfet des Bouches-du-Rhône a informé le pétitionnaire, par un courrier reçu le 19 décembre 2020, du recours gracieux formé le

14 décembre 2020 contre le permis de construire. De même, les certificats de dépôt des lettres recommandées enregistrés le 9 avril 2021 auprès des services postaux attestent de ce que le préfet a informé le pétitionnaire et la commune de Marseille du déféré enregistré au tribunal le même jour. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir opposée en défense et tirée de la méconnaissance de l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

7. En premier lieu, l'article UP1 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) prévoit : " h) sont admis les affaissements et exhaussements du sol à condition : / - qu'ils soient d'une hauteur de moins de 2 mètres et d'une surface de moins de 100 m2 ; / - et qu'ils soient nécessaires " à l'adaptation au terrain, à l'aménagement de dispositifs techniques ou de restanques.

8. Il ressort des pièces du dossier que le projet de M. A porte sur la création d'une nouvelle construction et d'un escalier impliquant un terrassement jusqu'à 5,09 mètres au-dessus du terrain naturel. En se bornant à faire valoir que cette situation concernerait une surface inférieure à 100 m2, le pétitionnaire ne contredit pas utilement la hauteur des affaissements et exhaussements du sol mentionnée dans ces pièces. Par ailleurs, cette circonstance est sans incidence sur la méconnaissance des règles énoncées ci-dessus, qui prévoient des conditions cumulatives pour l'admission des affaissements et exhaussements. Par suite, le préfet est fondé à soutenir que le permis de construire méconnaît l'article UP1 du règlement du PLUi en ce qu'il porte sur la construction d'une habitation annexe et d'un escalier, en contrebas de la construction existante.

9. En deuxième lieu, l'article UP4 du règlement du PLUi dispose que : " () l'emprise au sol, au sens du présent PLUi, de la totalité des constructions est inférieure ou égale à (), en UP2b, 20% de la surface du terrain ".

10. Il ressort des pièces du dossier, en particulier des pièces complémentaires reçues par le service instructeur, que la parcelle du requérant, située en zone UP2b, mesure 1 568 m2, permettant une emprise au sol maximale de 313,6 m2, et que la construction existante emporte une emprise au sol de 288 m2. Selon la demande de permis de construire modifiée, 47 m2 de l'emprise au sol existante sont supprimés, et le plan de masse du projet mentionne une emprise au sol de la construction nouvelle de 62,30 m2 et une emprise au sol de l'escalier, permettant de relier les deux constructions, de 6,6 m2. Ce même plan mentionne une " emprise au sol projet " de 313,10 m2. Si le préfet soutient que l'emprise au sol du projet serait de 401 m2, il n'apporte aucun élément à l'appui de cette affirmation permettant d'apprécier le bien-fondé du calcul effectué et, donc, le bien-fondé de son moyen. Par ailleurs, et compte tenu de ce qui a été dit plus haut, il n'est pas établi que le projet impliquerait une emprise au sol supérieure à celle maximale autorisée de 313,60 m2. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UP4 du règlement du PLUi doit être écarté.

11. En troisième et dernier lieu, une autorisation d'urbanisme ne peut être légalement délivrée si les travaux qu'elle prévoit sont incompatibles avec les orientations d'aménagement et de programmation (OAP) d'un plan local d'urbanisme (PLU) et, en particulier, en contrarient les objectifs.

12. Le chapitre 1 de l'orientation d'aménagement et de programmation (OAP) " qualité d'aménagement des formes urbaines " (QAFU) des zones UP et UM du PLUi dispose que

" lorsque le tissu urbain présente une dominante de "pavillonnaire orienté", la construction doit s'implanter en harmonie avec le contexte en dégageant à son tour une zone de jardin au sud (ou sud-ouest ou sud-est) de la construction ".

13. Le préfet fait valoir que la majorité des habitations voisines au terrain d'assiette du projet présente un jardin au sud alors que le projet en cause a pour conséquence de supprimer une grande partie du jardin au sud de la propriété du pétitionnaire. Toutefois, cette seule circonstance, alors notamment qu'une partie de jardin est conservée au sud de la parcelle et qu'un jardin plus grand est conservé au nord, est insuffisante pour estimer que le projet, compte tenu de la zone dans laquelle il s'insère, contrarie les objectifs de l'OAP le rendant incompatible avec cette dernière.

14. Il résulte de ce qui précède que le permis de construire en litige méconnaît l'article UP1 du règlement du PLUi.

Sur les conséquences de l'illégalité du permis de construire :

15. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé ".

16. Le non-respect des dispositions de l'article UP1 du règlement concerne l'édification d'un logement, projetée en contrebas de la construction existante, en partie basse du terrain, ainsi que d'un escalier permettant de relier les deux constructions. Il ressort des pièces du dossier que le vice entachant le permis de construire peut être régularisé, le pétitionnaire pouvant faire évoluer son projet concernant cette nouvelle construction en contrebas de la maison existante. Dans ces conditions, il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme et de prononcer l'annulation partielle de l'arrêté du 22 octobre 2020 en tant qu'il méconnaît l'article UP1 du règlement du plan local d'urbanisme. En application de l'article L. 600-5 précité, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'accorder au titulaire de l'autorisation un délai courant jusqu'au 10 juillet 2024 pour solliciter la régularisation du permis sur ce point.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 22 octobre 2020 est annulé en tant qu'il méconnaît l'article UP1 du règlement du plan local d'urbanisme concernant l'édification d'un logement en contrebas de la construction existante ainsi que l'escalier permettant de relier les deux constructions.

Article 2 : Le délai accordé à M. A pour solliciter la régularisation du permis litigieux en application de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme expirera le 10 juillet 2024.

Article 3 : Les conclusions de M. A tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la commune de Marseille et au préfet de Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 19 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Hogedez, présidente,

Mme Arniaud, première conseillère,

Mme Ridings, conseillère,

Assistées de M. Brémond, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 avril 2024.

La rapporteure,

signé

C. Arniaud

La présidente,

signé

I. Hogedez

Le greffier,

signé

A. Brémond

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier.

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