lundi 6 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2103735 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C+ |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP LACOURTE RAQUIN TATAR |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 avril 2021 et le 4 février 2022, la SNC Plaine des Dès, représentée par la SCP Lacourte-Raquin-Tatar, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 mars 2021 par lequel le maire d'Aix-en-Provence a refusé sa demande de permis de démolir les annexes d'une bastide existante et de construire autour 4 immeubles comprenant en tout 70 logements, avec parking, piscine et pool house sur un terrain sis 315, chemin de la Plaine des Dès ;
2°) d'enjoindre au maire d'Aix-en-Provence de lui délivrer l'autorisation sollicitée dans le délai de deux mois à compter du présent jugement sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune d'Aix-en-Provence la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle est titulaire d'un permis de construire tacite depuis le 1er mars 2021 ;
- l'arrêté litigieux est insuffisamment motivé ;
- il méconnait l'article 4.2.1 des dispositions particulières du plan local d'urbanisme ;
- il méconnait l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme ;
- il méconnait l'article R.111-15 du code de l'urbanisme et l'article UM 3 du règlement du PLU;
- il méconnait l'article UM7 du même règlement ;
- il méconnait l'article UM6 du même règlement ;
- la demande de substitution de motif proposée par la commune doit être écartée.
Par des mémoires, enregistrés le 12 janvier 2022 et le 14 février 2022, la commune d'Aix-en-Provence, représentée par Me Andréani, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de la SNC Plaine des Dès la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les moyens soulevés par la SNC Plaine des Dès ne sont pas fondés ;
- elle propose une substitution de motif fondée sur l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme.
Par une ordonnance du 16 mars 2022, a été prononcée, en application des articles R. 613-1 et R. 611-11-1 du code de justice administrative, la clôture de l'instruction au 31 mars 2022.
Une note en délibéré produite par la commune d'Aix-en-Provence a été enregistrée le 26 janvier 2023.
Une note en délibéré produite par la SNC Plaine-des-Dès a été enregistrée le 03 février 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Le Mestric, première conseillère,
- les conclusions de M. Argoud, rapporteur public,
- et les observations de Me Tosi, représentant la commune d'Aix-en-Provence.
Considérant ce qui suit :
1. Par la présente requête, la SNC Plaine des Dès demande au tribunal l'annulation de l'arrêté du 19 mars 2021 par lequel le maire d'Aix-en-Provence a refusé d'autoriser la construction de 4 immeubles comprenant en tout 70 logements pour une surface de plancher de 4 832 m² avec parking en sous-sol, piscine et pool house autour d'une ancienne bastide existante, dont une démolition partielle est prévue par le projet, sur un terrain cadastré EW0076 d'une superficie de 8 000 m² sis 315 chemin de la Plaine des Dès, à Aix-en-Provence.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 424-2 du code de l'urbanisme : " Le permis est tacitement accordé si aucune décision n'est notifiée au demandeur à l'issue du délai d'instruction. ". Aux termes de l'article R. 423-23 de ce code : " Le délai d'instruction de droit commun est de : / () / c) Trois mois pour les autres demandes de permis de construire et pour les demandes de permis d'aménager ". Aux termes de l'article R. 423-38 du code de l'urbanisme : " Lorsque le dossier ne comprend pas les pièces exigées en application du présent livre, l'autorité compétente, dans le délai d'un mois à compter de la réception ou du dépôt du dossier à la mairie, adresse au demandeur ou à l'auteur de la déclaration une lettre recommandée avec demande d'avis de réception () indiquant, de façon exhaustive, les pièces manquantes ". Aux termes de l'article R. 423-39 du même code : " L'envoi prévu à l'article R. 423-38 précise : / a) Que les pièces manquantes doivent être adressées à la mairie dans le délai de trois mois à compter de sa réception ; / b) Qu'à défaut de production de l'ensemble des pièces manquantes dans ce délai, la demande fera l'objet d'une décision tacite de rejet en cas de demande de permis () ;/ c) Que le délai d'instruction commencera à courir à compter de la réception des pièces manquantes par la mairie ". Aux termes de l'article R. 423-19 du code de l'urbanisme : " Le délai d'instruction court à compter de la réception en mairie d'un dossier complet ". Aux termes de l'article R. 423-24 du même code : " Le délai d'instruction de droit commun prévu par l'article R. 423-23 est majoré d'un mois : a) lorsque le projet est soumis, dans les conditions mentionnées au chapitre V, à un régime d'autorisation ou à des prescriptions prévues par d'autres législations ou réglementations que le code de l'urbanisme () c) Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques ; ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'en l'absence de notification d'une décision expresse de l'administration, d'une demande de pièces complémentaires ou d'une notification de majoration, de prolongation ou de suspension du délai d'instruction, un permis de construire tacite naît à l'issue d'un délai de trois mois suivant le dépôt de la demande, lorsque celle-ci porte sur un immeuble autre qu'une maison individuelle au sens du titre III du livre II du code de la construction et de l'habitation.
4. En application de ces dispositions, le délai d'instruction n'est ni interrompu, ni modifié par une demande, illégale, tendant à compléter le dossier par une pièce qui n'est pas exigée en application du livre IV de la partie réglementaire du code de l'urbanisme. Dans ce cas, une décision de non-opposition à déclaration préalable ou un permis tacite naît à l'expiration du délai d'instruction, sans qu'une telle demande puisse y faire obstacle.
5. En l'espèce, la SNC Plaine des Dès a déposé une demande de permis de construire le 30 septembre 2020. Le service instructeur a formulé une demande de pièces complémentaires le 27 octobre 2020, dans le délai prescrit d'un mois, auquel a répondu la SNC Plaine des Dès le 1er décembre 2020, date à laquelle le dossier est réputé complet. Si par ledit courrier du 27 octobre 2020, la commune a opposé au constructeur une prorogation de délai d'un mois en application de l'article R. 423-4 du code de l'urbanisme dont elle ne conteste pas l'illégalité, cette erreur a pour conséquence de rendre inopposable au pétitionnaire le délai d'instruction modifié. Le délai d'instruction étant de trois mois, la société Plaine des Dès est fondée à soutenir qu'elle était titulaire d'un permis de construire tacite depuis le 1er mars 2020 que l'arrêté attaqué a eu pour effet de retirer.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix ". Aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits (). ". Aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme dans sa version applicable au litige : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire ".
7. Une décision portant retrait d'un permis de construire est au nombre de celles qui doivent être motivées en application de ce code. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'autorité administrative compétente pour adopter une décision individuelle entrant dans leur champ de mettre la personne intéressée en mesure de présenter ses observations préalables. Dans l'hypothèse où un maire envisage de retirer un permis de construire, il doit le faire dans le respect de la procédure prévue par les dispositions précitées. Toutefois, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie. Le respect, par l'autorité administrative compétente, de la procédure prévue par le code des relations entre le public et l'administration, constitue une garantie pour le bénéficiaire d'un permis de construire que le maire envisage de retirer. La décision de retrait prise par le maire est ainsi illégale s'il ressort de l'ensemble des circonstances de l'espèce que le bénéficiaire d'un permis de construire a été effectivement privé de cette garantie.
8. Il est constant que la décision en litige n'a été précédée d'aucune invitation du pétitionnaire à présenter ses observations préalables. Par suite, la SNC Plaine des Dès est fondée à soutenir que cette irrégularité dans la procédure d'instruction, qui l'a effectivement privée d'une garantie, a constitué un vice de nature à entacher d'illégalité l'arrêté attaqué.
9. En troisième lieu, aux termes de l'article UM6 du règlement du PLU : " 2- Au-delà de la bande définie à l'article UM6.1 ou en l'absence de linéaire de gabarit, la distance comptée horizontalement de tout point de la construction au point de la limite existante ou future des voies ou emprises publiques doit être au moins égale à la moitié de la différence d'altitude entre ces deux points, sans être inférieure à 5 mètres. ". Aux termes de l'article 9 des dispositions générales du PLU : " Par dérogation à l'article 6 des dispositions applicables à chacune des zones, sauf le long des linéaires de gabarit, les locaux techniques et les réseaux liés et nécessaires au fonctionnement des services publics ou d'intérêt collectifs dont la proximité avec la voie ou l'emprise publique est indispensable en raison de leur nature, de leur usage ou de leur fonctionnement, tels que abris bus, stations de péage, stations de pompage ou de relevage, transformateurs électriques, sous-stations de gaz, abris relatifs à la collecte des déchets , peuvent être implantés à l'alignement de la voie ".
10. Pour fonder son refus, le maire a précisé que le local à ordures ménagères, implanté à 4.40m de l'alignement sur certains plans du dossier, méconnait l'article UM6 du PLU précité. Toutefois, il ne pouvait opposer au pétitionnaire un tel motif dès lors que l'article 9 des dispositions générales du PLU relatif aux locaux techniques liés et nécessaires aux équipements publics ou intérêts collectifs permet l'implantation des locaux à ordures ménagères jusqu'à l'alignement de la voie. Par suite, le motif tiré de la méconnaissance de l'article UM 6 est infondé.
11. En quatrième lieu, aux termes de l'article 4-2-1 du règlement du PLU : " Dispositions applicables aux éléments bâtis ponctuels d'intérêt patrimonial : les travaux de démolition ponctuelle du patrimoine bâti ou modification de leur aspect extérieur ne peuvent être autorisés qu'à condition qu'ils aient pour objet d'assurer l'entretien, la conservation, la mise en valeur de l'élément ou qu'ils soient pas de nature à en compromettre l'intérêt historique, culturel ou architectural ainsi que son inscription dans le site ".
12. Pour fonder son refus, le maire a considéré que la démolition partielle de la Bastide ne s'inscrit pas dans le cadre des dispositions ci-dessus énoncées, et qu'elle est de nature à porter atteinte à la qualité de l'élément bâti, notamment au regard de son intérêt historique et architectural et surtout ne contribue pas à la cohérence et qualité des espaces bâtis. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et notamment des photographies " avant et après réalisation du projet " que les éléments dont la démolition est prévue, à savoir l'atelier, la piscine et la grange/chaufferie, ne sont pas protégés par ce texte dès lors qu'ils n'ont aucun intérêt architectural ou valeur patrimoniale et sont plus récents que le reste des bâtiments, et que les éléments constitutifs de la Bastide, notamment la fontaine, le théâtre de verdure, la chapelle et le bâtiment principal sont conservés, rénovés et mis en valeur. Dès lors, la suppression de ces éléments ne porte pas atteinte à l'aspect extérieur de la Bastide non plus qu'à son insertion dans le paysage. Par suite, le motif retenu par le maire est infondé.
Sur la proposition de substitution de motif :
13. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
14. Ainsi qu'il a été dit aux points 2 à 8 du présent jugement, l'arrêté contesté est entaché d'illégalité dès lors qu'il doit être regardé non comme un refus mais comme une décision de retrait d'un permis né de manière tacite, prise en méconnaissance du principe du contradictoire. Par suite, la demande de substitution de motif, quand bien même celle-ci vise à rectifier en droit le motif de refus fondé sur l'article 4-2-1 du règlement du PLU illégal, n'est pas de nature à régulariser la décision illégale. Par suite, la substitution de motif proposée par la commune tirée de la méconnaissance de l'article L. 151-19 du code de l'urbanisme doit être écartée.
15. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen n'est de nature à entrainer l'annulation de l'arrêté en litige.
16. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que l'arrêté litigieux doit être annulé.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
17. Aux termes de l'article R. 424-13 du code de l'urbanisme, alors applicable : " En cas de permis tacite ou de non-opposition à un projet ayant fait l'objet d'une déclaration, l'autorité compétente en délivre certificat sur simple demande du demandeur, du déclarant ou de ses ayants droit. En cas de permis tacite, ce certificat indique la date à laquelle le dossier a été transmis au préfet ou à son délégué dans les conditions définies aux articles L. 2131-1 et L. 2131-2 du code général des collectivités territoriales ".
18. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint à la commune d'Aix-en-Provence de délivrer à la SNC Plaine des Dès un certificat de permis tacite. Il y a lieu de prescrire cette mesure dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la SNC Plaine des Dès qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la commune d'Aix-en-Provence demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune d'Aix-en-Provence une somme de 1 500 euros à verser à la SNC Plaine des Dès au même titre.
D E C I D E:
Article 1er : L'arrêté du 19 mars 2021 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à la commune d'Aix-en-Provence de délivrer à la SNC Plaine des Dès le certificat de permis de construire tacite du 1er mars 2020 dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La commune d'Aix-en-Provence versera à la SNC Plaine des Dès une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SNC Plaine des Dès et à la commune d'Aix-en-Provence.
Délibéré après l'audience du 23 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Rousselle, présidente,
Mme Le Mestric, première conseillère,
Mme Ollivaux, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2023.
La rapporteure,
Signé
F. LE MESTRIC
La présidente,
Signé
Mme A La greffière
Signé
S. BOUCHUT
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière
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01/06/2026
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01/06/2026
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