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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2104045

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2104045

mercredi 3 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2104045
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantBONNET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 7 mai et 9 juillet 2021, M. B A, représenté par Me Bonnet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 novembre 2020 par lequel le maire de la commune de Rognac a procédé au retrait d'un permis d'aménager tacite, ainsi que la décision portant rejet de son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à la commune de Rognac de lui délivrer le permis d'aménager dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Rognac une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté de retrait a été pris en méconnaissance de la procédure contradictoire ;

- il méconnaît l'article UC 3.1 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) ;

- il méconnaît l'article UC 3.2 du même règlement.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mai 2021, la commune de Rognac conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens présentés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 22 mai 2023, la clôture de l'instruction a été prononcée avec effet immédiat, en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Arniaud,

- les conclusions de M. Peyrot, rapporteur public,

- et les observations de Me Bonnet, représentant le requérant.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, propriétaire indivis d'une parcelle cadastrée section CC n° 29, lieudit " Le Clos Thomas " sur la commune de Rognac, a sollicité un permis d'aménager le 17 avril 2020 concernant la réalisation de trois lots à bâtir et, par le silence gardé par l'administration, a obtenu un permis tacite d'aménagement. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 13 novembre 2020 par lequel le maire de Rognac a retiré le permis d'aménager tacitement accordé.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. L'arrêté attaqué a été pris aux motifs que l'accès au terrain d'assiette du projet est d'une largeur de 2,88 mètres, qu'il n'est pas desservi par une voie ouverte à la circulation automobile, qu'il est de nature à apporter un trouble à la circulation piétonne et ne respecte pas les règles d'accès aux engins de secours et de lutte contre l'incendie, en méconnaissance de l'article UC 3.1 du plan local d'urbanisme (PLU). L'arrêté se fonde également sur la méconnaissance de l'article UC 3.2 du PLU dès lors que le projet, par la création d'une voie nouvelle et d'une aire de retournement, empièterait sur la voie publique piétonne.

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 424-5 du code de l'urbanisme : " La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire () ". L'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; / 2° Lorsque leur mise en œuvre serait de nature à compromettre l'ordre public ou la conduite des relations internationale ; / 3° Aux décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière () ". En vertu de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. / L'administration n'est pas tenue de satisfaire les demandes d'audition abusives, notamment par leur nombre ou leur caractère répétitif ou systématique ". Enfin, l'article L. 122-2 du même code prévoit que : " Les mesures mentionnées à l'article L. 121-1 à caractère de sanction ne peuvent intervenir qu'après que la personne en cause a été informée des griefs formulés à son encontre et a été mise à même de demander la communication du dossier la concernant ". La décision portant retrait d'un permis d'aménager est au nombre de celles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Elle doit, par suite, être précédée d'une procédure contradictoire.

4. D'une part, si M. A fait valoir que la commune ne lui a pas transmis, dans le cadre de la procédure préalable contradictoire, l'acte administratif interdisant la circulation des véhicules à moteur sur la voie d'accès du lotissement ni le procès-verbal de constat d'huissier, documents visés par l'arrêté attaqué, il ne ressort d'aucun texte que la commune était tenue de procéder d'office à une telle transmission. A cet égard, les dispositions de l'article L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration, propres aux sanctions administratives, ne sont pas applicables au retrait d'un permis d'aménager. D'autre part, le maire de la commune de Rognac a, par un courrier du 8 octobre 2020, informé M. A de son intention de procéder au retrait du permis d'aménager tacitement accordé au motif, notamment, que " l'accès au lotissement depuis le domaine public, de la traverse de la Verveine ou de la rue des Yeuses n'est pas réalisable ", précisant que la voie d'entrée au lotissement est de 2,88 mètres. Ce courrier reproduit également les dispositions de l'article UC3 du plan local d'urbanisme de la commune relatif à l'accès et à la voirie. Compte tenu de la rédaction de ce courrier, M. A a été informé avec une précision suffisante des motifs sur lesquels la commune entendait fonder le retrait du permis d'aménager, notamment quant à la largeur de la voie, et a, dès lors, été mis à même de présenter utilement ses observations dans le cadre de la procédure contradictoire mise œuvre en l'espèce. Par suite, le moyen tiré du vice du procédure, pris en ses différentes branches, doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article UC 3 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune : " 3.1 - Accès / Pour être constructible, tout terrain doit avoir accès à une voie publique ou privée ouverte à la circulation, soit direct, soit par l'intermédiaire d'un passage aménagé sur fond voisin (Servitude de passage). / Les caractéristiques des accès doivent répondre aux normes en vigueur concernant l'approche des moyens de défense contre l'incendie et de protection civile () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que le projet porte sur la création de trois lots devant accueillir chacun une maison d'habitation et un garage, pour permettre un stationnement sur chacun des lots. Selon le requérant, le terrain assiette du projet est bordé à l'ouest par une voie publique de 3 mètres. Il ressort des pièces du dossier, en particulier des photographies au dossier, que cette voie publique est prolongée au nord par le passage des Yeuses, chemin piéton selon un arrêté du 19 mai 1992, et au sud par la traverse de la Verveine, voie publique comportant une chaîne interdisant le passage des véhicules, de sorte que la voie publique en cause ne comporte pas d'accès à une voie ouverte à la circulation automobile. Par ailleurs, la voie publique qui borde l'assiette du terrain, constituée de terres et de ronces, ne présente aucun aménagement propre à la circulation automobile. Par suite, cette voie ne saurait être regardée comme étant une voie ouverte à la circulation publique des véhicules. Au demeurant, si le requérant fait valoir, au soutien de son moyen, que l'accès à la traverse de la Verveine serait d'une largeur de 3 mètres, conformément à l'arrêté du 31 janvier 1986 visé dans l'acte attaqué, le constat d'huissier transmis est insuffisant à établir cette largeur, alors que la commune transmet elle aussi un constat d'huissier faisant état d'une largeur à mi-hauteur de 2,87 mètres. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le terrain assiette du projet dispose d'un accès à une voie ouverte à la circulation publique automobile et le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UC 3.1 doit être écarté.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article UC 3 du règlement du PLU : " () 3.2 Voirie : / Toute voie nouvelle, publique ou privée, doit présenter une largeur de 4 mètres minimum. () Les voies nouvelles en impasse doivent être aménagées de telle sorte que les véhicules lourds de sécurité, de propreté ou assurant des missions de service public, puissent faire demi-tour () ".

8. La demande de permis de construire mentionne qu'une voie de sept mètres de large avec en extrémité une aire de retournement de douze mètres sur dix-sept mètres seront prévues pour desservir les lots. Si le requérant fait valoir dans le cadre de la présente instance que la voie nouvellement créée présentera en réalité une largeur de quatre mètres, les trois autres mètres correspondant à la voie publique longeant le terrain d'assiette, ces éléments ne ressortent pas des pièces de la demande du permis d'aménager. En outre, la largeur de la voie nouvellement créée est ainsi insuffisante pour aménager l'aire de retournement de douze sur sept mètres prévue par le projet, alors qu'il ressort par ailleurs des plans de la demande du permis d'aménager que l'aire de retournement empiète sur la voie publique existante. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UC 3-2 du règlement du PLU doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées.

Sur les autres conclusions :

10. Les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A étant rejetées, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la commune de Rognac.

Délibéré après l'audience du 18 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Hogedez, présidente,

Mme Arniaud, première conseillère,

Mme Ridings, conseillère,

Assistées de M. Brémond, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 juillet 2024.

La rapporteure,

signé

C. Arniaud

La présidente,

signé

I. Hogedez

Le greffier,

signé

A. Brémond

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier.

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