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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2104078

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2104078

vendredi 7 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2104078
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantVIGO AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 mai 2021 et 5 mai 2023, M. C B, qui reprend l'instance de son père, M. A B, représenté par l'AARPI Vigo, agissant par Me Mercinier-Pantalacci, et par Me Cormier, demande au Tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 mars 2021 par laquelle le directeur interrégional des services pénitentiaires de Marseille confirmant la sanction disciplinaire infligée le 28 janvier 2021 par la commission de discipline de la maison centrale d'Arles ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le mémoire en défense doit être écarté dans la mesure où, alors que le contentieux ressort de la compétence de la Première ministre, ce mémoire comporte l'adresse et l'entête du ministère de la justice et qu'il n'est pas justifié d'une délégation accordée à son signataire.

- la commission de discipline s'est réunie en l'absence d'un second assesseur, entachant ainsi la procédure disciplinaire d'irrégularité ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- il n'a pas commis de faute disciplinaire ;

- la décision a été prise en méconnaissance du principe de légalité des délits ;

- la sanction prise à son encontre est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 avril 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de procédure pénale ;

- la loi n° 2009-1436 du 24 novembre 2009 pénitentiaire ;

- le décret n° 59-178 du 22 janvier 1959 ;

- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;

- le décret n° 2022-847 du 2 juin 2022 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Secchi,

- les conclusions de M. Boidé, rapporteur public,

Considérant ce qui suit :

1. M. C B a déclaré reprendre la présente instance engagée par son père A B tendant à l'annulation de la décision du 12 mars 2021 du directeur interrégional des services pénitentiaires de Marseille confirmant la décision du 28 janvier 2021 par laquelle la commission de discipline de la maison centrale d'Arles a prononcé une sanction de vingt jours de privation d'activités sportives.

Sur la recevabilité du mémoire en défense :

2. Aux termes de l'article 2-1 du décret du 22 janvier 1959 relatif aux attributions des ministres : " Le ministre qui estime se trouver en situation de conflit d'intérêts en informe par écrit le Premier ministre en précisant la teneur des questions pour lesquelles il estime ne pas devoir exercer ses attributions. Un décret détermine, en conséquence, les attributions que le Premier ministre exerce à la place du ministre intéressé. / Ce dernier s'abstient de donner des instructions aux administrations placées sous son autorité ou dont il dispose, lesquelles reçoivent leurs instructions directement du Premier ministre ". Aux termes de l'article 1er du décret du 2 juin 2022 pris en application de l'article 2-1 du décret du 22 janvier 1959 : " Le garde des sceaux, ministre de la justice ne connaît pas des actes de toute nature relevant des attributions fixées par le décret n° 2022-829 du 1er juin 2022 susvisé relatifs : () / -aux conditions d'exécution des peines et au régime pénitentiaire de personnes condamnées qui ont été, directement ou indirectement, impliquées dans les affaires dont il a eu à connaître en sa qualité d'avocat ou dont le cabinet Vey a à connaître ; () / Conformément à l'article 2-1 du décret du 22 janvier 1959 susvisé, les attributions correspondantes sont exercées par le Premier ministre ".

3. Aux termes de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement : " A compter du jour suivant la publication au Journal officiel de la République française de l'acte les nommant dans leurs fonctions () peuvent signer, au nom du ministre () et par délégation, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité : () / 2° Les chefs de service () / Cette délégation s'exerce sous l'autorité du ou des ministres et secrétaires d'Etat dont relèvent les agents, ainsi que, le cas échéant, de leur supérieur hiérarchique immédiat ".

4. Il résulte de la lecture combinée des dispositions citées aux points 2 et 3 que, lorsque le Premier ministre exerce les attributions d'un ministre empêché par une situation de conflit d'intérêts, les agents mentionnés à l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 peuvent signer en son nom et sous son autorité, dans le cadre de la délégation de plein droit prévue par cet article, les actes relatifs aux affaires des services dont ils ont la charge. En l'espèce, le mémoire signé pour la Première ministre par le sous-directeur des affaires juridiques générales et du contentieux est recevable. Il n'y a, dès lors, pas lieu de l'écarter des débats.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

5. Aux termes de l'article R. 57-7-6 code de procédure pénale, alors en vigueur à la date de la décision : " La commission de discipline comprend, outre le chef d'établissement ou son délégataire, président, deux membres assesseurs ". L'article R. 57-7-7 du même code dispose ensuite que : " Les sanctions disciplinaires sont prononcées, en commission, par le président de la commission de discipline. Les membres assesseurs ont voix consultative ". Aux termes ensuite de l'article R. 57-7-8 du même code : " Le président de la commission de discipline désigne les membres assesseurs./ Le premier assesseur est choisi parmi les membres du premier ou du deuxième grade du corps d'encadrement et d'application du personnel de surveillance de l'établissement./ Le second assesseur est choisi parmi des personnes extérieures à l'administration pénitentiaire qui manifestent un intérêt pour les questions relatives au fonctionnement des établissements pénitentiaires, habilitées à cette fin par le président du tribunal de grande instance territorialement compétent. La liste de ces personnes est tenue au greffe du tribunal de grande instance ". Enfin, aux termes de l'article R. 57-7-12 du même code : " Il est dressé par le chef d'établissement un tableau de roulement désignant pour une période déterminée les assesseurs extérieurs appelés à siéger à la commission de discipline ".

6. D'une part, il résulte des dispositions précitées que la présence dans la commission de discipline d'un assesseur choisi parmi des personnes extérieures à l'administration pénitentiaire, alors même que cet assesseur ne dispose que d'une voix consultative, constitue une garantie reconnue à la personne détenue, dont la privation est de nature à vicier la procédure, alors même que la décision du directeur interrégional des services pénitentiaires, prise sur le recours administratif préalable obligatoire exercé par le détenu, se substitue à celle du président de la commission de discipline. D'autre part, il appartient au chef d'établissement, en application de l'article R. 57-7-12 du code de procédure pénale alors applicable, de dresser un tableau de roulement désignant pour une période déterminée les assesseurs extérieurs appelés à siéger à la commission de discipline et de mettre en œuvre tous les moyens à sa disposition pour s'assurer de la présence effective du second assesseur choisi parmi des personnes extérieures à l'administration pénitentiaire, en vérifiant notamment en temps utile la disponibilité effective des personnes figurant sur le tableau de roulement prévu à l'article R. 57-7-12. Si, malgré ses diligences, aucun assesseur extérieur n'est en mesure de siéger, la tenue de la commission de discipline doit être reportée à une date ultérieure, à moins qu'un tel report compromette manifestement le bon exercice du pouvoir disciplinaire.

7. Il est constant que la commission de discipline réunie le 28 janvier 2021 a statué en l'absence de l'assesseur extérieur dont la présence est requise par les dispositions précédemment citées du code de procédure pénale. Si le garde des sceaux, ministre de la justice, expose en défense qu'un seul assesseur avait à l'époque été habilité pour la maison centrale d'Arles par la présidente du tribunal de grande instance de Tarascon, et que cet assesseur était une personne vulnérable qui ne pouvait de ce fait assister aux réunions de la commission de discipline, le Ministre ne rapporte pas la preuve de l'accomplissement des diligences nécessaires en vue de la convocation de cet assesseur et ne fait valoir aucune urgence à la tenue de la commission disciplinaire, privant le détenu d'une garantie. La procédure disciplinaire est par suite entachée d'irrégularité au regard de l'article R. 57-7-6 du code de procédure pénale alors en vigueur.

8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 12 mars 2021 confirmant la sanction prise le 28 janvier 2021 par la commission de discipline de la maison centrale d'Arles doit être annulée.

Sur les frais du litige :

9. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de la requête présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du directeur interrégional des services pénitentiaires de Marseille du 12 mars 2021 est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, ayant droit A B, et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 12 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Markarian, présidente,

M. Secchi, premier conseiller,

Mme Charpy, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2023.

L'assesseur le plus ancien,

Signé

L. SecchiLa présidente,

Signé

G. Markarian

La greffière,

Signé

D. Dan

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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