jeudi 25 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2103384 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP CABINET BOIVIN ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 16 avril et 16 décembre 2021 ainsi que le 1er mars 2023, la société anonyme Service d'assainissement de Marseille métropole (Seramm), représentée par Me Hercé, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'article 5 de l'arrêté du 16 décembre 2020 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fixé des prescriptions complémentaires dans le cadre du réexamen des conditions d'exploitation de ses installations situées à Marseille (9e arrondissement), en tant qu'il définit des valeurs limites de rejets atmosphériques au point de rejet n° 1 pour le dioxyde de soufre (SO2), l'oxyde d'azote (NOX) et les composés organiques volatils non méthaniques (COVNM) ;
2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône d'adapter, au point de rejet n° 1, les valeurs limites d'émission de la manière suivante : SO2 : 200 mg/Nm3, NOX : 200 mg/Nm3 et COVNM : 110 mg/Nm3 et, à défaut, de lui enjoindre que ces valeurs soient fixées par référence à l'arrêté ministériel du 3 août 2018 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations relevant du régime de l'enregistrement au titre de rubrique 2910 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement, ou, à titre subsidiaire, de prescrire lui-même ces valeurs ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté du 16 décembre 2020 est insuffisamment motivé ;
- cet arrêté a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que le rapport d'inspection de l'environnement du 21 octobre 2020 ne lui a pas été communiqué ;
- les prescriptions de l'article 5 en litige de l'arrêté du 16 décembre 2020, en particulier relatives au dioxyde de soufre, présentent un caractère disproportionné et irréalisable compte tenu des techniques mises en œuvre pour l'exploitation de l'installation, et de leur faible impact sur la qualité de l'air.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 janvier 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la directive 2010/75/UE du Parlement européen et du Conseil du 24 novembre 2010 relative aux émissions industrielles, dite " IED " ;
- la décision d'exécution (UE) n° 2018/1147 de la Commission du 10 août 2018 établissant les conclusions sur les meilleures techniques disponibles (MTD) pour le traitement des déchets, au titre de la directive 2010/75/UE du Parlement européen et du Conseil [notifiée sous le numéro C (2018) 5070] ;
- le code de l'environnement ;
- l'arrêté du 3 août 2018 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations relevant du régime de l'enregistrement au titre de rubrique 2910 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Niquet,
- les conclusions de Mme Beyrend, rapporteure publique,
- et les observations de Me Hercé pour la société Seramm.
Considérant ce qui suit :
1. Société anonyme assurant, pour le compte de la métropole Aix-Marseille-Provence, la collecte et le traitement des eaux usées et eaux pluviales des communes du territoire du conseil de territoire Marseille Provence, la société Service assainissement de Marseille métropole (Seramm) exploite, depuis le transfert de l'autorisation au profit de la société Service assainissement de Marseille (Seram), devenue Seramm, par arrêté du 24 juillet 2009, une usine comportant notamment une installation de méthanisation des boues de station d'épuration des eaux urbaines, sise chemin de Sormiou à Marseille (9e arrondissement). La société Seramm demande au tribunal d'annuler l'article 5 de l'arrêté du 16 décembre 2020 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fixé des prescriptions complémentaires dans le cadre du réexamen des conditions d'exploitation de ses installations situées à Marseille (9e arrondissement), en tant qu'il définit des valeurs limites de rejets atmosphériques au point de rejet n° 1 pour le dioxyde de soufre (SO2), l'oxyde d'azote (NOX) et les composés organiques volatils non méthaniques (COVNM).
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. A l'appui de sa contestation, la société Seramm fait valoir que l'arrêté qu'elle conteste n'expose pas les raisons pour lesquelles il est nécessaire d'imposer aux chaudières au biogaz les valeurs limites pourtant déjà prévues par l'arrêté ministériel du 3 août 2018, et ne prend pas davantage en considération les impacts technico-économiques de l'imposition de ces valeurs limites. Toutefois, la mention des articles pertinents du code de l'environnement et de ce que la prescription de nouvelles mesures était rendue nécessaire dès lors que l'arrêté ministériel du 17 décembre 2019 ne mentionnait pas les meilleures techniques disponibles prévues par l'article 38 de la décision d'exécution (UE) n° 2018/1147 du 10 août 2018, était de nature, s'agissant de fixer des prescriptions complémentaires pour l'exploitation d'une installation de méthanisation, à renseigner suffisamment l'intéressée sur la teneur et le fondement de la décision en cause. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. Aux termes de l'article R. 181-45 du code de l'environnement : " Les prescriptions complémentaires prévues par le dernier alinéa de l'article L. 181-14 sont fixées par des arrêtés complémentaires du préfet (). / Le projet d'arrêté est communiqué par le préfet à l'exploitant, qui dispose de quinze jours pour présenter ses observations éventuelles par écrit. / Ces arrêtés peuvent imposer les mesures additionnelles que le respect des dispositions des articles L. 181-3 et L. 181-4 rend nécessaire ou atténuer les prescriptions initiales dont le maintien en l'état n'est plus justifié. Ces arrêtés peuvent prescrire, en particulier, la fourniture de précisions ou la mise à jour des informations prévues à la section 2 () ".
4. Si la société Seramm soutient que préalablement à l'édiction de l'arrêté contesté, le préfet aurait dû lui transmettre le rapport de l'inspection de l'environnement du 21 octobre 2020 qu'il vise, il ne résulte pas des dispositions précitées du code de l'environnement qu'une telle communication, ne s'agissant pas d'une sanction qui aurait été prise à l'issue d'une procédure de contrôle de l'installation, aurait été imposée. Dans ces conditions, le moyen soulevé doit être écarté.
5. Aux termes de l'article R. 181-54 du code de l'environnement : " Les prescriptions mentionnées aux articles R. 181-43 et R. 181-45 ainsi qu'au présent article tiennent compte notamment, d'une part, de l'efficacité des meilleures techniques disponibles et de leur économie, et, d'autre part, de la qualité, de la vocation et de l'utilisation des milieux environnants ainsi que de la gestion équilibrée de la ressource en eau () ". En vertu de l'annexe 1 de l'arrêté préfectoral du 31 juillet 2006 autorisant au titre du code de l'environnement la communauté urbaine Marseille Provence Métropole à exploiter une usine de traitement des boues, autorisation ensuite transférée à la société Seramm, au point de rejet n° 1 (3 chaudières biogaz), la concentration maximale de SO2 était fixée à 35 mg/Nm3, la concentration maximale de NOx était fixée à 150 mg/Nm3 et la concentration maximale de COVNM à 5 mg/Nm3. Et aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 3 août 2018 relatif aux prescriptions générales applicables aux installations relevant du régime de l'enregistrement au titre de rubrique 2910 de la nomenclature des installations classées pour la protection de l'environnement : " III.- Les dispositions du présent arrêté sont applicables aux installations existantes dans les délais mentionnés en annexe I. Les prescriptions auxquelles les installations existantes avant l'entrée en vigueur du présent arrêté ministériel sont déjà soumises demeurent applicables jusqu'à l'application de dispositions plus contraignantes () ".
6. Il résulte de l'instruction que, par un courrier du 5 novembre 2020, le préfet des Bouches-du-Rhône a communiqué à la société requérante un projet d'arrêté portant prescriptions complémentaires pour tenir compte des meilleures techniques disponibles concernant les installations de traitement des déchets, et notamment s'agissant de l'installation principale de l'usine de traitement de boues, à savoir l'installation de valorisation ou un mélange de valorisation et d'élimination de déchets non dangereux non inertes, correspondant à la rubrique 3532 des installations classées pour la protection de l'environnement. La société Seramm a fait valoir à cette occasion que les valeurs limites d'émission de SO2, NOx et COVNM, au point de rejet n°1 correspondant aux trois chaudières au biogaz, correspondant à l'installation enregistrée sous la rubrique 2910 des installations classées pour la protection de l'environnement, sont fixées à des niveaux trop bas, en méconnaissance de l'arrêté ministériel du 3 août 2018 qui fixe des valeurs limites bien supérieures, et qu'il est techniquement et économiquement impossible pour elle de respecter de telles valeurs, compte tenu notamment de ce que l'augmentation du temps de séjour des eaux usées dans le système d'assainissement d'une part, ce facteur étant la conséquence de la diminution du débit d'eau et l'accroissement des concentrations dans le système d'assainissement de l'agglomération marseillaise, et le réchauffement climatique d'autre part, qui aurait favorisé, au cours des 20 dernières années, le développement de gaz hydrogène sulfuré (H2S) et de composés réduits du soufre dans le système d'assainissement de l'agglomération marseillaise, ayant pour effet, in fine, d'augmenter d'une manière substantielle les rejets de dioxyde de soufre, qu'il est techniquement compliqué de faire baisser compte tenu de l'insuffisance des effets de l'injection de nitrate de calcium, et de la dangerosité de l'injection de chlorure ferrique. La note technique établie par un bureau d'étude le 27 octobre 2021 expose, il est vrai, que les valeurs imposées par le préfet des Bouches-du-Rhône concernant le soufre sont proches de celles habituellement prescrites pour des installations au gaz naturel et non au biogaz comme en l'espèce, et qu'un ajustement des valeurs limites d'émission au point de rejet n°1 serait ainsi " justifié au regard de la réglementation nationale et des pratiques en cours sur d'autres sites équivalents ", compte tenu en particulier des teneurs toujours plus importantes en dioxyde de soufre. Toutefois, et alors même que six dépassements des valeurs limites ont été relevés sur vingt-huit auto-contrôles entre 2017 et 2021, et que le bureau d'étude relève des coûts importants des travaux sur les installations pour les rendre adaptées, il ne résulte pas de l'instruction que, compte tenu de la situation de la société Seramm, les investissements à mettre en œuvre pour se conformer aux valeurs prescrites depuis 2006 soient techniquement irréalisables ou économiquement disproportionnés. Il ne résulte pas davantage de l'instruction que les installations présentées comme similaires dans l'étude du 27 octobre 2021, pour lesquelles les valeurs limites d'émissions prescrites par les préfets compétents ont été fixées à des niveaux supérieurs à celles fixées pour la société Seramm, présentent des caractéristiques identiques aux trois chaudières au biogaz en cause. Dans ces conditions, alors que le III de l'article 1er de l'arrêté ministériel du 3 août 2018 précité mentionne expressément que les valeurs limites demeurent applicables jusqu'à l'application de valeurs plus contraignantes, les éléments avancés par la requérante ne suffisent pas à considérer que le préfet aurait commis une erreur d'appréciation en refusant de modifier les valeurs limites d'émission de SO2, NOx et COVNM, quand bien même le fait de porter les valeurs limites d'émission au niveau fixé par l'arrêté ministériel du 3 août 2018 n'aurait qu'un impact négligeable sur la qualité de l'air.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la société Seramm n'est pas fondée à demander l'annulation de l'article 5 de l'arrêté du 16 décembre 2020 en tant qu'il fixe les valeurs limite d'émission qu'elle conteste.
Sur les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte :
8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête dirigées contre l'arrêté du 16 décembre 2020, n'appelle aucune mesure d'exécution.
Sur les frais liés au litige :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de la requérante tendant à leur application et dirigées contre l'Etat, qui n'est pas partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société anonyme Seramm est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société anonyme service d'assainissement de Marseille métropole, au préfet des Bouches-du-Rhône et au ministre de la transition énergétique.
Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Laso, président,
Mme Niquet, première conseillère,
Mme Ollivaux, première conseillère,
Assistés de Mme Serbellone, greffière.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mai 2023.
La rapporteure,
signé
A. Niquet
Le président,
signé
J-M. LasoLa greffière,
signé
A. Serbellone
La République mande et ordonne au ministre de la transition énergétique en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026