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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2103527

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2103527

lundi 24 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2103527
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème Chambre
Avocat requérantSCP DIDIER, PINET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires enregistrés le 22 avril 2021, le 27 octobre 2022 et le 19 décembre 2022, Mme H J, Mme B J, Mme G J, Mme F J, M. I J, M. C J, Mme E J, M. D J, représentés par la SCP Alpazur Avocats, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2011 par lequel le maire de la commune de La Grave ne s'est pas opposé à la déclaration préalable déposée par Mme A et tendant à l'extension et la surélévation d'une construction de 17,20 m², à la réfection de sa toiture, au ravalement de ses façades, à la modification et création d'ouvertures, et à la création d'une place de stationnement ;

2°) de mettre à la charge de la commune de La Grave la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable ;

- le dossier de la déclaration préalable déposé par Mme A était incomplet ;

- les travaux déclarés excèdent le champ d'application de la déclaration préalable, et nécessitait le dépôt d'une demande de permis de construire en raison du changement de destination induit par le projet ;

- l'arrêté du 30 novembre 2020 méconnaît l'article UA 11 du plan local d'urbanisme ;

- le projet de Mme A aura pour conséquence d'obstruer des ouvertures et fenêtres en façade de leur bien.

Par deux mémoires défense, enregistrés le 17 juin 2021 et le 10 novembre 2022, la commune de La Grave représentée par Me Didier et Me Pinet, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par un courrier du 28 mai 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce qu'en autorisant la méconnaissance par le projet des dispositions du PLU imposant des toitures à deux pans, en raison de la réalisation d'un troisième pan de très faible importance destinée à permettre l'insertion du toit sous le balcon voisin, la décision en litige a autorisé une adaptation mineure prévue par l'article L. 152-3 du Code de l'urbanisme.

Mme J et autres ont produit un mémoire en réponse à ce moyen d'ordre public le 29 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'urbanisme;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Caselles,

- les conclusions de M. Jean-Marie Argoud, rapporteur public,

- et les observations de M. et Mme J.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, propriétaire d'une construction modeste de 17,20 m² sur une parcelle limitrophe de celle appartenant aux requérants, a déposé une déclaration préalable pour surélever et rénover cette même construction, et ainsi créer une surface de plancher supplémentaire de 8 m². Par un arrêté du 30 novembre 2011, le maire de la commune de La Grave ne s'est pas opposé aux travaux déclarés. Mme J et autres demandent l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme : " Le dossier joint à la déclaration comprend : a) Un plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune ;/ b) Un plan de masse coté dans les trois dimensions lorsque le projet a pour effet de créer une construction ou de modifier le volume d'une construction existante ; /c) Une représentation de l'aspect extérieur de la construction faisant apparaître les modifications projetées et si le projet a pour effet de modifier celui-ci / d) Le justificatif de dépôt de la demande d'autorisation prévue à l'article R. 244-1 du code de l'aviation civile lorsque le projet porte sur une construction susceptible, en raison de son emplacement et de sa hauteur, de constituer un obstacle à la navigation aérienne. / Il est complété, s'il y a lieu, par les documents mentionnés aux a et b de l'article R. 431-10 () ". Aux termes de l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme : " b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ; lorsque les travaux ont pour effet de modifier le profil du terrain, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; ()".

3. La circonstance que le dossier de demande d'autorisation de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité l'autorisation de construire accordée que dans le cas où ces omissions, inexactitudes ou insuffisances ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

4. Il ressort des pièces du dossier de la déclaration préalable en litige que si le plan de masse n'est pas coté, Mme A a déposé des plans de coupe et des plans de façade à l'échelle 1/50 000ème, qui suffisaient au service instructeur de la commune pour porter une appréciation sur le projet, dès lors que la construction en cause occupe la presque totalité du terrain d'assiette. De même, les plans de façade Ouest et Sud, qui font état de la hauteur au faitage de la construction avant et après travaux, permettent de mesurer l'importance de la surélévation projetée, contrairement à ce que soutiennent les requérants. Par suite, ces derniers ne sont pas fondés à soutenir que le dossier déposé par Mme A était incomplet.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 421-14 du code de l'urbanisme : " Sont soumis à permis de construire les travaux suivants, exécutés sur des constructions existantes, à l'exception des travaux d'entretien ou de réparations ordinaires : () / c) Les travaux ayant pour effet de modifier les structures porteuses ou la façade du bâtiment, lorsque ces travaux s'accompagnent d'un changement de destination entre les différentes destinations et sous-destinations définies aux articles R. 151-27 et R. 151-28 ; (). ". Aux termes de l'article R. 151-27 du code de l'urbanisme : " Les destinations de constructions sont : / 1° Exploitation agricole et forestière ; / 2° Habitation ; / 3° Commerce et activités de service ; / 4° Equipements d'intérêt collectif et services publics ; / 5° Autres activités des secteurs primaire, secondaire ou tertiaire. ".

6. Il ressort d'un acte notarié, ainsi que du dossier de la déclaration préalable en cause, attestant d'une donation-partage au profit de Mme A, que la pétitionnaire est propriétaire d'une " petite construction dénommée 'chambre' " caractérisée par l'existence de fenêtres, d'un escalier qui mène à une porte, et de toilettes. Par ailleurs, le bâtiment en cause qui est actuellement raccordée à l'eau courante, à l'assainissement et à l'électricité, se situe dans la zone urbaine de la commune. En dépit de l'état très dégradé de la construction, et bien qu'elle n'ait pas été habitée depuis de nombreuses années, les éléments précités suffisent à la faire regarder comme un bâtiment d'habitation. Si les requérants soutiennent que la propriété de Mme A s'apparente à un grenier, ou de manière générale à un local de stockage, en se fondant sur l'absence de cheminée, ils n'établissent pas, à supposer que le bien ait été utilisé comme une resserre, qu'il ne constituait pas un local accessoire à une habitation, dont il aurait, par hypothèse, la même destination. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les travaux déclarés induisaient un changement de destination, qui aurait supposé en raison de la modification d'une des façades, le dépôt d'un permis de construire.

7. En troisième lieu, d'une part aux termes de l'article UA 11 du plan local d'urbanisme : " Les toitures de deux pans identiques sont obligatoires ".

8. D'autre part, aux termes de l'article L. 152-3 du code de l'urbanisme : " Les règles et servitudes définies par un plan local d'urbanisme : / 1° Peuvent faire l'objet d'adaptations mineures rendues nécessaires par la nature du sol, la configuration des parcelles ou le caractère des constructions avoisinantes ; (). ".

9. Il ressort des pièces du dossier que le projet de Mme A consiste à rénover la toiture de sa construction en installant deux pans d'une inclinaison identique, et une demi-croupe à l'arrière pour éviter le surplomb du balcon de la maison voisine, propriété des requérants. Le troisième pan de toiture, après travaux, doit être regardé comme une adaptation mineure justifiée par l'insertion de la toiture rehaussée sous le balcon voisin, et donc par le caractère des constructions avoisinantes, au sens et pour l'application des dispositions de l'article L. 152-3 du code l'urbanisme, de sorte que la méconnaissance de l'article UA 11 du plan local d'urbanisme doit être écartée.

10. En dernier lieu, les autorisations d'urbanisme étant délivrées sous réserve du droit des tiers, la circonstance que les travaux déclarés auraient pour conséquence d'occulter les ouvertures d'une des façades de la maison, propriété des requérants, est sans incidence sur la légalité de l'acte attaqué.

11. Il résulte de tout ce qui vient d'être dit que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme J et autres doivent être rejetées.

Sur les frais de l'instance :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise, à ce titre, à la charge de la commune de La Grave, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Il n'y a pas lieu de mettre à la charge de chacun des requérants une somme quelconque sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : La requête de Mme H J, Mme B J, Mme G J, Mme F J, M. I J, M. C J, Mme E J, M. D J est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de La Grave fondées sur les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme H J, première requérante dénommée et à la commune de La Grave.

Copie en sera adressée à Mme A, la pétitionnaire.

Délibéré après l'audience du 4 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Fédi, président,

Mme Caselles, première conseillère,

Mme Charbit, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juin 2024.

La rapporteure,

Signé

S. CasellesLe président,

Signé

G. Fédi

La greffière,

Signé

S. Ibram

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne et à tous huissiers à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

N°2103527

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