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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2103974

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2103974

lundi 22 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2103974
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantSCP ALPAVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 mai 2021 et le 11 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Ducrey-Bompard, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le directeur du centre hospitalier intercommunal des Alpes du Sud (CHICAS) a implicitement rejeté sa demande indemnitaire du 9 février 2021 ;

2°) de condamner le CHICAS à lui verser une somme de 30 000 euros à titre de dommages et intérêts, avec intérêts au taux légal à compter du 9 février 2021 et capitalisation des intérêts à compter du 10 février 2021 ;

3°) de mettre à la charge du CHICAS une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le CHICAS n'a pas pris les mesures nécessaires pour faire cesser le harcèlement dont il était victime de la part de ses supérieurs hiérarchiques, ce qui constitue une faute de nature à engager sa responsabilité ;

- à titre subsidiaire, la responsabilité du CHICAS peut être engagée du seul fait des fautes que ses agents ont commis à son encontre et de son inertie face à de tels agissements ;

- la protection fonctionnelle ne lui a jamais été accordée ;

- son préjudice doit être réparé à hauteur de 30 000 euros du fait des conséquences sur sa santé, sa carrière et ses conditions de vie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juillet 2021, le CHICAS, représenté par Me Clement-Lacroix, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. A une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n°83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n°86-33 du 9 janvier 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Derollepot, rapporteur,

- les conclusions de Mme Lourtet, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, stagiaire en qualité d'ouvrier principal deuxième classe entre le 1er avril 2017 et le 12 octobre 2020, après avoir auparavant été employé en contrat à durée déterminée depuis le 1er avril 2014, et affecté aux services techniques du CHICAS, demande la condamnation de cet établissement à réparer les différents préjudices subis résultant selon lui du harcèlement moral et de la méconnaissance de l'obligation de le protéger dont il estime avoir été victime lorsqu'il exerçait ses fonctions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. La décision implicite de rejet de la demande préalable d'indemnisation formulée par M. A le 9 février 2021 a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande présentée par ce dernier qui, en formulant les conclusions indemnitaires, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressé à percevoir la somme qu'il réclame, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux sont sans incidence sur la solution du litige. Par suite, les conclusions susmentionnées doivent être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité pour faute du CHICAS :

S'agissant du harcèlement moral :

3. Lorsqu'un agent est victime, dans l'exercice de ses fonctions, d'agissements répétés de harcèlement moral visés à l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983, il peut demander à être indemnisé par l'administration de la totalité du préjudice subi, alors même que ces agissements ne résulteraient pas d'une faute qui serait imputable à celle-ci.

4. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, applicable au litige, dont les dispositions sont désormais reprises à l'article L. 133-2 du code général de la fonction publique : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ".

5. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

6. En premier lieu, il ne résulte pas de l'instruction que, lors de l'entretien le 15 février 2018 au cours duquel le requérant a été reçu par deux membres de l'encadrement des services techniques, dont son supérieur hiérarchique direct, M. A a été la cible d'entreprises vexatoires, de dénigrements, de reproches abusifs, de remarques désobligeantes, de jugements dévalorisants ou d'attitude agressives à son encontre, et qu'il aurait été séquestré pendant une heure trente comme il le soutient. En effet, d'une part, le compte rendu alors établi indiquant la nature des reproches alors faits à l'intéressé, auxquels il a pu apporter une réponse, ne contient aucun élément laissant présumer de tels agissements. D'autre part, les témoignages peu circonstanciés de collègues, dont un était au demeurant employé par M. A dans le cadre de son activité accessoire, ne sont pas de nature à établir la réalité de tels agissements, ni qu'il aurait refusé de fabriquer des meubles au profit personnel de ses supérieurs hiérarchiques. Dès lors, aucun agissement ne se rattachant pas à l'exercice normal du pouvoir hiérarchique et qui serait susceptible de faire présumer l'existence d'un harcèlement moral à l'encontre du requérant ne peut être retenu à la charge du CHIAP.

7. En deuxième lieu, si une inscription " place interdite " et un pictogramme représentant un fauteuil roulant ont été apposés au marqueur sur le véhicule personnel de M. A, le 16 janvier 2018 alors que celui-ci était stationné sur une place handicapée, ce fait, pour lequel il n'a d'ailleurs pas porté plainte, n'est pas susceptible de faire présumer l'existence d'un harcèlement moral à son encontre.

8. En troisième lieu, la seule production d'une photographie d'un panneau apposé sur la porte du bureau du requérant supportant les mentions " burn out - bureau des emplois fictifs " ne permet pas de révéler une présomption de harcèlement moral, en présence d'un fait isolé alors en outre que cet incident a fait l'objet, le 24 septembre 2018, d'une fiche de signalement événement indésirable.

9. En dernier lieu, ni les échanges que M. A a eus avec l'un de ses collègues le 12 janvier 2019 sur un réseau social non professionnel l'invitant à démissionner alors qu'il faisait état du refus de rupture conventionnelle opposée par le CHICAS, ni les convocations reçues pour des formations au travail en équipe, ni les deux appels, dont un manqué, à six jours d'intervalle émanant de son supérieur hiérarchique en mai 2019 ne sont également de nature à faire présumer l'existence d'un harcèlement moral à son encontre.

10. Il résulte de tout ce qui précède, que les pièces du dossier ne suffisent pas à établir l'existence de faits susceptibles de faire présumer l'existence d'un harcèlement moral à l'encontre de M. A qui émanerait de ses supérieurs ou de ses collègues de travail.

S'agissant de l'obligation de prévention et de protection de la santé et de la sécurité :

11. Aux termes de l'article 23 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " Des conditions d'hygiène et de sécurité de nature à préserver leur santé et leur intégrité physique sont assurées aux fonctionnaires durant leur travail ". Aux termes de l'article L. 4121-1 du code du travail : " L'employeur prend les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale des travailleurs (). " En vertu de l'article L. 4111-1 du code du travail, les dispositions de la partie de ce code relative à " la santé et sécurité au travail " sont applicables aux établissements de santé, sociaux et médico-sociaux mentionnés à l'article 2 de la loi n°86-33 du 9 janvier 1986 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique hospitalière.

12. Il résulte de ces dispositions que les autorités administratives ont l'obligation de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et morale de leurs agents. Il leur appartient à ce titre, sauf à commettre une faute de service, d'assurer la bonne exécution des dispositions législatives et réglementaires qui ont cet objet.

13. S'il résulte de l'instruction qu'il existait une ambiance conflictuelle au sein de l'équipe des services techniques du CHICAS, où M. A exerçait ses fonctions, ce dernier ne peut se prévaloir d'une inertie du centre hospitalier face à cette situation dès lors qu'un comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail s'est réuni le 5 novembre 2018 à ce sujet, qu'un médiateur est intervenu dès l'année 2018, que plusieurs sessions de formations visant à améliorer le travail en équipe ont été organisée en 2018 et 2019 visant soit l'ensemble de l'équipe, soit le seul personnel d'encadrement et qu'un nouvel entretien d'évaluation lui a été proposé. Dès lors, le CHICAS n'a pas manqué à ses obligations tendant à prendre les mesures nécessaires pour assurer sa sécurité et protéger sa santé physique et mentale comme il le soutient.

S'agissant de l'obligation de refus d'octroi de la protection fonctionnelle en raison des agissements subis :

14. Aux termes des dispositions de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors applicables et aujourd'hui reprises aux articles L. 134-1 et L. 134-5 du code général de la fonction publique: " " I.- A raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, le fonctionnaire ou, le cas échéant, l'ancien fonctionnaire bénéficie, dans les conditions prévues au présent article, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire. / () / IV.- La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. () ".

15. Ces dispositions établissent à la charge de la collectivité publique et au profit des fonctionnaires, lorsqu'ils ont été victimes d'attaques à l'occasion ou du fait de leurs fonctions, sans qu'une faute personnelle puisse leur être imputée, une obligation de protection à laquelle il ne peut être dérogé, sous le contrôle du juge, que pour des motifs d'intérêt général. Cette obligation de protection a pour objet, non seulement de faire cesser les attaques auxquelles l'agent concerné est exposé, mais aussi de lui assurer une réparation adéquate des torts qu'il a subis. Cette protection n'est due, cependant, que lorsque les agissements concernés visent l'agent en cause à raison de sa qualité d'agent public.

16. Si la protection résultant du principe rappelé au point précédent n'est pas applicable aux différends susceptibles de survenir, dans le cadre du service, entre un agent public et l'un de ses supérieurs hiérarchiques, il en va différemment lorsque les actes du supérieur hiérarchique sont, par leur nature ou leur gravité, insusceptibles de se rattacher à l'exercice normal du pouvoir hiérarchique.

17. Il résulte de ce qui précède que les faits reprochés par M. A à ses supérieurs hiérarchiques se rattachent à l'exercice de leur pouvoir hiérarchique. Dès lors, le refus d'accorder à M. A la protection fonctionnelle pour des faits de harcèlement moral ne présente pas un caractère fautif de nature à engager la responsabilité du CHICAS.

18. Dans ces conditions, les conclusions tendant à la condamnation du CHICAS au versement à M. A d'une somme totale de 30 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

19. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. A doivent dès lors être rejetées. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions du CHICAS tendant à la condamnation de M. A à ce même titre.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Les conclusions du CHICAS tendant à la mise à la charge de M. A au paiement des frais exposés et non compris dans les dépens sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au centre hospitalier intercommunal des Alpes du Sud.

Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Frédérique Simon, présidente,

M. Alexandre Derollepot, premier conseiller,

Mme Ludivine Journoud, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2024.

Le rapporteur,

signé

A. Derollepot

La présidente,

signé

F. Simon

La greffière,

signé

A. Vidal

La République mande et ordonne au directeur général de l'agence régionale de santé Provence-Alpes-Côte d'Azur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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