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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2103431

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2103431

mercredi 4 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2103431
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantXOUAL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 avril 2021 et le 29 septembre 2022, M. B H, Mme G C, M. et Mme A E et Mme D F, représentés par Me Delafontaine, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 novembre 2020 par lequel le maire de la commune de Montgenèvre a accordé à la société civile immobilière Les Chalets du Bois de Suffin un permis de construire autorisant la démolition totale d'une construction et la réalisation d'un immeuble de logement collectif comprenant 13 appartements et 18 places de stationnement, sur un terrain situé sur le territoire de ladite commune, ainsi que les rejets exprès ou tacite des recours gracieux formés contre cette autorisation ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Montgenèvre la somme de 4 000 euros en application de l'article L. 76-1 du code de justice administrative ;

3°) à titre subsidiaire si la requête était rejetée, de rejeter la demande de la commune au titre des frais de l'instance.

Ils soutiennent que :

- ils sont recevables à agir contre le permis de construire en litige ;

- l'arrêté a été accordé sans que la commune ait délibéré au sujet de la prise en charge des travaux d'extension du réseau électrique nécessaires selon l'avis du syndicat mixte d'électricité des Hautes-Alpes ;

- l'arrêté a été délivré au vu d'un dossier de demande de permis de construire incomplet au regard de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme, quant au traitement du terrain d'assiette ;

- l'arrêté a été délivré au vu d'un dossier de demande de permis de construire incomplet au regard de l'article R. 431-9 du code de l'urbanisme, quant à la végétation figurant sur le plan de masse ;

- l'arrêté a été délivré au vu d'un dossier de demande de permis de construire incomplet au regard de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme, quant au plan des toitures et aux documents graphiques qui ne permettent pas d'apprécier les conditions d'accès à la future construction ;

- l'arrêté a été délivré au vu d'un dossier de demande de permis de construire incomplet au regard de l'article R. 431-21 du code de l'urbanisme, quant aux informations figurant sur le plan de démolition ;

- les plans du projet présentent des incohérences manifestes entre eux, qui ne permettent pas de savoir les choix qui seront mis en œuvre ;

- le projet ne répond pas aux exigences de sécurité publique fixées par l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme et par l'article U3 du règlement du plan local d'urbanisme communal ;

- aucune pièce du dossier ne justifie du respect des dispositions de l'article 4 des dispositions particulières du titre I du règlement du PLU, relatives à la pose d'une antenne collective en toiture ;

- aucune pièce du dossier ne justifie du respect des dispositions de l'article U4 du règlement du PLU, relatives au traitement des eaux de ruissellement, relatives à la pose des compteurs électriques, à l'emplacement de la borne à incendie ;

- les plans du projet ne permettent pas de vérifier le respect de la règle de retrait par rapport aux limites séparatives fixée par l'article U7 du règlement du PLU ;

- les plans du projet ne permettent pas de vérifier le respect de la règle relative à la hauteur maximale des constructions fixée par l'article U10 du règlement du PLU ;

- le projet ne répond pas aux exigences d'insertion dans l'environnement fixées par l'article U11 du règlement du PLU et l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme ;

- le projet méconnaît les dispositions de l'article U12 du règlement du PLU relatives au stationnement des véhicules ;

- le projet méconnaît les dispositions de l'article U13 du règlement du PLU relatives au traitement des plantations existantes.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juin 2022, la commune de Montgenèvre, représentée par son maire en exercice, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire au sursis à statuer en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme, et demande que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 15 février 2022, la clôture de l'instruction a été prononcée avec effet immédiat, en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Busidan, première conseillère,

- les conclusions de M. Peyrot, rapporteur public,

- et les observations de Me Delafontaine pour les requérants et de Me Garnier, représentant la commune de Montgenèvre.

Considérant ce qui suit :

1. Sur un terrain cadastré section A n° 741, d'une superficie totale de 1 450 m² et situé rue des Montagnards sur le territoire de la commune de Montgenèvre, en zone U du règlement du plan local d'urbanisme de cette commune, le maire de Montgenèvre a délivré le 13 novembre 2020 à la société Les Chalets du Bois de Suffin un permis en vue de démolir une construction existante, et de construire un immeuble en R+ 3 comprenant 13 appartements avec stationnements en sous-sol. M. H, Mme C, M. et Mme E, et Mme F, tous voisins immédiats du terrain d'assiette du projet, demandent l'annulation de cet arrêté, ainsi que des rejets exprès ou implicite des recours gracieux que chacun d'eux a formé contre cette autorisation initiale, qui a été modifiée relativement à la toiture, à l'accès au garage et aux plantations par un arrêté en date du 19 avril 2022 portant permis de construire modificatif non contesté par les requérants.

Sur les conclusions en annulation :

En ce qui concerne le moyen relatif au délai nécessaire pour le raccordement de la construction envisagée au réseau électrique :

2. Aux termes de l'article L.111-11 du code de l'urbanisme : " Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics () de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés ".

3. Il ressort des pièces du dossier que, par avis émis le 10 novembre 2020 dans le cadre de la demande de permis de construire initial, confirmé par avis émis le 4 février 2022 dans le cadre de la demande de permis de construire modificatif, le syndicat mixte d'électricité des Hautes-Alpes a indiqué : " Le réseau électrique n'existe pas au droit du terrain d'assiette de l'opération suivant les documents graphiques et plans fournis. Il conviendrait de réaliser une extension d'environ 2x120m, à demander au maître d'ouvrage SyMEnergie05 conformément au cahier des charges de concession. // A titre d'information et sous réserve de vérification des distances, si votre commune désire réaliser ce raccordement, elle devra solliciter l'intervention du SyMEnergieO5, et s'engager à prendre en charge le montant suivant : Coût de l'extension : 21 300 HT (Réfacté de 40 %) ".

4. Si la commune de Montgenèvre affirme qu'elle s'est engagée à prendre cette extension en charge, elle ne produit aucune décision des autorités communales étayant ses dires. Alors que l'arrêté en litige est muet sur ce point, elle ne peut donc être regardée comme étant en mesure d'indiquer dans quel délai l'extension nécessaire pourra être exécutée. Dans ces conditions, les requérants, dont les écritures doivent être regardées comme soulevant le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme, sont fondés à soutenir qu'elles ont été méconnues.

En ce qui concerne les moyens relatifs à la sécurité de l'accès au projet :

5. L'article U3 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) communal, relatif aux accès au terrain d'assiette, dispose : " 3.1.4 Les accès doivent être adaptés à l'opération et aménagés de façon à apporter la moindre gêne à la circulation publique. Notamment, la pente maximum des accès, non couverts et non chauffés, aux constructions, ou parties de constructions à usage de stationnement, ou aux aires de stationnement, doit permettre une accessibilité à l'année. // 3.1.5 Les accès directs, susceptibles de perturber la circulation ou dangereux pour la sécurité, sont interdits ".

6. D'une part, il ressort des pièces du dossier, notamment de la notice descriptive du permis de construire modificatif, que l'accès au projet s'effectue à partir de la rue des Montagnards, par le biais d'une courte rampe chauffée présentant une pente de 9,7 %, débouchant sur un ascenseur donnant accès aux 18 places de parking du projet, toutes incluses dans le volume de la construction et réparties à chacun de ses niveaux.

7. D'autre part, il ressort également des pièces du dossier que la courte rampe d'accès à l'ascenseur permet au mieux qu'un seul véhicule attende en sécurité cet ascenseur en dehors de la rue des Montagnards. Dans ces conditions, sans évoquer même les moments, qui adviendront inévitablement, durant lesquels l'ascenseur à automobiles tombera en panne et contraindra les usagers du projet à stationner leurs véhicules dans la rue des Montagnards, l'attente de l'ascenseur obligera certainement, et de manière assez fréquente compte tenu de l'importance du projet, les usagers automobilistes de la construction à patienter sur la voie publique avant de pouvoir pénétrer dans l'ascenseur pour pouvoir se garer à l'intérieur de la construction. Alors que la rue des Montagnards est d'un gabarit ordinaire pour une voie à double sens de circulation, et présente une épingle au débouché de la rampe, et qu'en raison de la neige en hiver, les conditions climatiques rendront encore plus difficiles en cette saison la circulation sur la rue des Montagnards, voire l'emprunt même de la rampe d'accès, les requérants sont fondés à soutenir qu'en délivrant l'autorisation en litige, le maire de Montgenèvre a fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article U3 du règlement du PLU.

8. Pour les mêmes raisons que celles qui viennent d'être exposées, il ressort des pièces du dossier qu'en délivrant l'autorisation en litige, le maire de Montgenèvre a également commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des exigences de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, applicable même aux communes dotées d'un plan local d'urbanisme en vertu de l'article R. 111-1 du même code, qui dispose : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".

9. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est de nature à entraîner l'annulation de l'arrêté en litige.

Sur l'application des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :

10. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé ". Aux termes de l'article L. 600-5-1 du même code " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé ".

11. Il résulte ainsi des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme que, lorsque le ou les vices affectant la légalité de l'autorisation d'urbanisme dont l'annulation est demandée sont susceptibles d'être régularisés, le juge administratif doit, en application de l'article L. 600-5-1, surseoir à statuer sur les conclusions dont il est saisi contre cette autorisation, sauf à ce qu'il fasse le choix de recourir à l'article L. 600-5, si les conditions posées par cet article pour procéder à l'annulation partielle de l'autorisation d'urbanisme sont réunies, c'est-à-dire quand l'illégalité retenue n'affecte qu'une partie identifiable du projet et peut être régularisée par une mesure de régularisation.

12. En premier lieu, il ressort de ce qui a été dit aux points 5 à 8 que les vices qui y ont été retenus n'affectent pas une partie identifiable du projet et ne peuvent donc donner lieu à application de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme.

13. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que, compte tenu de la topographie en forte déclivité du terrain d'assiette du projet, un stationnement, sur l'emprise de ce terrain, des automobiles des occupants des logements ne pourrait intervenir qu'en apportant au projet contesté un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même, qui tient notamment au nombre de logements d'habitation envisagés et ainsi au caractère collectif qui en découle pour la construction prévue. Par suite, et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que l'accès au terrain d'assiette puisse s'effectuer ailleurs que sur la rue des Montagnards, les vices retenus aux points 5 à 8 tenant à la dangerosité de l'accès au projet sur ladite rue ne peuvent être régularisés en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants sont fondés à obtenir l'annulation du permis de construire en litige.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des requérants, qui ne sont pas partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la commune sur ce fondement. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Montgenèvre une somme de 2 000 euros au titre des frais d'instance demandés par les requérants pris ensemble.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté daté 13 novembre 2020 délivré par le maire de la commune de Montgenèvre à la société Les Chalets du Bois de Suffin, ainsi que les décisions expresses ou implicites portant rejet des recours gracieux formés contre cette décision, sont annulés.

Article 2 : La commune de Montgenèvre versera aux requérants pris ensemble la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B H, à Mme G C, à M. et Mme A E, à Mme D F, à la société Les Chalets du Bois de Suffin et à la commune de Montgenèvre.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Hogedez, présidente,

- Mme Busidan, première conseillère,

- Mme Arniaud, conseillère.

assistées de M. Brémond, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2023.

La rapporteure,

signé

H. BusidanLa présidente,

signé

I. Hogedez

Le greffier,

signé

A. Brémond

La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Alpes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

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