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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2103900

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2103900

lundi 12 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2103900
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8è ch Magistrat statuant seul
Avocat requérantLEMARCHAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 mai 2021, Mme D B, représentée par Me Lemarchand, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 novembre 2020 par laquelle le directeur de la caisse d'allocation familiales (CAF) a implicitement rejeté son recours gracieux à l'encontre de la décision mettant à sa charge un trop-perçu d'allocation de soutien familial d'un montant de 10 029,69 euros, un trop-perçu de prime d'activité d'un montant de 111,11 euros, un trop-perçu d'allocation familiale d'un montant de 1 256,94 euros et un trop-perçu d'aide personnalisée au logement d'un montant de 30 euros ;

2°) de prononcer la décharge du paiement des sommes précitées ;

3°) d'enjoindre au directeur de la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône de lui rembourser la somme de 2 553,51 euros sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

4°) de condamner la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône à lui verser la somme de 1 500 euros en réparation de son préjudice moral.

Elle soutient que la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône a commis une erreur d'appréciation en estimant qu'elle avait dissimulé sa vie commune depuis le mois d'octobre 2016 dès lors qu'elle n'a vécu en concubinage avec M. C qu'à compter de décembre 2018 ; par conséquent, le calcul des indus effectué par la caisse d'allocations familiales est erroné et doit être rectifié.

Le préfet des Bouches-du-Rhône, auquel la requête a été communiquée, n'a pas produit de mémoire en défense.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence du juge administratif pour connaitre de la contestation du trop-perçu de l'allocation de soutien familial.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal administratif de Marseille a désigné Mme A pour statuer en tant que juge statuant seul sur les requêtes relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le rapporteur public a été dispensé, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B était bénéficiaire de l'allocation de soutien familial, de la prime d'activité et de l'aide personnalisée au logement. Par courrier du 22 juillet 2020, la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône l'a informée qu'elle envisageait de lui infliger une pénalité administrative à la suite de manœuvres fraudeuses dont elle se serait rendue coupable en dissimulant sa vie commune depuis 2016 et en procédant à de fausses déclarations. Par courrier du 1er septembre 2020, Mme B a sollicité du directeur de la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône la réévaluation de sa dette et l'établissement d'un échéancier de paiement. N'ayant obtenu aucune réponse,

Mme B demande au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône maintient à sa charge des indus d'allocation de soutien familial d'un montant de 10 029,69 euros concernant les périodes s'étendant des mois d'octobre 2016 à mars 2017 et d'avril 2017 à mars 2019, un trop-perçu de prime d'activité d'un montant de 111,11 euros concernant les mois de mars à mai 2019, un trop-perçu d'allocation familiale d'un montant de 1 256,94 euros concernant les mois

d'octobre 2016 à mars 2017 et un trop-perçu d'aide personnalisée au logement d'un montant de 30 euros concernant les mois d'octobre à décembre 2020.

Sur les conclusions relatives à l'allocation de soutien familial :

2. Aux termes de l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale : " Le contentieux général de la sécurité sociale comprend les litiges relatifs : / 1° A l'application des législations et réglementations de sécurité sociale et de mutualité sociale agricole ; () ". Aux termes de l'article L. 142-8 du même code : " Le juge judiciaire connaît des contestations relatives : / 1° Au contentieux général de la sécurité sociale défini à l'article L. 142-1 () ". Et aux termes de l'article L. 511-1 du code de la sécurité sociale : " Les prestations familiales comprennent : () 6°) l'allocation de soutien familial ; () ". Les litiges relatifs aux prestations familiales sont au nombre des litiges relatifs à l'application des législations et réglementations de sécurité sociale et de mutualité sociale agricole mentionnés à l'article L. 142-1 du code de la sécurité sociale, dans sa rédaction applicable au litige, comme relevant du contentieux général de la sécurité sociale. Ce contentieux, qui relevait du tribunal des affaires de sécurité sociale jusqu'au

31 décembre 2018, relève, depuis le 1er janvier 2019, du tribunal de grande instance, devenu tribunal judiciaire au 1er janvier 2020.

3. Il résulte de ce qui précède qu'il n'appartient pas au juge administratif de connaître d'un litige relatif aux prestations familiales qui relève de la compétence du juge judiciaire. Par suite, en tant qu'elles sont relatives à un indu de prestations familiales (allocation de soutien familial), les conclusions de la requête présentée par Mme B doivent être rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Sur les indus d'aide personnalisée au logement et de prime d'activité :

4. En premier lieu, il résulte de l'instruction et notamment de la liste des dettes de l'intéressée, établie par la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône et versée au dossier par la requérante, que les indus concernent un trop-perçu de prime d'activité d'un montant de 111,11 euros relatif à la période courant de mars à mai 2019 et un trop-perçu d'aide personnalisée au logement d'un montant de 30 euros concernant les mois d'octobre à décembre 2020.

5. D'une part, aux termes de l'article L. 823-1 du code de la construction et de l'habitation, dans sa rédaction applicable au litige : " Le montant des aides personnelles au logement est calculé en fonction d'un barème défini par voie réglementaire. / Ce barème est établi en prenant en considération : / 1° La situation de famille du demandeur et le nombre de personnes à charge vivant habituellement au foyer ; /2° Ses ressources et la valeur en capital de son patrimoine et, s'il y a lieu, de son conjoint et des personnes vivant habituellement à son foyer, telles que définies aux articles L. 822-5 à L. 822-8 ; () ". Aux termes de l'article

R. 822-2 du même code : " Les ressources prises en compte pour le calcul de l'aide personnelle au logement sont celles dont bénéficient le demandeur ou l'allocataire, son conjoint et les personnes vivant habituellement au foyer./ Sont considérées comme vivant habituellement au foyer les personnes y ayant résidé plus de six mois au cours de la période mentionnée au 1° de l'article R. 822-3 précédant la () ".

6. D'autre part, aux termes de l'article L. 842-1 du code de la sécurité sociale : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective qui perçoit des revenus tirés d'une activité professionnelle a droit à une prime d'activité, dans les conditions définies au présent titre ". Aux termes de l'article L. 842-3 du même code : " La prime d'activité est égale à la différence entre : / 1° Un montant forfaitaire dont le niveau varie en fonction de la composition du foyer et du nombre d'enfants à charge, augmenté d'une fraction des revenus professionnels des membres du foyer () ; / 2° Les ressources du foyer, qui sont réputées être au moins égales au montant forfaitaire mentionné au 1° () " Enfin, aux termes de l'article R. 846-5 du même code : " Le bénéficiaire de la prime d'activité est tenu de faire connaître à l'organisme chargé du service de la prestation toutes informations nécessaires à l'établissement et au calcul des droits, relatives à sa résidence, à sa situation de famille, aux activités, aux ressources et aux biens des membres du foyer. Il doit faire connaître à cet organisme tout changement intervenu dans l'un ou l'autre de ces éléments ".

7. Il résulte de ces dispositions que, pour le bénéfice de la prime d'activité et de l'aide personnalisée au logement, le foyer s'entend du demandeur, ainsi que, le cas échéant, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin. Pour l'application de ces dispositions, le concubin est la personne qui mène avec le demandeur une vie de couple stable et continue.

8. Pour contester les indus en litige, Mme B se borne à alléguer, sans l'établir par aucune pièce du dossier, que sa vie commune avec M. C n'a commencé qu'en décembre 2018 et non à compter du mois d'octobre 2016 comme l'estime la caisse d'allocations familiales. Dans ces conditions, en l'absence de tout élément probant venant au soutien de cette allégation, le moyen tiré de ce que la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône aurait commis une erreur d'appréciation de sa situation familiale à l'origine d'un calcul erroné des indus en litige doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité des conclusions indemnitaires de Mme B, que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées, et, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions de la requête de Mme B, en tant qu'elles sont relatives à un indu de prestations familiales, sont rejetées comme portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B, au préfet des Bouches-du-Rhône et à la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 septembre 2022.

La magistrate désignée,

signé

E. A

La greffière,

signé

S. IBRAMLa République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

N°2103900

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