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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2104077

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2104077

vendredi 7 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2104077
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantVIGO AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 mai 2021 et 5 mai 2023, M. C B, qui reprend l'instance de son père, M. A B, représenté par l'AARPI Vigo, agissant par Me Mercinier-Pantalacci, et par Me Cormier, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 mars 2021 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Marseille a rejeté son recours administratif préalable obligatoire formé à l'encontre de la sanction disciplinaire qui lui a été infligée le 4 février 2021 par la commission de discipline de la maison centrale d'Arles ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le mémoire en défense doit être écarté dans la mesure où, alors que le contentieux ressort de la compétence de la Première ministre, ce mémoire comporte le logo et l'entête du ministère de la justice et qu'il n'est pas justifié d'une délégation de signature accordée à son signataire ;

- la commission de discipline s'est réunie en l'absence d'un second assesseur, entachant ainsi la procédure disciplinaire d'irrégularité, et, au vu des pièces produites en défense, il y a lieu de croire que l'auteur du compte rendu d'incident a siégé en commission de discipline ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- il n'a pas commis de faute disciplinaire ;

- la sanction prise à son encontre est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 avril 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 2009-1436 du 24 novembre 2009 pénitentiaire ;

- le décret n° 59-178 du 22 janvier 1959 ;

- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;

- le décret n° 2022-847 du 2 juin 2022 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Secchi,

- les conclusions de M. Boidé, rapporteur public.

Une note en délibéré a été produite par le ministre de la justice le 9 juin 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B a déclaré reprendre la présente instance engagée par son père A B tendant à l'annulation de la décision du 4 mars 2021 du directeur interrégional des services pénitentiaires de Marseille confirmant la décision du 4 février 2021 par laquelle la commission de discipline de la maison centrale d'Arles a prononcé une sanction de trois jours de cellule disciplinaire.

Sur la recevabilité du mémoire en défense :

2. Aux termes de l'article 2-1 du décret du 22 janvier 1959 relatif aux attributions des ministres : " Le ministre qui estime se trouver en situation de conflit d'intérêts en informe par écrit le Premier ministre en précisant la teneur des questions pour lesquelles il estime ne pas devoir exercer ses attributions. Un décret détermine, en conséquence, les attributions que le Premier ministre exerce à la place du ministre intéressé. / Ce dernier s'abstient de donner des instructions aux administrations placées sous son autorité ou dont il dispose, lesquelles reçoivent leurs instructions directement du Premier ministre ". Aux termes de l'article 1er du décret du 2 juin 2022 pris en application de l'article 2-1 du décret du 22 janvier 1959 : " Le garde des sceaux, ministre de la justice ne connaît pas des actes de toute nature relevant des attributions fixées par le décret n° 2022-829 du 1er juin 2022 susvisé relatifs : () / -aux conditions d'exécution des peines et au régime pénitentiaire de personnes condamnées qui ont été, directement ou indirectement, impliquées dans les affaires dont il a eu à connaître en sa qualité d'avocat ou dont le cabinet Vey a à connaître ; () / Conformément à l'article 2-1 du décret du 22 janvier 1959 susvisé, les attributions correspondantes sont exercées par le Premier ministre ".

3. Aux termes de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement : " A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions () peuvent signer, au nom du ministre () et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité : () / 2° Les chefs de service () / Cette délégation s'exerce sous l'autorité du ou des ministres et secrétaires d'Etat dont relèvent les agents, ainsi que, le cas échéant, de leur supérieur hiérarchique immédiat ".

4. Il résulte de la lecture combinée des dispositions citées aux points 2 et 3 que, lorsque le Premier ministre exerce les attributions d'un ministre empêché par une situation de conflit d'intérêts, les agents mentionnés à l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 peuvent signer en son nom et sous son autorité, dans le cadre de la délégation de plein droit prévue par cet article, les actes relatifs aux affaires des services dont ils ont la charge. En l'espèce, le mémoire signé pour la Première ministre par le sous-directeur des affaires juridiques générales et du contentieux est recevable. Il n'y a, dès lors, pas lieu de l'écarter des débats.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la légalité externe :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 2° Infligent une sanction ; () ". L'article L. 211-5 du même code précise : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

6. Une décision de placement en cellule disciplinaire, qui constitue une sanction, entre dans le champ d'application des articles précités et doit par suite être motivée. En l'espèce, la décision en litige vise l'article R. 57-7-2 1° du code de procédure pénale. Elle mentionne également les considérations de fait qui la motivent, le refus de réintégrer sa cellule en raison de la rotation de sécurité décidée à son encontre, en indiquant que ces faits, de nature à refuser de se soumettre à une mesure de sécurité définie par une disposition législative ou réglementaire, par le règlement intérieur de l'établissement pénitentiaire ou par toute autre instruction de service ou refuser d'obtempérer immédiatement aux injonctions du personnel de l'établissement, constituent une faute du deuxième degré. Par suite, la décision attaquée comprend les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Dès lors le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté comme manquant en fait.

7. En second lieu, aux termes de l'article R. 57-7-6 du code de procédure pénale alors en vigueur : " La commission de discipline comprend, outre le chef d'établissement ou son délégataire, président, deux membres assesseurs ". Aux termes de l'article R. 57-7-7 du même code : " Les sanctions disciplinaires sont prononcées, en commission, par le président de la commission de discipline. Les membres assesseurs ont voix consultative ". Aux termes de l'article R. 57-7-8 du code précité : " Le président de la commission de discipline désigne les membres assesseurs. Le premier assesseur est choisi parmi les membres du premier ou du deuxième grade du corps d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'établissement. Le second assesseur est choisi parmi des personnes extérieures à l'administration pénitentiaire qui manifestent un intérêt pour les questions relatives au fonctionnement des établissements pénitentiaires, habilitées à cette fin par le président du tribunal de grande instance territorialement compétent. () ". Aux termes de l'article R. 57-7-12 de ce même code : " Il est dressé par le chef d'établissement un tableau de roulement désignant pour une période déterminée les assesseurs extérieurs appelés à siéger à la commission de discipline ". Aux termes de l'article R. 57-7-13 du même code : " En cas de manquement à la discipline de nature à justifier une sanction disciplinaire, un compte rendu est établi dans les plus brefs délais par l'agent présent lors de l'incident ou informé de ce dernier. L'auteur de ce compte rendu ne peut siéger en commission de discipline ". Aux termes de l'article R. 57-7-19 du code de procédure pénale : " La durée du confinement en cellule individuelle ordinaire ou du placement en cellule disciplinaire, prononcés à titre préventif, est limitée au strict nécessaire et ne peut excéder deux jours ouvrables. Le délai de computation du placement préventif commence à courir le lendemain du jour du placement en prévention. Il expire le deuxième jour suivant le placement en prévention, à vingt-quatre heures. Le délai qui expirerait un samedi, un dimanche ou un jour férié ou chômé est prorogé jusqu'au premier jour ouvrable suivant ".

8. Il résulte des dispositions précitées que la présence dans la commission de discipline d'un assesseur choisi parmi des personnes extérieures à l'administration pénitentiaire, alors même qu'il ne dispose que d'une voix consultative, constitue une garantie reconnue à la personne détenue, dont la privation est de nature à vicier la procédure, alors même que la décision du directeur interrégional des services pénitentiaires, prise sur le recours administratif préalable obligatoire exercé par le détenu, se substitue à celle du président de la commission de discipline.

9. Il appartient à l'administration pénitentiaire de mettre en œuvre tous les moyens à sa disposition pour s'assurer de la présence effective du second assesseur choisi parmi des personnes extérieures à l'administration pénitentiaire, en vérifiant notamment en temps utile la disponibilité effective des personnes figurant sur le tableau de roulement prévu à l'article R. 57-7-12. Si, malgré ses diligences, aucun assesseur extérieur n'est en mesure de siéger, la tenue de la commission de discipline doit être reportée à une date ultérieure, à moins qu'un tel report compromette manifestement le bon exercice du pouvoir disciplinaire.

10. Le requérant soutient que la commission de discipline était irrégulièrement composée dès lors qu'elle s'est tenue sans la présence de l'assesseur extérieur en méconnaissance des dispositions précitées. Il est constant que la commission de discipline réunie le 4 février 2021 a statué en l'absence de l'assesseur extérieur dont la présence est requise par les dispositions précédemment citées du code de procédure pénale. L'administration de l'établissement, qui indique qu'un seul assesseur était alors habilité par le tribunal de grande instance de Tarascon, démontre les diligences accomplies par elle, notamment en produisant la correspondance du 1er février 2021 par laquelle cet assesseur a été convoqué pour participer à la commission de discipline du 4 février 2021, ainsi que la réponse négative de l'intéressé daté du 3 février 2021. L'administration établit également l'impossibilité du report de la commission de discipline dès lors qu'un tel report pourrait manifestement compromettre le bon exercice du pouvoir disciplinaire et méconnaître la durée maximale de placement en cellule disciplinaire à titre préventif prévue par l'article R. 57-7-19 précité. En outre, et dès lors que le détenu, présent lors de la commission de discipline et dûment représenté par son conseil, a été en mesure de constater que l'auteur du compte rendu d'incident, nécessairement présent dans les faits en cause, n'était pas l'assesseur présent lors de la séance de la commission de discipline qui s'est réunie le 4 février 2021, il ne peut également être soutenu en réplique que la procédure disciplinaire serait irrégulière au motif que les noms auraient été occultés dans les documents de la procédure.

En ce qui concerne la légalité interne :

11. Aux termes de l'article R. 57-7-2 1° du code de procédure pénale, dans sa version en vigueur : " Constitue une faute disciplinaire du deuxième degré le fait, pour une personne détenue : / 1° De refuser de se soumettre à une mesure de sécurité définie par une disposition législative ou réglementaire, par le règlement intérieur de l'établissement pénitentiaire ou par toute autre instruction de service ou refuser d'obtempérer immédiatement aux injonctions du personnel de l'établissement ; ". En application de l'article R. 57-7-33 de ce code, dans sa version applicable au litige : " Lorsque la personne détenue est majeure, peuvent être prononcées les sanctions disciplinaires suivantes : () 5° La privation d'une activité culturelle, sportive ou de loisirs pour une période maximum d'un mois ; / () 8° La mise en cellule disciplinaire ". L'article R. 57-7-47 du même code, dans sa version en vigueur, dispose : " Pour les personnes majeures, la durée de la mise en cellule disciplinaire ne peut excéder () quatorze jours pour une faute disciplinaire du deuxième degré ". Enfin, aux termes de l'article R. 57-7-74 de ce code : " Lorsque la personne détenue a déjà été placée à l'isolement et si cette mesure a fait l'objet d'une interruption inférieure à un an, la durée de l'isolement antérieur s'impute sur la durée de la nouvelle mesure ".

12. Il appartient au juge, saisi de moyens en ce sens, de rechercher si les faits reprochés à un détenu ayant fait l'objet d'une sanction disciplinaire constituent des fautes de nature à justifier une sanction et si la sanction retenue est proportionnée à la gravité de ces fautes.

13. En premier lieu, le compte rendu d'incident établit le 3 février 2021 relate que le détenu a, le 2 février 2021, refusé de réintégrer sa cellule à l'issue du repas du soir après avoir fait l'objet d'une fouille et d'un changement de cellule, dans le cadre d'une rotation de sécurité, engendrant sa mise en prévention en cellule disciplinaire. Ces faits, qui ne sont pas contestés, sont de nature à constituer une faute disciplinaire, conformément aux dispositions précitées du code de procédure pénale alors applicable, sans qu'il puisse être utilement invoquée une prétendue dégradation de ses conditions de détention. Par suite, ce moyen doit être écarté.

14. En second lieu, les faits évoqués au point précédent sont constitutifs d'une faute disciplinaire du deuxième degré, en application des dispositions précitées de l'article R. 57-7-2 du code de procédure pénale. Dans ces conditions, le directeur interrégional des services pénitentiaires de Marseille était fondé à prendre à son encontre, sans que cette sanction soit disproportionnée, un placement en cellule disciplinaire de trois jours, conformément aux dispositions précitées de l'article R. 57-7-47 du code de procédure pénale.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, ayant droit A B, et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 2 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Markarian, présidente,

M. Secchi, premier conseiller,

Mme Charpy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2023.

Le rapporteur,

Signé

L. Secchi

La présidente,

Signé

G. MarkarianLe greffier,

Signé

D. Dan

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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