mercredi 13 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2103878 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | ABDOU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 avril 2021, M. H G, représenté par Me Abdou, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 4 mars 2021 par laquelle le directeur général de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a rejeté son recours gracieux formé contre la décision du 5 janvier 2021 par laquelle il a mis à sa charge la contribution spéciale prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 25 752 euros ainsi que la contribution alors prévue par l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 4 248 euros ;
2°) de mettre à la charge de l' OFII une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée;
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est disproportionnée car il n'a jamais été sanctionné pour des faits similaires, il a déjà été condamné à verser une amende de composition pénale et fait l'objet une fermeture administrative de dix semaines qui l'empêchera de payer les contributions litigieuses.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juillet 2021, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les autres moyens soulevés par M. G ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 15 mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 15 avril 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code du travail ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme E,
- les conclusions de M. Ouillon, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite d'un contrôle opéré dans les locaux du salon de coiffure " chez Amine ", exploité par M. G, le 11 février 2020, les services de police, accompagnés des services de l'URSSAF, ont constaté l'embauche de deux ressortissants étrangers en situation irrégulière et dépourvus d'autorisation de travail. Par une décision du 5 janvier 2021, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis à la charge de M. G la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, pour un montant de 25 752 euros, ainsi que la contribution forfaitaire alors prévue à l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour un montant de 4 248 euros. Le 22 février 2021, M. G a formé un recours gracieux contre cette décision qui a été rejeté par le directeur général de l'OFII le 4 mars 2021. Il demande au tribunal d'annuler la décision du 4 mars 2021.
Sur l'étendue du litige :
2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.
3. Il résulte de ce qui précède que M. G doit être regardé comme demandant l'annulation, non seulement de la décision expresse du 4 mars 2021 par laquelle directeur de l'OFII a rejeté son recours gracieux, mais également de la décision initiale du 25 janvier 2021 mettant à sa charge les deux contributions en litige.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
Sur le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision du 4 mars 2021 :
4. Ainsi qu'il a été dit au point 2, lorsqu'un requérant présente simultanément des conclusions à fin d'annulation d'une décision administrative et du refus de faire droit au recours gracieux présenté à l'encontre de celle-ci, les moyens critiquant les vices propres dont la décision prise sur recours gracieux serait entachée ne peuvent être utilement invoqués à l'appui de sa requête. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision du 4 mars 2021 rejetant le recours gracieux formé par M. G, qui relève des vices propres de cette dernière, ne peut être utilement soulevé.
Sur le bien-fondé des sanctions :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. ". Aux termes de l'article L. 8253-1 de ce code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. (). ". Aux termes de l'article R. 8253-1 du même code : " La contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 est due pour chaque étranger employé en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1. Cette contribution est à la charge de l'employeur qui a embauché ou employé un travailleur étranger non muni d'une autorisation de travail. ". Aux termes de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine. () L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et de liquider cette contribution. () " ;
6. Il appartient au juge administratif, saisi d'un recours contre une décision mettant à la charge d'un employeur la contribution spéciale prévue par les dispositions précitées de l'article L. 8253-1 du code du travail et la contribution forfaitaire prévue par les dispositions également précitées de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour avoir méconnu les dispositions de l'article L. 8251-1 du code du travail, de vérifier la matérialité des faits reprochés à l'employeur et leur qualification juridique au regard de ces dispositions. Il lui appartient, également, de décider, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, soit de maintenir la sanction prononcée, soit d'en diminuer le montant jusqu'au minimum prévu par les dispositions applicables au litige, soit d'en décharger l'employeur.
7. M. G soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait car l'un des deux ressortissants étrangers trouvé en situation de travail, M. C F, se nomme en réalité M. B F. Toutefois, il résulte du procès-verbal d'audition du requérant que ce dernier a déclaré que " Miloud ", l'un des trois prénoms figurant sur le cahier tenu par les employés du salon de coiffure, était en fait " Mohamed F " et qu'" [il] a entendu dire qu'il a changé de prénom parce qu'il était recherché au pays. " Il résulte en outre du procès-verbal d'infraction, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, que cette personne, démunie de document d'identité, s'est présentée, lors du contrôle, sous le nom de C F, né le 11/08/1988 à Mascara, en Algérie. Dans ces conditions, aucun élément ne permet d'établir que l'administration aurait commis une erreur s'agissant de l'identité de M. F. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.
8. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction et notamment des pièces versées par le requérant dans l'instance que l'autre ressortissant étranger employé au sein du salon de coiffure, M. D, dit " A ", était titulaire d'un récépissé de demande de carte de séjour délivré le 7 juin 2019, valable jusqu'au 6 septembre 2019 et non jusqu'au 23 mai 2021, comme il le soutient et, en tout état de cause, ne l'autorisant pas à travailler. Par suite, le requérant ne démontre pas que l'OFII n'était pas fondé à mettre à sa charge la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement pour l'emploi de M. D et que la décision attaquée serait, pour ce motif, entachée d'une erreur de droit.
9. En troisième lieu, il résulte des dispositions précitées de l'article L. 8253-1 du code du travail et de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les contributions qu'ils prévoient ont pour objet de sanctionner les faits d'emploi d'un travailleur étranger séjournant irrégulièrement sur le territoire français ou démuni de titre l'autorisant à exercer une activité salariée, sans qu'un élément intentionnel soit nécessaire à la caractérisation du manquement. Toutefois, un employeur ne saurait être sanctionné sur le fondement de ces dispositions lorsque tout à la fois, d'une part, il s'est acquitté des obligations qui lui incombent en vertu de l'article L. 5221-8 du code du travail et, d'autre part, il n'était pas en mesure de savoir que les documents qui lui étaient présentés revêtaient un caractère frauduleux ou procédaient d'une usurpation d'identité.
10. Aux termes de l'article L. 5221-8 du code du travail : " L'employeur s'assure auprès des administrations territorialement compétentes de l'existence du titre autorisant l'étranger à exercer une activité salariée en France, sauf si cet étranger est inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi tenue par l'institution mentionnée à l'article L. 5312-1 ". Aux termes de l'article R. 5221-41 du même code : " Pour s'assurer de l'existence de l'autorisation de travail d'un étranger qu'il se propose d'embaucher, en application de l'article L. 5221-8, l'employeur adresse au préfet du département du lieu d'embauche ou, à Paris, au préfet de police une lettre datée, signée et recommandée avec avis de réception ou un courrier électronique, comportant la transmission d'une copie du document produit par l'étranger. A la demande du préfet, il peut être exigé la production par l'étranger du document original. ". Aux termes de l'article R. 5221-42 de ce code : " La demande de l'employeur est adressée au préfet au moins deux jours ouvrables avant la date d'effet de l'embauche. / (). ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient à l'employeur de vérifier préalablement à toute embauche la régularité de la situation de l'étranger au regard de l'existence d'une autorisation de travail.
11. Il résulte du procès-verbal d'infraction et n'est pas contesté que M. F était dépourvu de titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. Il résulte de l'instruction, et n'est pas davantage contesté que M. G s'est contenté, pour s'assurer de l'existence d'un titre autorisant M. F à travailler, d'une attestation d'aide médicale de l'Etat et n'a jamais obtenu d'autres documents d'identité concernant cet employé. Contrairement à ce que le requérant soutient, il était tenu, en application des dispositions précitées, avant d'effectuer les déclarations préalables à l'embauche de ce salarié, de saisir les services de la préfecture afin de procéder aux vérifications nécessaires, qui ne pouvaient se borner à la production d'une attestation de carte d'aide médicale de l'Etat. Dans ces conditions, la matérialité de l'infraction doit être considérée comme établie.
Sur le quantum de la sanction :
12. Aux termes de l'article R 8253-2 code du travail " I. Le montant de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 est égal à 5 000 fois le taux horaire, à la date de la constatation de l'infraction, du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. II.-Ce montant est réduit à 2 000 fois le taux horaire du minimum garanti dans l'un ou l'autre des cas suivants : 1° Lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne pas d'autre infraction commise à l'occasion de l'emploi du salarié étranger en cause que la méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 ; 2° Lorsque l'employeur s'est acquitté des salaires et indemnités mentionnés à l'article L. 8252-2 dans les conditions prévues par les articles R. 8252-6 et R. 8252-7. () " ;
13. Le procès-verbal d'infraction établi le 3 décembre 2020 mentionne, outre l'emploi de deux étrangers sans titre, l'infraction de travail dissimulé. Par ailleurs, le requérant n'établit pas qu'il aurait procédé au paiement spontané des salaires et indemnités dus aux travailleurs étrangers. Si M. G fait valoir qu'il n'a jamais fait l'objet de sanction administrative pour des faits similaires, qu'il a été condamné à une amende de composition pénale au Trésor public de 1 200 euros et qu'il ne pourra dès lors s'acquitter des sommes mises à sa charge en raison de la fermeture administrative de dix semaines dont il fait parallèlement l'objet, de telles circonstances ne sont pas de nature, au regard des dispositions de l'article R. 8253-2 code du travail précitées, à entrainer la modulation des contributions mises à sa charge. La circonstance qu'il aurait procédé à la déclaration d'un salarié postérieurement au contrôle, ce qui au demeurant n'est pas établi par les pièces versées dans l'instance, n'est pas davantage de nature à entrainer une diminution du quantum de la sanction prononcée.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation de M. G doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions au titre des dispositions de l'article L 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. G est rejetée.
Article 2: Le présent jugement sera notifié à M. H G et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 29 juin 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Hameline, présidente,
M. Garron, premier conseiller,
Mme Simeray, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.
Le rapporteur,
signé
C. E
La présidente,
signé
M-L. Hameline
Le greffier,
signé
C. Alves
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026