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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2103931

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2103931

lundi 27 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2103931
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantLOISEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 4 mai 2021, 17 mars 2023 et 5 avril 2023 M. E F, Mme C F, Mme D H, M. G A, le GAEC des Melezes, représentés par Me Boulisset, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° PC 00515621H0001 du 8 avril 2021 par lequel le maire de la commune de Saint-Sauveur a accordé un permis de construire à M. et Mme B sur la parcelle C1955 situé au lieu-dit " les Salettes " ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Sauveur une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable ;

- la notice paysagère et d'insertion du projet dans l'environnement est insuffisante ;

- l'arrêté attaqué est illégal en raison de l'illégalité de la délibération du 16 septembre 2019 approuvant le PLU communal en tant qu'il classe les parcelles C1955 et C1956 en zone Ua ;

- il méconnaît l'article L. 111-3 du code rural et de la pêche maritime ;

- il méconnaît l'article UA 11 du règlement du PLU ;

Par un mémoire en défense enregistré le 17 avril 2023, la commune de Saint-Sauveur, représentée par Me Loiseau, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants la somme de 3 600 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 10 décembre 2021 et 18 avril 2023, M. et Mme B, représentés par Me Dessinges, concluent au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils font valoir que :

- la requête est irrecevable ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 25 octobre 2023, a été prononcée, en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative, la clôture immédiate de l'instruction.

Un mémoire a été enregistré le 3 mai 2023 pour les requérants et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fayard, rapporteure,

- les conclusions de Mme Giocanti, rapporteure publique,

- et les observations de Me Boulisset, représentant des requérants, de Me Loiseau, représentant de la commune de Saint-Sauveur et de Me Marais, représentant de M. et Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. M. E F, Mme C F, Mme D H, M. G A et le GAEC des Melezes demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 8 avril 2021 par lequel le maire de la commune de Saint-Sauveur a accordé un permis de construire à M. et Mme B sur la parcelle C1955 situé au lieu-dit " les Salettes ".

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen tiré de l'incomplétude du dossier de permis de construire :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : / 1o L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; / 2o Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; / b) L'implantation, l'organisation, la composition et le volume des constructions nouvelles, notamment par rapport aux constructions ou paysages avoisinants; / c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; / d) Les matériaux et les couleurs des constructions ; / e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; / f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement ". L'article R. 431-10 du même code dispose : "Le projet architectural comprend également : () c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; / d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse ".

3. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

4. Si les requérants soutiennent que le dossier de permis de construire ne permettrait pas de situer le projet dans son environnement lointain, il ressort cependant des photographies soumises à l'autorité administrative que celles-ci permettent d'apprécier le caractère rural, peu urbanisé et agricole de l'environnement. S'il est regrettable que le hameau " les salettes " ne soit pas indiqué dans le paysage lointain, le projet en litige reste excentré de celui-ci de sorte que cette insuffisance, à supposer établie, n'a pas été de nature à fausser l'appréciation de l'autorité administrative.

En ce qui concerne le moyen tiré de l'exception d'illégalité du PLU en tant qu'il classe partiellement les parcelles C1955 et C1956 en zone Ua :

5. Aux termes de l'article R. 151-18 du code de l'urbanisme : " Les zones urbaines sont dites " zones U ". Peuvent être classés en zone urbaine, les secteurs déjà urbanisés et les secteurs où les équipements publics existants ou en cours de réalisation ont une capacité suffisante pour desservir les constructions à implanter ".

6. Il appartient aux auteurs d'un PLU de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. S'ils ne sont pas liés, pour déterminer l'affectation future des différents secteurs, par les modalités existantes d'utilisation des sols, dont ils peuvent prévoir la modification dans l'intérêt de l'urbanisme, leur appréciation peut cependant être censurée par le juge administratif au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

7. D'une part, par une délibération du 16 septembre 2019, le conseil municipal de Saint-Sauveur a approuvé le PLU communal et classé partiellement les parcelles C1955 et C1956 dans le secteur du hameau " les Salettes " en zone Ua, correspondante aux centres anciens et quartier historique. Il ressort des pièces du dossier que ces parcelles, si elles sont bordées au nord, à l'est et à l'ouest par un espace majoritairement agricole et boisé, sont contigües aux maisons d'habitations présentes dans le hameau et sont dans leur continuité. Si les requérants soutiennent que ce choix de classement serait contradictoire avec les objectifs du projet d'aménagement et de développement durable (PADD), notamment ceux de pérenniser et de valoriser l'activité agricole, il ressort cependant de ce document ainsi que du rapport de présentation du PLU que la commune a souhaité étendre l'urbanisation de manière limitée, après avoir combler les dents creuses, afin de préserver ces espaces tout en permettant de répondre aux besoins de développement du territoire. Ainsi, les surfaces consommées représentent 0,2% de la surface agricole communale définie par le PLU et seule la partie des parcelles qui longe la voie traversant le hameau sont concernées par la zone Ua afin de faciliter les raccordements au réseau. Dans ces conditions, l'urbanisation de ce secteur doit permettre de contribuer à une densification très mesurée des constructions existantes, conformément aux objectifs du PADD, sans porter atteinte à l'environnement et aux paysages. Par suite, le classement de ce secteur en zone Ua ne procède pas d'une erreur manifeste d'appréciation et n'est pas entaché d'incohérence avec les objectifs du PADD.

8. D'autre part, si les requérants font valoir que les parcelles en cause auraient dû entièrement être classées en zone agricole, il n'appartient pas au juge de la légalité de rechercher si les auteurs du plan auraient pu adopter un autre classement, mais seulement de vérifier que le classement retenu n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard des critères énoncés au point 3. Par suite, le moyen est inopérant et doit être écarté.

9. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à exciper de l'illégalité du plan local d'urbanisme de la commune de Saint-Sauveur en tant qu'il classe partiellement les parcelles C1955 et C1956 en zone Ua et leur moyen doit être écarté.

En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme :

10. Aux termes de l'article L. 111-3 du code rural et de la pêche maritime : " Lorsque des dispositions législatives ou réglementaires soumettent à des conditions de distance l'implantation ou l'extension de bâtiments agricoles vis-à-vis des habitations et immeubles habituellement occupés par des tiers, la même exigence d'éloignement doit être imposée à ces derniers à toute nouvelle construction et à tout changement de destination précités à usage non agricole nécessitant un permis de construire, à l'exception des extensions de constructions existantes. (). ". Aux termes de l'article 153-4 du règlement sanitaire départemental des Hautes-Alpes : " Sans préjudice de l'application des documents d'urbanisme existants dans la commune ou de cahiers des charges de lotissement, l'implantation des bâtiments renfermant des animaux doit respecter les règles suivantes : / () / - les autres élevages, à l'exception des élevages de type familial de ceux de volailles et de lapins, ne peuvent être implantés à moins de 50 mètres des immeubles habités ou habituellement occupés par des tiers, des zones de loisirs et de tout établissement recevant du public à l'exception des installations de camping à la ferme ; / () ". L'article 153-1 de ce règlement sanitaire prévoit que : " Toute création, extension ou réaffectation d'un bâtiment d'élevage ou d'engraissement, à l'exception des bâtiments d'élevage de lapins et volailles comprenant moins de 50 animaux de plus de 30 jours et des bâtiments consacrés à un élevage de type "familial", c'est-à-dire au plus équivalent à 3 UGB ou 10 porcs de plus de 30 kg, doit faire l'objet de la part du maître d'ouvrage de l'établissement d'un dossier de déclaration préalable () ". Les règles de distance instaurées par ces dispositions et qui s'imposent tant aux bâtiments d'élevage qu'aux constructions alentours, en application du principe de réciprocité, ne s'appliquent qu'en présence de bâtiments agricoles régulièrement édifiés et exploités.

11. En l'espèce, Mme H et M. A sont propriétaires des parcelles C2026, C2027, C2028, C2029, C1954 pour lesquelles un contrat à usage de prêt a été conclu avec le GAEC des Melezes. Si les requérants produisent un procès-verbal d'huissier du 12 août 2020 dans lequel il est constaté que " 16 béliers et 9 chèvres " sont présents au rez-de-chaussée du bâtiment ainsi que plusieurs éléments concernant le projet professionnel de Mme H, gérante du GAEC, et son parcours d'installation agricole, cela ne démontre pas qu'elle exploitait régulièrement, à la date du permis de construire attaqué, un élevage caprin, autre qu'un élevage familial pour lequel le principe de réciprocité ne peut être appliqué. Il ne ressort ainsi d'aucune pièce du dossier que le GAEC des Melezes ait déposé, avant l'adoption de la décision en litige, une déclaration préalable tel qu'exigé par l'article 153-1 du règlement sanitaire départemental des Hautes-Alpes précités, l'autorisation d'exploiter n'ayant été demandée au préfet que le 14 décembre 2021. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à se prévaloir du principe de réciprocité posé à l'article L. 111-3 du code de l'urbanisme et leur moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la méconnaissance de l'article UA11 du PLU communal :

12. Si les requérants exposent que le projet ne s'intègrerait pas aux lieux avoisinants au regard de l'article Ua 11 du PLU, ils se prévalent de dispositions qui ne correspondent pas à la version existante à la date de la décision contestée. Dans ces conditions, le moyen ne peut qu'être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir soulevées par la défense, que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 8 avril 2021 du maire de Saint-Sauveur accordant un permis de construire aux consorts B doivent être écartées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Sauveur et de M. et Mme B, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme demandée par les requérants sur ce fondement. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge solidaire des requérants une somme de 750 euros à verser à la commune de Saint-Sauveur et une somme de 750 euros à verser à M. et Mme B sur le fondement des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F et autres est rejetée.

Article 2 : M. F et autres verseront solidairement à la commune de Saint-Sauveur et à M. et Mme B la somme de 750 euros, chacun, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E F, Mme C F, Mme D H, M. G A, au GAEC des Melezes, à M. et Mme B et à la commune de Saint Sauveur.

Délibéré après l'audience du 13 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Salvage, président,

Mme Le Mestric, première conseillère,

Mme Fayard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 novembre 2023.

La rapporteure,

Signé

A. FAYARD

Le président,

Signé

F. SALVAGE La greffière

Signé

S. BOUCHUT

La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Alpes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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