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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2103981

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2103981

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2103981
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSCP CABINET ROSENFELD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le numéro 2103981 le 5 mai et le 15 décembre 2021, l'association pour la préservation, la promotion, l'expansion et la valorisation des Alpilles (APPEVA), représentée par Me Lemoine, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 novembre 2020 portant permis de construire par lequel le maire de la commune de Saint-Rémy-de-Provence a autorisé la société civile de construction vente (SCCV) Le Clos des Cèdres à réaliser un ensemble de 152 logements répartis en sept bâtiments et quatorze villas individuelles, sur un terrain situé chemin de Saint-Joseph sur le territoire de cette commune ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Rémy-de-Provence la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a intérêt à agir et sa requête a été introduite dans les délais ;

- en raison de l'illégalité de la délibération autorisant le transfert de propriété du terrain d'assiette du projet, et du fait qu'en tout état de cause cette délibération est intervenue après la délivrance de l'autorisation d'urbanisme, la société pétitionnaire n'avait pas qualité pour demander cette autorisation ;

- le dossier ne comprend pas de document permettant d'apprécier l'insertion paysagère du projet exigé par l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme ;

- le projet étant en situation de co-visibilité avec deux monuments historiques situés à moins de 500 mètres, l'architecte des bâtiments de France a considéré à tort que son avis n'était pas obligatoire et émis des prescriptions moins contraignantes que celles qui auraient pu être déterminées ;

- le projet, en raison de sa situation et de la dangerosité de son accès sur la voie publique, méconnaît l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme et les règles fixées aux articles 1AUh 8 et DP U et AU 8 du règlement du plan local d'urbanisme communale ;

- le projet méconnaît les règles relatives au stationnement fixées par le règlement du plan local d'urbanisme communal, dès lors que les plans ne permettent pas de vérifier le respect des normes fixées et des obligations d'accessibilité propres aux personnes à mobilité réduite, que le nombre de places automobiles est inférieur à celui annoncé dans le dossier et que l'accès aux parkings souterrains et la circulation à l'intérieur sont dangereux ;

- alors que la commune de Saint-Rémy de-Provence doit exercer ses compétences en cohérence avec les objectifs fixés par la charte du parc naturel régional des Alpilles, le projet est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa cohérence vis-à-vis de plusieurs des objectifs de ladite charte ;

- les bassins de rétention ne sont pas prévus au projet.

Par deux mémoires, enregistrés le 13 août 2021 et le 6 janvier 2022, la SCCV Le Clos des Cèdres, représentée par Me Rosenfeld, conclut :

- à titre principal au rejet de la requête ;

- à titre subsidiaire au sursis à statuer sur le fondement de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme ;

- à titre infiniment subsidiaire au prononcé d'une annulation partielle sur le fondement de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme ;

- en tout état de cause, à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable en raison de l'objet social de l'association qui ne lui donne pas intérêt à poursuivre l'annulation du permis de construire en litige, d'autre part en raison de ce qu'elle ne justifie pas de la qualité de son représentant pour agir en justice ;

- la requérante ne soulève aucun moyen de légalité externe à l'encontre du permis de construire attaqué ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par deux mémoires, enregistrés le 30 septembre et le 24 décembre 2021, la commune de Saint-Rémy-de-Provence, représentée par Me Petit, conclut :

- à titre principal au rejet de la requête ;

- à titre subsidiaire au sursis à statuer sur le fondement de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme ;

- à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la requérante sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir :

- à titre principal que la requête est irrecevable, en raison de sa tardiveté et faute pour l'association requérante de justifier, d'une part eu égard à son objet statutaire, d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, d'autre part, de la qualité de son représentant pour ester en justice, enfin du respect des obligations exigées par l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme tant au stade du recours gracieux qu'au stade du recours contentieux ;

- à titre subsidiaire, les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Par une ordonnance du 27 janvier 2022, la clôture de l'instruction a été prononcée avec effet immédiat, en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

II. Par une requête et un mémoire, enregistrés sous le numéro 2104746 le 27 mai et le 15 décembre 2021, l'association pour la préservation, la promotion, l'expansion et la valorisation des Alpilles (APPEVA), représentée par Me Lemoine, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 mars 2021 par lequel le maire de la commune de Saint-Rémy-de-Provence a délivré à la société civile de construction vente (SCCV) Le Clos des Cèdres un permis de construire modificatif n°1 en vue de la réalisation d'un ensemble de 152 logements répartis en sept bâtiments et quatorze villas individuelles, sur un terrain situé chemin de Saint-Joseph sur le territoire de cette commune ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Rémy-de-Provence la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a intérêt à agir ;

- en raison de l'illégalité de la délibération autorisant le transfert de propriété du terrain d'assiette du projet, et du fait qu'en tout état de cause cette délibération est intervenue après la délivrance de l'autorisation d'urbanisme, la société pétitionnaire n'avait pas qualité pour demander cette autorisation, ce qui rend illégale l'autorisation délivrée ;

- le dossier du PCM1 est incomplet en raison de l'absence de nombreux avis ;

- le dossier ne comprend pas de document permettant d'apprécier l'insertion paysagère du projet exigé par l'article R. 431-10 du code de l'urbanisme ;

- le projet étant en situation de co-visibilité avec deux monuments historiques situés à moins de 500 mètres, l'architecte des bâtiments de France a considéré à tort que son avis n'était pas obligatoire et émis des prescriptions moins contraignantes que celles qui auraient pu être déterminées ;

- le projet, en raison de sa situation et de la dangerosité de son accès sur la voie publique, méconnaît l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme et les règles fixées par le règlement du plan local d'urbanisme communal, notamment l'article DG5 relatif à la prise en compte du risque incendie.

Par deux mémoires, enregistrés le 13 août 2021 et le 6 janvier 2022, la SCCV Le Clos des Cèdres, représentée par Me Rosenfeld, conclut :

- à titre principal au rejet de la requête ;

- à titre subsidiaire au sursis à statuer sur le fondement de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme ;

- à titre infiniment subsidiaire au prononcé d'une annulation partielle sur le fondement de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme ;

- en tout état de cause, à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable, dès lors que la requérante ne justifie pas d'un objet social lui donnant un intérêt à poursuivre l'annulation du permis de construire en litige ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par deux mémoires, enregistrés le 1er octobre et le 24 décembre 2021, la commune de Saint-Rémy-de-Provence, représentée par Me Petit, conclut :

- à titre principal au rejet de la requête ;

- à titre subsidiaire au sursis à statuer sur le fondement de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme ;

- à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la requérante sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir :

- à titre principal que la requête est irrecevable, faute pour l'association requérante de justifier, d'une part eu égard à son objet statutaire, d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, d'autre part, de la qualité de son représentant pour ester en justice, et faute de justifier du respect des obligations exigées par l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme tant au stade du recours gracieux qu'au stade du recours contentieux ;

- à titre subsidiaire, les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Par une ordonnance du 27 janvier 2022, la clôture de l'instruction a été prononcée avec effet immédiat, en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Busidan, première conseillère,

- les conclusions de M. Terras, rapporteur public,

- et les observations de Me Lemoine, représentant la requérante, de Me Corbalan représentant la commune de Saint-Rémy-de-Provence, et de Me Cagnol représentant la SCCV Le Clos des Cèdres.

Une note en délibéré, présentée par Me Lemoine pour l'association requérante, a été enregistrée dans chacune des instances n° 2103981 et n° 2104746 le 8 septembre 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Sur un terrain d'assiette composé de plusieurs parcelles et situé au lieu-dit Le Château sur le territoire de la commune de Saint-Rémy-de-Provence, la société civile de construction vente (SCCV) Le Clos des Cèdres a été autorisée, par un arrêté du maire de cette commune daté du 18 novembre 2020, à construire un ensemble immobilier de 152 logements, dont 138 en sept bâtiments collectifs et 14 en villas individuelles. Deux permis modificatifs ont été successivement délivrés par le maire de Saint-Rémy-de-Provence à cette même société par deux arrêtés respectivement datés du 29 mars 2021 et du 25 octobre 2021. L'association pour la préservation, la promotion, l'expansion et la valorisation des Alpilles (APPEVA), demande l'annulation des deux premiers arrêtés portant respectivement permis de construire initial et permis de construire modificatif n°1.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées sont présentées par la même requérante à l'encontre d'un même projet et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur la recevabilité de la requête n° 2103981 tendant à l'annulation du permis de construire initial en date du 18 novembre 2020 :

3. D'une part, l'article R. 600-2 du code de l'urbanisme dispose : " Le délai de recours contentieux à l'encontre d'une décision de non-opposition à une déclaration préalable ou d'un permis de construire, d'aménager ou de démolir court à l'égard des tiers à compter du premier jour d'une période continue de deux mois d'affichage sur le terrain des pièces mentionnées à l'article R. 424-15. ".

4. D'autre part, conformément à la règle générale du contentieux administratif, pour interrompre le délai de recours contentieux, un recours gracieux contre une décision administrative doit être exercé dans les mêmes conditions que ce recours contentieux. Par suite, le recours gracieux doit parvenir à l'administration destinataire dans un délai franc de deux mois qui, s'il expire un samedi, un dimanche ou un jour férié ou chômé, est prorogé jusqu'au premier jour ouvrable suivant.

5. Il est constant, dès lors que la requérante elle-même l'affirme à deux reprises dans ses écritures, en pages 5 de sa requête introductive d'instance et de son mémoire complémentaire, que le permis de construire du 18 novembre 2020 a été affiché à compter du 24 novembre 2020. Dès lors que la requérante ne soutient, ni même n'allègue, que cet affichage aurait été irrégulier, le délai de recours expirait le lundi 25 janvier 2021 à minuit. Il ressort des pièces du dossier, notamment de la lettre datée du 26 janvier 2021 par laquelle le maire de Saint-Rémy-de-Provence a accusé réception du recours gracieux de l'APPEVA que ce dernier est parvenu dans les services communaux ce même 26 janvier 2021. Dans ces conditions, le recours gracieux, arrivé postérieurement à l'expiration du délai franc de deux mois durant lequel il devait être présenté, n'a pu valablement interrompre le délai de recours contentieux. Il en résulte que la fin de non-recevoir pour tardiveté présentée par la commune de Saint-Rémy-de-Provence doit être accueillie et la requête de l'APPEVA rejetée pour irrecevabilité.

Sur la recevabilité de la requête n° 2104746 tendant à l'annulation du permis de construire modificatif en date du 29 mars 2021 :

6. L'article 9 des statuts de l'association requérante dispose : " L'association est dirigée par un conseil d'administration composé des huit membres fondateurs élus pour une année()// Ses membres sont rééligibles.() Le conseil d'administration est renouvelé tous les deux ans. Il dispose des pouvoirs les plus étendus pour gérer et administrer l'administration à l'exception de ceux attribués spécifiquement à l'assemblée générale ". Alors qu'aucun autre article des statuts n'attribue spécifiquement le pouvoir d'ester en justice ni à l'assemblée générale ni au président de l'association, ce pouvoir doit donc être regardé comme attribué au conseil d'administration.

7. Dès lors, le président, présenté dans la requête comme agissant pour l'association APPEVA, n'a qualité pour former un recours en excès de pouvoir à l'encontre de l'arrêté en litige, qu'à la condition de justifier d'une habilitation à cette fin donnée par le conseil d'administration de l'association. Cependant, alors que la fin de non-recevoir tirée de la qualité du représentant de l'association pour agir en justice a été soulevée par la commune défenderesse dans son mémoire enregistré devant le tribunal le 30 septembre 2021 et que la clôture de l'instruction est intervenue le 27 janvier 2022, l'habilitation donnée par le conseil d'administration à son président pour ester en justice, ressortant du procès-verbal d'une réunion dudit conseil tenue le 26 avril 2021, n'a été produite au tribunal que le 7 septembre 2022, veille de l'audience, sans que l'association ne fasse état d'aucun obstacle à sa production avant la clôture de l'instruction. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir pour absence de qualité du représentant de l'association pour agir en justice doit être accueillie et la requête de l'APPEVA rejetée pour irrecevabilité.

Sur les frais liés aux litiges :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soient mises à la charge de la commune de Saint-Rémy-de-Provence, qui n'est pas partie perdante dans les instances jointes dans le présent jugement, les sommes demandées par la requérante sur ce fondement. Dans les circonstances de l'espèce et sur le même fondement, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'APPEVA les sommes réclamées par la commune de Saint-Rémy-de-Provence et la pétitionnaire au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de l'association pour la préservation, la promotion, l'expansion et la valorisation des Alpilles sont rejetées.

Article 2 : Les conclusions tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, présentées par la commune de Saint-Rémy-de-Provence d'une part, la SCCV Le Clos des Cèdres d'autre part, sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association pour la préservation, la promotion, l'expansion et la valorisation des Alpilles, à la SCCV Le Clos des Cèdres et à la commune de Saint-Rémy-de-Provence.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

- Mme Hogedez, présidente,

- Mme Busidan, première conseillère,

- M. Peyrot, premier conseiller,

assistés de M. Alloun, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

La rapporteure,

signé

H. BusidanLa présidente,

signé

I. Hogedez

Le greffier,

signé

S. Alloun

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier,

N°s 2103981

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