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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2104007

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2104007

jeudi 21 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2104007
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantKUJUMGIAN ANGLADE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 mai 2021, M. B A, représenté par Me Kujumgian-Anglade, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 15 avril 2021 par laquelle le maire de la commune de Coudoux a rejeté sa demande de réintégration en qualité de brigadier-chef principal ;

2°) de condamner la commune de Coudoux à lui verser la somme de 26 757,16 euros en réparation de son préjudice financier ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Coudoux la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'administration a l'obligation de le réintégrer dès lors qu'elle doit tenir compte des postes vacants, de ceux qui le deviennent postérieurement à sa demande et au besoin en libérant un poste occupé par un agent contractuel ;

- il a subi un préjudice financier correspondant aux salaires qu'il aurait dû percevoir s'il avait été réintégré à sa demande, et s'élevant à la somme de 26 757,16 euros après déduction de l'allocation pour perte d'emploi qu'il a perçue.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 mai 2022, la commune de Coudoux, représentée par Me Del Prete, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. A la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les conclusions en annulation dirigées contre la décision du 15 avril 2021 sont irrecevables dès lors que cette décision est confirmative de celle du 9 novembre 2018 qui avait la même portée ;

- à titre subsidiaire, les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un courrier du 13 février 2024, le tribunal a demandé à M. A de communiquer la décision prise par la commune de Coudoux sur sa réclamation indemnitaire ou la copie de la demande faite à ce titre, et l'a informé qu'à défaut de régularisation sur ce point ses conclusions tendant à la condamnation de la commune au versement de la somme de 26 757,16 euros pourraient être rejetées pour irrecevabilité.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 86-68 du 13 janvier 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fabre, rapporteure,

- les conclusions de Mme Sarac-Deleigne, rapporteure publique,

- et les observations de Me Giordano représentant la commune de Coudoux.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a été recruté le 1er juin 1992 par la commune de Coudoux en qualité de brigadier-chef principal titulaire au sein de la police municipale. Par arrêté du 5 mai 2017, le maire de la commune de Coudoux a placé M. A, à sa demande, en disponibilité pour convenances personnelles pour une durée de trois ans à compter du 1er juin 2017. Par courrier du 29 mai 2018, M. A a demandé sa réintégration anticipée à partir du 15 juin 2018. Le maire a refusé cette demande par décision du 4 juin 2018, au motif de l'absence de poste vacant correspondant à son grade au sein de la commune, et l'a maintenu en position de disponibilité par un arrêté du 17 septembre 2018, à compter du 15 juin 2018 et jusqu'à ce qu'un poste lui soit proposé. Par courrier du 31 octobre 2018, M. A a renouvelé sa demande de réintégration dans un emploi au sein des services de la commune, qui a été refusée par une décision du 9 novembre 2018 au motif qu'aucun poste correspondant à son grade n'était disponible au sein de la collectivité. Par un nouveau courrier de son conseil du 4 février 2021, reçu par la commune le 30 mars 2021, M. A a demandé au maire de la commune sa réintégration sur une affectation technique. Par une décision du 15 avril 2021 dont le requérant demande au tribunal l'annulation, le maire de la commune de Coudoux a rejeté sa demande. M. A demande en outre au tribunal de condamner la commune de Coudoux à lui verser la somme de 26 757,16 euros au titre de son préjudice financier.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du maire de Coudoux du 15 avril 2021 :

En ce qui concerne la fin de non-recevoir opposée par la commune de Coudoux :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. "

3. La commune de Coudoux fait valoir que la décision du 15 avril 2021 par laquelle le maire a rejeté la demande de réintégration de M. A est confirmative d'une précédente décision ayant la même portée prise par le maire le 9 novembre 2018 à la suite d'une demande similaire de M. A. Toutefois, si la décision du 9 novembre 2018, que l'intéressé n'a pas contestée, est devenue définitive, il ressort des pièces du dossier que, d'une part, la commune a ultérieurement promu l'un de ses agents au grade de brigadier-chef principal, grade que détient également le requérant, sur un poste dont la commune reconnait elle-même la vacance en 2020, fait nouveau ayant une incidence sur la situation de M. A, et que, d'autre part, ce dernier a formé par le biais de son conseil une nouvelle demande de réintégration le 30 mars 2021 en se prévalant de la vacance d'au moins deux postes à cette date. Par suite, la décision du maire rejetant cette dernière demande au motif de l'absence de poste disponible correspondant au grade du requérant à la date du 15 avril 2021 ne peut être regardée comme étant une décision purement confirmative de sa décision du 9 novembre 2018 contre laquelle ne pourrait être ouvert un nouveau délai de recours contentieux. Dès lors, la fin de non-recevoir opposée en défense doit être écartée.

En ce qui concerne la légalité de la décision du 15 avril 2021 :

4. Aux termes de l'article 72 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale alors en vigueur : " La disponibilité est la position du fonctionnaire qui, placé hors de son administration ou service d'origine, cesse de bénéficier, dans cette position, de ses droits à l'avancement et à la retraite. / () Le fonctionnaire mis en disponibilité, () sur demande, () est réintégré à l'expiration de sa période de disponibilité dans les conditions prévues aux premier, deuxième et troisième alinéas de l'article 67 de la présente loi. Dans les autres cas, si la durée de la disponibilité n'a pas excédé trois années, une des trois premières vacances dans la collectivité ou l'établissement d'origine doit être proposée au fonctionnaire ". Aux termes de l'article 21 du décret du 13 janvier 1986 relatif aux positions de détachement, de disponibilité, de congé parental des fonctionnaires territoriaux et à l'intégration : " La mise en disponibilité sur demande de l'intéressé peut être accordée, sous réserve des nécessités du service, dans les cas suivants : () / b) Pour convenances personnelles : la durée de la disponibilité ne peut, dans ce cas, excéder cinq années ; () ". Aux termes de l'article 26 de ce décret dans sa version applicable au litige : " Sauf dans le cas où la période de mise en disponibilité n'excède pas trois mois, le fonctionnaire mis en disponibilité sur sa demande fait connaître à son administration d'origine sa décision de solliciter le renouvellement de la disponibilité ou de réintégrer son cadre d'emplois d'origine trois mois au moins avant l'expiration de la disponibilité. () Le fonctionnaire qui a formulé avant l'expiration de la période de mise en disponibilité une demande de réintégration est maintenu en disponibilité jusqu'à ce qu'un poste lui soit proposé dans les conditions prévues à l'article 97 de la loi du 26 janvier 1984 () ".

5. Il résulte de la combinaison de ces dispositions, d'une part, que le fonctionnaire territorial ayant bénéficié d'une disponibilité pour convenances personnelles d'une durée de moins de trois ans, a le droit, sous réserve de la vacance d'un emploi correspondant à son grade, d'être réintégré à l'issue de sa disponibilité, y compris lorsque l'intéressé demande à être réintégré avant le terme de la période pour laquelle il a été placé en disponibilité, et que la collectivité est tenue de lui proposer l'un des trois premiers emplois devenus vacants, d'autre part, que si le fonctionnaire territorial n'a droit à réintégration à l'issue d'une disponibilité pour convenances personnelles d'une durée de moins de trois ans qu'à l'occasion de l'une des trois premières vacances d'emploi, la collectivité doit néanmoins justifier son refus de réintégration sur les deux premières vacances par un motif tiré de l'intérêt du service.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A a demandé au maire de la commune de Coudoux sa réintégration dès le 29 mai 2018, soit avant le terme de la période à laquelle il était placé en disponibilité pour convenances personnelles qui a commencé le 1er juin 2017 en vertu d'un arrêté du maire du 5 mai 2017. Il a ensuite renouvelé sa demande à plusieurs reprises et notamment le 31 octobre 2018 et le 30 mars 2021. La commune a rejeté toutes ses demandes au motif qu'aucun poste correspondant à son grade n'était disponible au sein de la collectivité notamment par la décision en litige du 15 avril 2021. Il est toutefois constant, ainsi que le reconnaît la commune en défense, qu'un poste vacant de brigadier-chef principal de la police municipale, correspondant au grade de M. A s'est trouvé disponible dans le courant de l'année 2020, soit après la date à laquelle l'intéressé avait demandé sa réintégration, alors que la collectivité devait lui proposer une des trois premières vacances de poste en son sein, et qu'elle l'avait, par arrêté du 17 septembre 2018, maintenu en position de disponibilité jusqu'à ce qu'un poste lui soit proposé. Si la commune fait valoir qu'elle a décidé de ne pas proposer ce poste au requérant dès lors qu'il était dans l'intérêt du service de promouvoir à ce poste un agent de la commune qui détenait l'ancienneté et l'expérience nécessaire, elle ne justifie pas, par ces seules considérations très peu circonstanciées, et alors qu'elle n'établit ni même n'allègue que M. A ne détenait pas les compétences et l'ancienneté nécessaires pour occuper ce poste, qu'un motif tiré de l'intérêt du service s'opposait à ce que celui-ci soit réintégré sur cet emploi vacant correspondant à son grade. Par ailleurs si la commune fait valoir que M. A a demandé, par son courrier reçu le 30 mars 2021, sa réintégration sur une " affectation technique " mais qu'un tel emploi ne pouvait lui être attribué en raison de son statut de brigadier-chef principal de police municipale, cette circonstance demeure sans incidence sur la décision en litige qui est expressément fondée sur l'absence de poste disponible correspondant au grade de l'intéressé. Dans ces conditions, M. A est fondé à soutenir que le maire de la commune a méconnu, en prenant la décision contestée du 15 avril 2021, ses obligations découlant des dispositions précitées en matière de réintégration.

7. Il résulte de ce qui précède que la décision du maire de la commune de Coudoux du 15 avril 2021 doit être annulée.

Sur les conclusions indemnitaires :

8. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " () Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".

9. En l'espèce, il ne résulte pas de l'instruction, en dépit de la demande de régularisation diligentée sur ce point par le tribunal, que les conclusions indemnitaires tendant à ce que la commune de Coudoux soit condamnée à verser à M. A la somme de 26 757,16 euros en réparation du préjudice financier résultant de la perte des salaires consécutive à l'absence de réintégration à compter du 15 juin 2018 aient été précédées d'une demande indemnitaire préalable ni, par voie de conséquence, d'une décision de la commune de Coudoux. Par suite, ces conclusions doivent être rejetées comme irrecevables.

Sur les frais liés au litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Coudoux le versement à M. A d'une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ces dispositions font en revanche obstacle à ce que soit mis à la charge de M. A, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés par la commune de Coudoux, et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La décision du maire de la commune de Coudoux du 15 avril 2021 est annulée.

Article 2 : La commune de Coudoux versera à M. A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Coudoux.

Délibéré après l'audience du 7 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Hameline, présidente,

Mme Fabre, première conseillère,

Mme Hétier-Noël, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2024.

La rapporteure,

signé

E. Fabre

La présidente,

signé

M.-L. Hameline

La greffière,

signé

B. Marquet

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2104007

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