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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2104136

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2104136

lundi 26 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2104136
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantTEISSIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 mai 2021 et régularisée les 28 et 29 septembre 2021, et un mémoire enregistré le 1er juin 2022 qui n'a pas été communiqué, le syndicat autonome de la fonction publique territoriale, M. F B et M. D G doivent être regardés comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 janvier 2021 par lequel le maire de Miramas a inscrit Mme A C au tableau d'avancement des agents au grade d'agent de maîtrise principal ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Miramas la somme de 100 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- leur requête est recevable ;

- l'arrêté a été pris au terme d'une procédure irrégulière dès lors que M. G et M. B n'ont pas fait l'objet d'une évaluation professionnelle ;

- il méconnait l'article 2 du décret n° 2014-1526 du 16 décembre 2014 qui prévoit l'évaluation annuelle de tous les agents, dès lors qu'ils n'ont pas fait l'objet d'un entretien professionnel ;

- l'arrêté méconnait les lignes directrices de gestion adoptées par l'autorité territoriale ;

- l'arrêté méconnait le principe d'égalité de traitement entre les agents dès lors qu'ils remplissent les conditions pour bénéficier de l'avancement au grade d'agent de maitrise principal.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 janvier 2022, Mme A C doit être regardée comme concluant au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 mars 2022, la commune de Miramas, représentée par Me Teissier, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B et de M. G la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête n'est pas recevable, dès lors que le syndicat autonome de la fonction publique territoriale n'a pas qualité pour agir au nom de M. B et de M. G et que la requête a été présentée après l'expiration du délai de recours contentieux ;

- à titre subsidiaire, les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le décret n° 88-547 du 6 mai 1988 ;

- le décret n° 2014-1526 du 16 décembre 2014 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fabre, rapporteure,

- les conclusions de Mme Sarac-Deleigne, rapporteure publique,

- les observations de M. E représentant le syndicat autonome de la fonction publique territoriale ;

- et les observations de Me Teissier représentant la commune de Miramas.

Considérant ce qui suit :

1. M. B et M. G sont respectivement agents de maîtrise territoriaux depuis le 1er avril 2020 et le 1er juin 2015 au sein des services de la commune de Miramas. Estimant remplir les conditions pour être promus au grade d'agent de maîtrise territorial principal, ils demandent au tribunal, conjointement avec le syndicat autonome de la fonction publique territoriale, d'annuler l'arrêté du 27 janvier 2021 par lequel le maire de la commune de Miramas a inscrit Mme A C au tableau d'avancement des agents au grade d'agent de maitrise territorial principal au titre de l'année 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article 39 de la loi susvisée du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " En vue de favoriser la promotion interne, les statuts particuliers fixent une proportion de postes susceptibles d'être proposés au personnel appartenant déjà à l'administration ou à une organisation internationale intergouvernementale, non seulement par voie de concours, selon les modalités définies au 2° de l'article 36, mais aussi par la nomination de fonctionnaires ou de fonctionnaires internationaux, suivant l'une des modalités ci-après : / 1° Inscription sur une liste d'aptitude après examen professionnel ; / 2° Inscription sur une liste d'aptitude établie après avis de la commission administrative paritaire compétente, par appréciation de la valeur professionnelle et des acquis de l'expérience professionnelle des agents. / Chaque statut particulier peut prévoir l'application des deux modalités ci-dessus, sous réserve qu'elles bénéficient à des agents placés dans des situations différentes. / Sans préjudice des dispositions du 1° du II de l'article 12-1 et de la deuxième phrase du premier alinéa de l'article 28, les listes d'aptitude sont établies par l'autorité territoriale pour les collectivités non affiliées à un centre de gestion et par le président du centre de gestion pour les fonctionnaires des cadres d'emplois, emplois ou corps relevant de sa compétence, sur proposition de l'autorité territoriale. / Le nombre d'agents inscrits sur une liste d'aptitude ne peut être supérieur au nombre d'emplois pouvant être effectivement pourvus. Les listes d'aptitude ont une valeur nationale. ". Aux termes des dispositions de l'article 79 de la même loi dans sa version applicable au litige : " L'avancement de grade a lieu de façon continue d'un grade au grade immédiatement supérieur. Il peut être dérogé à cette règle dans les cas où l'avancement est subordonné à une sélection professionnelle. / Il a lieu suivant l'une ou plusieurs des modalités ci-après : / 1° Soit au choix par voie d'inscription à un tableau annuel d'avancement, établi après avis de la commission administrative paritaire, par appréciation de la valeur professionnelle et des acquis de l'expérience professionnelle des agents ( ". Aux termes des dispositions de l'article 80 de la loi précitée : " Le tableau annuel d'avancement mentionné au 1° et au 2° de l'article 79 est arrêté par l'autorité territoriale dans les conditions fixées par chaque statut particulier. /()". Aux termes des dispositions de l'article 3 du décret susvisé du 6 mai 1988 portant statut particulier du cadre d'emplois des agents de maîtrise territoriaux : " Les agents de maîtrise principaux sont chargés de missions et de travaux techniques nécessitant une expérience professionnelle confirmée et comportant notamment : / 1° La surveillance et l'exécution suivant les règles de l'art de travaux confiés à des entrepreneurs ou exécutés en régie ; / 2° L'encadrement de plusieurs agents de maîtrise ou de fonctionnaires appartenant aux cadres d'emplois techniques de catégorie C ou au cadre d'emplois des agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles ; ils participent, le cas échéant, à l'exécution du travail, y compris dans les domaines du dessin et du maquettisme ;/ 3° La direction des activités d'un atelier, d'un ou de plusieurs chantiers et la réalisation de l'exécution de travaux qui nécessitent une pratique et une dextérité toutes particulières.". Aux termes des dispositions de l'article 13 du même décret : " Peuvent être nommés agent de maîtrise principal au choix, par voie d'inscription sur un tableau annuel d'avancement, en application du 1° de l'article 79 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée, les agents de maîtrise qui justifient d'un an d'ancienneté dans le 4e échelon et de quatre ans de services effectifs en qualité d'agent de maîtrise ".

3. En second lieu, aux termes de l'article 33-5 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " Dans chaque collectivité et établissement public, des lignes directrices de gestion sont arrêtées par l'autorité territoriale, après avis du comité social territorial. Les lignes directrices de gestion déterminent la stratégie pluriannuelle de pilotage des ressources humaines dans chaque collectivité et établissement public, notamment en matière de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences. Les lignes directrices de gestion fixent, sans préjudice du pouvoir d'appréciation de l'autorité compétente en fonction des situations individuelles, des circonstances ou d'un motif d'intérêt général, les orientations générales en matière de promotion et de valorisation des parcours. L'autorité territoriale communique ces lignes directrices de gestion aux agents .() " et aux termes de l'article 8 du décret du 16 décembre 2014 relatif à l'appréciation de la valeur professionnelle des fonctionnaires territoriaux : " Pour l'établissement du tableau d'avancement prévu à l'article 80 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée et de la liste d'aptitude prévue à l'article 39 de cette même loi, il est procédé à une appréciation de la valeur professionnelle du fonctionnaire, compte tenu notamment : / 1° Des comptes rendus d'entretiens professionnels ; / 2° Des propositions motivées formulées par le chef de service ;/ 3° Et, pour la période antérieure à la mise en place de l'entretien professionnel, des notations. / Les fonctionnaires sont inscrits au tableau d'avancement par ordre de mérite ou sur la liste d'aptitude. Les candidats dont le mérite est jugé égal sont départagés par l'ancienneté dans le grade ".

4. Il résulte de ces dispositions que l'avancement de grade au choix ne constitue pas un droit pour un fonctionnaire et qu'il est fonction de la valeur professionnelle et des acquis de l'expérience professionnelle des agents, qui sont appréciés en prenant en compte principalement les comptes rendus d'entretiens professionnels et les propositions motivées formulées par leurs chefs de service. En outre, le juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un recours tendant à l'annulation d'un arrêté portant inscription au tableau d'avancement et nomination dans un grade supérieur, ne peut se borner, dans le cadre de son contrôle restreint, à apprécier la valeur professionnelle d'un candidat écarté, et doit analyser les mérites comparés de cet agent et de ceux des autres agents candidats à ce même grade.

5. D'une part, s'il ressort des pièces du dossier que M. B n'a pu faire l'objet d'une évaluation professionnelle au titre des années 2018 et 2019 en raison de ses absences pour congé de maladie, et que M. G n'a pas été évalué au titre de l'année 2020 en raison de ses absences, ces circonstances ne sont pas par elles-mêmes, en tout état de cause, de nature à entacher d'illégalité l'arrêté du 27 janvier 2021 dès lors que la réalisation des entretiens professionnels annuels n'est pas une condition procédurale préalable à l'élaboration du tableau d'avancement. Le moyen tiré du vice de procédure de l'arrêté en litige sur ce point ainsi que celui tiré de la méconnaissance de l'article 2 du décret du 16 décembre 2014 qui prévoit l'évaluation annuelle de tous les agents doivent, dès lors, être écartés comme inopérants.

6. D'autre part, il ressort également des pièces du dossier que Mme C, qui figure au tableau d'avancement au choix au grade d'agent de maîtrise principal, est employée par la commune de Miramas en qualité d'agent responsable des cuisines satellites depuis l'année 2015, exerçant ainsi des fonctions d'encadrement de dix-sept responsables de cuisine. Son implication marquée dans ses fonctions et ses qualités professionnelles soulignées par la collectivité ne sont pas contestées par les requérants. MM. B et G ne démontrent par ailleurs pas qu'ils présentaient un dossier d'une valeur professionnelle supérieure à celui de Mme C, alors notamment que l'absence de M. B à son poste précédent pour des raisons de santé ou pour des raisons non justifiées n'a pas permis à sa hiérarchie d'évaluer ses qualités professionnelles, et que M. G a fait l'objet d'un avis défavorable de la commission d'avancement au motif que son supérieur hiérarchique ne le voyait que rarement à son bureau et que son ancien chef de service n'avait aucun retour sur l'avancement de sa mission, l'intéressé ayant également fait l'objet d'un avertissement le 10 février 2020 pour avoir manqué à l'exécution des missions qui lui étaient confiées. Dans ces conditions, alors que les requérants n'établissent pas disposer des qualités professionnelles pour bénéficier de l'avancement au grade d'agent de maîtrise principal et ne contestent pas sérieusement les qualités professionnelles de Mme C, ils ne sont pas fondés à soutenir que la collectivité, en choisissant d'inscrire cette dernière au tableau d'avancement pour ce grade, aurait méconnu le principe d'égalité de traitement entre les agents.

7. Enfin, si M. B soutient que les lignes directrices de gestion adoptées par la commune au titre de l'année 2021 n'ont pas été respectées en tant qu'elles préconisent la promotion en priorité d'agents ayant " fait l'effort de préparer et/ou de réussir un concours ", alors qu'il est lui-même lauréat de l'examen professionnel de technicien territorial de 2ème classe, d'une part, ces lignes directrices s'appliquent sans préjudice de l'exercice du pouvoir d'appréciation au cas par cas de l'autorité territoriale et, d'autre part, M. B ne justifie pas se trouver dans la situation décrite d' avoir préparé ou réussi un concours. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des lignes directrices de gestion par la commune à cet égard doit être écarté.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées par la commune de Miramas, que les conclusions des requérants tendant à l'annulation de l'arrêté du 27 janvier 2021 par lequel le maire de Miramas a inscrit Mme A C au tableau d'avancement des agents au grade d'agent de maîtrise principal au titre de l'année 2021 doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune de Miramas, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. G et de M. B la somme demandée par la commune de Miramas sur le fondement des mêmes dispositions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête du syndicat autonome de la fonction publique territoriale, de M. F B et de M. D G est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Miramas en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au syndicat autonome de la fonction publique territoriale, à M. F B, à M. D G, à la commune de Miramas et à Mme A C.

Délibéré après l'audience du 1er février 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Hameline, présidente,

Mme Fabre, première conseillère,

Mme Hétier-Noël, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 février 2024.

La rapporteure,

signé

E. Fabre

La présidente,

signé

M.-L. Hameline

La greffière,

signé

B. Marquet

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2104136

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