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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2103818

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2103818

mercredi 15 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2103818
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantTOSI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 avril 2021, le syndicat des copropriétaires de l'immeuble 8, rue Eugène Pottier, représenté par Me Tosi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 mars 2021 par lequel le maire de la ville de Marseille a enjoint aux propriétaires, ou à leurs ayants-droits, de mettre fin durablement au danger affectant l'immeuble situé 8, rue Eugène Pottier à Marseille en réalisant divers travaux et a interdit l'occupation de plusieurs appartements, jusqu'à la mainlevée de l'arrêté de mise en sécurité ;

2°) de mettre à la charge de la ville de Marseille la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- les visas de l'arrêté sont entachés d'erreurs de fait ;

- aucune procédure contradictoire n'a été conduite, en méconnaissance des articles L. 511-10 du code de la construction et de l'habitation et L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, alors que la mise en sécurité affecte des parties privatives dont les propriétaires n'ont jamais été en mesure de présenter leurs observations, que les services communaux n'ont jamais repris contact avec le syndic après sa réponse du 12 novembre 2020 et que la visite des lieux du 22 février 2021 s'est tenue hors la présence du syndic qui a donc été privé d'une garantie substantielle ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors que les opérations de consolidation ont été effectuées selon les préconisations du bureau d'études techniques et que les mesures conservatoires ont été réalisées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 octobre 2022, la ville de Marseille conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par le syndicat des copropriétaires de l'immeuble 8, rue Eugène Pottier ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision de renvoi en formation collégiale.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Gaspard-Truc,

- et les conclusions de M. Garron, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le syndicat requérant représente les copropriétaires d'un immeuble situé au 8, rue Eugène Pottier, dans le 3ème arrondissement de la ville de Marseille. Par un arrêté du 13 octobre 2020, le maire de Marseille a interdit d'occupation certains appartements de cet immeuble, dans l'attente que soient réalisés, sous le contrôle d'un homme de l'art, d'important travaux de consolidation et de rénovation. A la suite du constat par les services municipaux, le 22 février 2021, de la persistance des désordres affectant l'immeuble, le maire a, par un arrêté de mise en sécurité du 8 mars 2021, enjoint aux propriétaires, ou à leurs ayants-droits, de mettre fin durablement au danger en réalisant divers travaux, et a maintenu l'interdiction d'occupation de certains appartements, étendant cette mesure à d'autres appartements, jusqu'à la mainlevée de l'arrêté, une fois réalisés les travaux imposés. Par la présente requête, le syndicat des copropriétaires de l'immeuble 8, rue Eugène Pottier demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 8 mars 2021.

2. Le 1° de l'article L. 511-2 du code de la construction et de l'habitation prévoit que la police administrative spéciale a notamment pour objet de protéger la sécurité des personnes en remédiant aux " risques présentés par les murs, bâtiments ou édifices quelconques qui n'offrent pas les garanties de solidité nécessaires au maintien de la sécurité des occupants et des tiers ". Dans cette hypothèse, l'article L. 511-4 de ce code désigne le maire comme l'autorité compétente pour exercer les pouvoirs de police, notamment pour prendre un arrêté de mise en sécurité. Selon l'article L. 511-11 du même code, un tel arrêté prescrit la réalisation, dans un délai déterminé, des mesures rendues nécessaires par les circonstances, lesquelles peuvent consister en l'interdiction d'habiter, d'utiliser ou d'accéder aux lieux, en des réparations voire, s'il n'existe aucun moyen technique de remédier à l'insécurité ou lorsque les travaux nécessaires à cette résorption seraient plus coûteux que la reconstruction, en la démolition de tout ou partie de l'immeuble, le tout sous astreinte et avec une faculté d'exécution d'office aux frais de la personne tenue d'exécuter les travaux.

3. Par un arrêté du 24 décembre 2020, dont il n'est pas contesté qu'il a été régulièrement publié au recueil des actes de la ville de Marseille, le maire de Marseille a donné délégation de signature à M. B A, adjoint en charge de la politique du logement et de la lutte contre l'habitation indigne, signataire de l'arrêté attaqué, en toutes matières à l'exception de certaines au nombre desquelles ne figurent pas les sorties de service. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. Les erreurs qui auraient été commises dans les visas de l'arrêté attaqué, à les supposer établies, sont, en tout état de cause, sans influence sur la légalité de cet arrêté.

5. D'une part, l'article L. 511-10 du code de la construction et de l'habitation dispose que : " L'arrêté de mise en sécurité ou de traitement de l'insalubrité est pris à l'issue d'une procédure contradictoire avec la personne qui sera tenue d'exécuter les mesures : le propriétaire ou le titulaire de droits réels immobiliers sur l'immeuble, le local ou l'installation, tels qu'ils figurent au fichier immobilier ou, dans les départements de la Moselle, du Bas-Rhin ou du Haut-Rhin, au livre foncier, dont dépend l'immeuble. /Lorsque les travaux prescrits ne concernent que les parties communes d'un immeuble en copropriété, la procédure contradictoire est valablement conduite avec le seul syndicat de copropriétaires représenté par le syndic qui en informe immédiatement les copropriétaires ". Il résulte des dispositions de l'alinéa 2 de l'article L. 511-10 du code de la construction et de l'habitation que le syndicat des copropriétaires n'a pas vocation à représenter les propriétaires lorsque les travaux prescrits portent sur les parties privatives de l'immeuble, la procédure contradictoire devant alors être menée avec chaque copropriétaire concerné.

6. D'autre part, aux termes de l'article 2 de la du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis : " Sont privatives les parties des bâtiments et des terrains réservées à l'usage exclusif d'un copropriétaire déterminé. /Les parties privatives sont la propriété exclusive de chaque copropriétaire. ". Aux termes de l'article 3 de cette même loi : " Sont communes les parties des bâtiments et des terrains affectées à l'usage ou à l'utilité de tous les copropriétaires ou de plusieurs d'entre eux./Dans le silence ou la contradiction des titres, sont réputées parties communes :/- le sol, les cours, les parcs et jardins, les voies d'accès ;/- le gros œuvre des bâtiments, les éléments d'équipement commun, y compris les parties de canalisations y afférentes qui traversent des locaux privatifs ;/- les coffres, gaines et têtes de cheminées ;/- les locaux des services communs ;/- les passages et corridors ;/- tout élément incorporé dans les parties communes ".

7. Il résulte de l'instruction que le syndicat des copropriétaires a été invité à présenter des observations à la suite du courrier du 4 novembre 2020 de la ville de Marseille l'informant de ce qu'il envisageait de prendre un arrêté de mise en sécurité de l'immeuble situé 8 rue Eugène Pottier à Marseille. Cet arrêté concerne à la fois des parties communes et des parties privatives de l'immeuble. Si le syndicat requérant soutient que les propriétaires n'ont pas été en mesure de présenter leurs observations alors que la mise en sécurité affecte également des parties privatives de l'immeuble, il ne saurait utilement se prévaloir de la méconnaissance de la procédure contradictoire, non pas à son encontre, mais à celle des copropriétaires concernés, lorsque des parties privatives sont en cause, seuls ces copropriétaires pouvant invoquer utilement un tel moyen.

8. Aucune disposition législative ou réglementaire ne faisait obligation aux services de la ville de reprendre contact aux termes de la procédure contradictoire avec le syndicat de copropriétaire.

9. Les dispositions applicables à la procédure de mise en sécurité ne subordonnent la légalité de l'arrêté ni au caractère contradictoire de l'expertise ni à la notification au propriétaire de l'ordonnance du juge des référés désignant l'expert. Le syndic requérant n'est pas suite pas fondé à soutenir qu'il aurait été privé d'une garantie dans la mesure où il n'était pas présent lors de la contrevisite des lieux intervenue le 22 février 2021.

10. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué qu'outre les injonctions de réparation portant sur plusieurs appartements, le maire de Marseille a notamment enjoint aux copropriétaires de désigner un homme de l'art pour établir un diagnostic sur la totalité de la structure de l'immeuble et les désordres constatés, et de faire procéder à des investigations des réseaux d'eau courante et d'eau usée dans tout le bâtiment, à des vérifications de la solidité et de l'étanchéité de la toiture, ainsi qu'à diverses réparations concernant les parties communes de l'immeuble, en particulier les planchers et plafonds de certains appartements.

11. Si le syndicat requérant soutient que plusieurs des injonctions prescrites dans l'arrêté avaient été réalisées par les copropriétaires avant même son édiction, il résulte de l'instruction que le rapport technique remis par un bureau d'études le 16 novembre 2020 est insuffisant pour considérer qu'à la date du présent jugement, un diagnostic complet de la structure de l'immeuble et des désordres existants avait été établi par un homme de l'art. En effet, selon ce rapport, le bureau d'études n'a pu accéder à certains appartements ni réaliser une visite approfondie avec sondage des locaux du rez-de-chaussée, du fait de leur accès difficile. Si le syndicat des copropriétaires soutient, en outre, que la mise en sécurité des planchers des appartements s'est achevée en février 2020, il résulte de l'instruction que ces travaux de consolidation, qui revêtent le caractère de mesures conservatoires, ne répondent pas aux travaux de confortement des planchers préconisés dans l'arrêté attaqué. Le syndicat requérant ne saurait davantage se prévaloir utilement de la recherche de fuite d'eau effectuée en septembre 2020 pour justifier qu'il aurait été mis fin aux désordres constatés par le bureau d'étude s'agissant des descentes d'eaux de toute nature. Enfin, en se bornant à soutenir qu'il a fait intervenir une société pour dératiser l'immeuble et que les services municipaux seraient moins qualifiés que le bureau d'études, le syndicat de copropriété ne conteste pas utilement la nécessité des mesures en litige pour mettre en sécurité l'immeuble. Les circonstances que les restrictions sanitaires liées au Covid-19 et que les propriétaires auraient lancé la deuxième phase des travaux sous le contrôle du bureau d'études sont sans incidence sur la légalité de l'arrêté du 8 mars 2021. Alors que les désordres observés justifient la mise en sécurité de l'immeuble, il résulte de ce qui précède que le syndicat requérant n'établit pas que les mesures préconisées dans l'arrêté en litige seraient entachées d'une erreur de fait ou d'appréciation ou qu'il aurait été remédié, à la date du présent jugement, aux désordres constatés.

12. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 8 mars 2021 de la ville de Marseille doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée à ce titre par le syndicat des copropriétaires de l'immeuble 8, rue Eugène Pottier soit mise à la charge de la ville de Marseille, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête du syndicat des copropriétaires de l'immeuble 8, rue Eugène Pottier est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié au syndicat des copropriétaires de l'immeuble 8, rue Eugène Pottier et à la ville de Marseille.

Délibéré après l'audience du 23 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Jorda-Lecroq, présidente,

Mme Gaspard-Truc, première conseillère,

Mme Balussou, première conseillère,

Assistées de Mme Faure, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mai 2024.

La rapporteure,

signé

F. Gaspard-Truc

La présidente,

signé

K. Jorda-Lecroq

La greffière,

signé

N. Faure

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière

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