jeudi 23 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2103486 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | TALANDIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et deux mémoires enregistrés les 20 avril 2021, le 27 janvier 2022 et le 28 avril 2022, M. A, représenté par Me Talandier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'enjoindre à la commune de Martigues de lui remettre les clefs des barrières empêchant l'accès aux parcelles CV n° 78 et CZ n° 250, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du lendemain de la notification du jugement ;
2°) de condamner la commune de Martigues à lui verser la somme de 6 000 euros en réparation de son préjudice de jouissance de ses parcelles à compter de 2009 ;
3°) de mettre la somme de 3 000 euros à la charge de la commune de Martigues au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- si les accès à ses parcelles peuvent être interdits aux tiers, il doit pouvoir continuer d'y accéder de façon motorisée en application des articles 682 et 685 du code civil notamment pour les entretenir ;
- le silence de la commune laisse supposer une tentative d'expropriation dissimulée, un dysfonctionnement des services municipaux ou une volonté délibérée de ne pas donner suite à sa demande ;
- l'enquête publique pour le projet de zone d'aménagement concerté visant à la création d'un parc de loisirs sur le site de la Baumaderie n'a duré que dix-neuf jours.
Par deux mémoires en défense enregistrés le 1er décembre 2021 et le 14 février 2022, la commune de Martigues, représentée par Me Pontier, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 soit mise à la charge du requérant.
Elle fait valoir, à titre principal, que la requête est irrecevable en raison de l'incompétence du tribunal administratif de Marseille, de l'absence de recours formé contre une décision et de l'absence de demande préalable liant le contentieux et, à titre subsidiaire, qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de Mme Beyrend, rapporteure publique,
- et les observations de Me Pontier, représentant la commune de Martigues.
Considérant ce qui suit :
1. Monsieur A est propriétaire de plusieurs parcelles en indivision, dont la parcelle cadastrée CV n°78, située lieudit " Baumaderie " et la parcelle cadastrée CZ n°250, située lieudit " Vallon de Estrets ", sur le territoire de la commune de Martigues. En 2019, la commune a installé des dispositifs pour limiter la circulation sur les chemins d'accès aux parcelles de M. A. Par cinq courriers du 29 octobre 2019, du 10 décembre 2019, du 2 mars 2020, du 5 juin 2020 et du 11 février 2021 adressés au maire de Martigues, M. A a sollicité la fourniture d'une clé ouvrant notamment la barrière d'accès à la parcelle CZ n°250 et le rétablissement du libre accès à plusieurs parcelles, dont la CV n°78, la barrière n° 18 étant bloquée par des blocs de pierre recouverts de terre. Un nouvel accès à la parcelle CV n°78 a été créé, mais il a été entravé par la pose d'une barrière, pour laquelle il ne dispose pas des clés. Le requérant ne dispose pas non plus des clefs de la barrière lui permettant d'accéder à la parcelle CZ n°250. Il a reçu une réponse d'attente le 18 mars 2020, par laquelle la direction de l'urbanisme de la commune lui a indiqué avoir saisi les services de la voirie municipale pour l'accès aux parcelles CV n°71 et CV n°78 et, s'agissant de l'accès à la parcelle CZ n°250, lui a indiqué attendre le retour du service en charge de la gestion des pistes de défense de la forêt contre les incendies, afin de connaître les modalités d'accès sur cette piste. Par sa requête, M. A doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet née le 15 avril 2021 du silence gardé par le maire de Martigues sur sa demande du 11 février 2021 reçue le 15 février 2021, d'enjoindre à la commune de Martigues de lui remettre les clefs permettant d'ouvrir les barrières empêchant l'accès à ses parcelles CV n°78 et CZ n°250 et de réparer le préjudice de jouissance dont il se prévaut au titre de cette privation d'accès.
Sur l'exception d'incompétence :
2. Aux termes de l'article L. 161-1 du code rural et de la pêche maritime, " les chemins ruraux sont des chemins appartenant aux communes, affectés à l'usage du public, qui n'ont pas été classés comme voies communales ; ils font partie du domaine privé de la commune ". Aux termes de l'article L. 161-2 du code rural et de la pêche maritime : " L'affectation à l'usage du public est présumée, notamment par l'utilisation du chemin rural comme voie de passage ou par des actes réitérés de surveillance ou de voirie de l'autorité municipale ". Un seul des éléments indicatifs figurant à l'article L. 161-2 du code rural permet de retenir la présomption d'affectation à usage du public.
3. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, notamment des documents photographiques produits, que, contrairement à ce que fait valoir la commune, les chemins litigieux, qui constituent une dépendance de son domaine privé, doivent être regardés comme affectés à l'usage du public en tant que voie de passage. La commune indique en outre avoir communiqué le code du cadenas des barrières à toutes les personnes riveraines possédant une habitation principale ou secondaire au sein du parc naturel de la Baumaderie. Les chemins présentent donc le caractère de chemins ruraux, ouverts à la circulation publique au sens de l'article L. 161-1 précité du code rural et de la pêche maritime. Par suite, l'exception d'incompétence opposée par la commune de Martigues tirée de ce que le litige s'inscrit dans un contexte de revendication d'une servitude de passage, ne peut être accueillie.
Sur les fins de non-recevoir :
4. D'une part, la commune soulève une fin de non-recevoir tirée de ce que les conclusions à fin d'injonction, visant à la remise des clés des barrières, seraient présentées à titre principal et qu'elles seraient, pour ce motif, irrecevables. Toutefois, au regard de ce qui a été exposé au point 1, de telles conclusions sont accessoires à la demande d'annulation dirigée contre la décision implicite de refus du maire de Martigues. Par suite, cette fin de non-recevoir devra être écartée.
5. D'autre part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision (). / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".
6. M. A ne justifie pas avoir adressé à la commune de Martigues une demande indemnitaire préalable tendant à l'indemnisation des préjudices dont il demande réparation. Dès lors, cette fin de non-recevoir opposée par la commune de Martigues doit être accueillie et les conclusions indemnitaires présentées par M. A rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
7. Aux termes de l'article L. 161-5 du code rural et de la pêche maritime, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée, " L'autorité municipale est chargée de la police et de la conservation des chemins ruraux ". En vertu de l'article D. 161-10 du même code, " dans le cadre des pouvoirs de police prévus à l'article L. 161-5, le maire peut, d'une manière temporaire ou permanente, interdire l'usage de tout ou partie du réseau des chemins ruraux aux catégories de véhicules et de matériels dont les caractéristiques sont incompatibles avec la constitution de ces chemins, et notamment avec la résistance et la largeur de la chaussée ou des ouvrages d'art ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient au maire de faire usage de son pouvoir de police afin de réglementer et, au besoin, d'interdire la circulation sur les chemins ruraux et s'il le lui incombe de prendre les mesures propres à assurer leur conservation.
8. Ainsi qu'il a été rappelé au point 3, les chemins sur lesquels les barrières ont été installées sont des chemins ruraux ouverts à la circulation publique. La commune fait valoir qu'elle est intervenue sur ces chemins, en installant des merlons de terre et des barrières, à la suite de différentes occupations illicites de gens du voyage et pour des raisons de défense incendie et de préservation de ces espaces, sur lesquels poussent des espèces végétales rares. A cet égard, il ressort des pièces du dossier que la barrière n° 234 fermée avec un cadenas a été implantée en concertation avec le service départemental d'incendie et de secours des Bouches-du-Rhône, qui dispose d'une clef, et que le code du cadenas de la barrière a été communiqué à toutes les personnes possédant une habitation principale ou secondaire dans le parc naturel. Toutefois, si la commune fait valoir, d'une part, que les parcelles du requérant ne sont pas enclavées au sens de l'article 682 du code civil, qu'elles sont non bâties et inconstructibles et qu'aucun accès véhicule n'est nécessaire à leur exploitation, et, d'autre part, que le code du cadenas de la barrière a été communiqué à toutes les personnes possédant une habitation principale ou secondaire dans le parc naturel, ce qui n'est pas le cas de M. A qui possède des parcelles non bâties, ces motifs ne sont pas de nature à justifier le refus de permettre à M. A d'accéder à ses parcelles. En outre, il n'est ni établi ni même allégué que M. A pourrait bénéficier d'un autre accès pour rejoindre ses parcelles. Le requérant est dès lors fondé à soutenir que le refus implicite du maire de Martigues est entaché d'illégalité. Par suite, il y a lieu d'annuler la décision attaquée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. En raison du motif qui la fonde, l'annulation de la décision implicite de la commune de Martigues rejetant la demande de M. A tendant à la remise des clés des barrières lui permettant d'accéder aux parcelles CV n°78 et CZ n°250 implique nécessairement, compte tenu de l'absence de changements de circonstances de droit ou de fait y faisant obstacle, que les clefs des barrières litigieuses soient remises au requérant sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d'enjoindre à la commune de Martigues de remettre lesdites clefs au requérant dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée par le requérant.
Sur les frais liés au litige :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Martigues une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens. En revanche, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de M. A, qui n'est pas partie perdante.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite de refus opposée par le maire de la commune de Martigues à la demande de Monsieur A du 11 février 2021 en tant qu'elle portait sur la remise des clés des barrières d'accès aux parcelles CZ n° 250 et CV n° 78, est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au maire de Martigues de remettre à M. A les clefs des barrières d'accès aux parcelles CZ n°250 et CV n°78 dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : La commune de Martigues versera à M. A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Martigues.
Délibéré après l'audience du 9 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Laso, président,
Mme Niquet, première conseillère,
Mme Ollivaux, première conseillère,
Assistés de M. Giraud, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mars 2023.
La rapporteure,
Signé
J. C
Le président,
Signé
J.-M. Laso
Le greffier,
Signé
P. GIRAUD
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
Le greffier
N°2103486
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026