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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2104264

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2104264

mercredi 8 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2104264
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation8ème chambre
Avocat requérantMOULIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 mai 2021, M. B A C, agissant en qualité de gérant de la société " L'Auberge de la Plaine ", représenté par Me Moulin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 mai 2021 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a prononcé la fermeture administrative pour une durée de 15 jours de l'établissement dénommé " L'Auberge de la Plaine " situé à Marseille ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 680 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la procédure contradictoire n'a pas été respectée car il n'a pas été mis en mesure de présenter des observations écrites ou orales ;

- l'arrêté n'est pas suffisamment motivé en fait et en droit ;

- il a, à tort, été destinataire d'une mise en demeure le 5 mai 2021 ;

- l'arrêté en litige ayant été pris le 6 mai 2021, il est impossible de considérer qu'il l'ait

été après une mise en demeure restée sans suite, datée de la veille ;

- la mise en demeure du 15 septembre 2020 ne peut être prise en compte car elle n'est pas restée sans suite, en ce que les manquements alors reprochés, de nature différente, ne se sont jamais reproduits ;

- le manquement constaté correspond en réalité à une activité autorisée ;

- la mesure de fermeture n'est pas proportionnée ;

- elle emporte des conséquences excessives car elle aggrave irrémédiablement la santé financière de l'établissement ;

- elle constitue une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté du commerce et de l'industrie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mai 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le décret n° 2020-860 du 10 juillet 2020 ;

- le décret n° 2020-1310 du 29 octobre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Forest a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, qui gère la société exploitant l'établissement de restauration " L'auberge de la Plaine ", situé 65 place Jean Jaurès à Marseille, demande l'annulation de l'arrêté du 6 mai 2021 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a prononcé la fermeture administrative de cet établissement pour une durée de quinze jours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes des articles 40 et 40 EUS du décret n° 2020-860 du 10 juillet 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de covid-19 dans les territoires sortis de l'état d'urgence sanitaire et dans ceux où il a été prorogé : " I. - Dans les territoires sortis de l'état d'urgence sanitaire, les établissements recevant du public relevant des types suivants définis par le règlement pris en application de l'article R. 123-12 du code de la construction et de l'habitation ne peuvent accueillir du public que dans le respect des conditions prévues au présent article :- établissements de type N : Restaurants et débits de boissons () II. - Pour l'application de l'article 1er, les gérants des établissements mentionnés au I organisent l'accueil du public dans les conditions suivantes :1° Les personnes accueillies ont une place assise ;2° Une même table ne peut regrouper que des personnes venant ensemble ou ayant réservé ensemble, dans la limite de dix personnes ;3° Une distance minimale d'un mètre est garantie entre les tables occupées par chaque personne ou groupe de personnes venant ensemble ou ayant réservé ensemble, sauf si une paroi fixe ou amovible assure une séparation physique. III. - Portent un masque de protection :1° Le personnel des établissements ;2° Les personnes accueillies de onze ans ou plus lors de leurs déplacements au sein de l'établissement " et " Dans les territoires où l'état d'urgence sanitaire est en vigueur, l'accueil du public dans les établissements mentionnés au I de l'article 40 est organisé dans les conditions des II et III de ce même article et il est limité :1° Aux terrasses extérieures et aux espaces de plein air ;2° Aux activités de livraison et de vente à emporter ;3° Au room service des restaurants d'hôtels ; 4° A la restauration collective sous contrat ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 40 du décret du 29 octobre 2020 prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de covid-19 dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire dans sa version applicable au litige : " I. - Les établissements relevant des catégories mentionnées par le règlement pris en application de l'article R. 123-12 du code de la construction et de l'habitation figurant ci-après ne peuvent accueillir du public :1° Etablissements de type N : Restaurants et débits de boisson (). Par dérogation, les établissements mentionnés au présent I peuvent continuer à accueillir du public sans limitation horaire pour :- leurs activités de livraison (). Ces établissements peuvent en outre accueillir du public pour les besoins de la vente à emporter entre 6 heures et 19 heures () ".

4. Par ailleurs, aux termes du troisième alinéa de l'article 29 du même décret : " Le préfet de département peut, par arrêté pris après mise en demeure restée sans suite, ordonner la fermeture des établissements recevant du public qui ne mettent pas en œuvre les obligations qui leur sont applicables en application du présent décret ".

5. Pour ordonner la fermeture administrative de l'établissement " L'Auberge de la Plaine " pour une durée de quinze jours, le préfet des Bouches-du-Rhône s'est fondé sur la circonstance que les services de police avaient constaté, le 5 mai 2021, que la vente à emporter était pratiquée à 21 heures 10 malgré le couvre-feu alors fixé à 19 heures. Or, si le préfet des Bouches-du-Rhône fait valoir en défense que cette fermeture administrative a été précédée d'une mise en demeure adressée le 15 septembre 2020 au responsable de l'établissement, il est constant que cette mise en demeure, qui portait sur le non-respect par deux employés de l'obligation du port du masque, se fondait sur les obligations prévues par les dispositions du décret du 10 juillet 2020, parmi lesquelles ne figure pas l'interdiction pour les restaurants de pratiquer la vente à emporter au-delà d'un certain horaire. Ainsi, dès lors que le motif de la fermeture administrative en litige diffère de l'objet de la mise en demeure préalablement adressée au responsable de l'établissement et visant à la correction de manquements précisément identifiés, qui n'ont au demeurant pas été réitérés, l'arrêté contesté du 6 mai 2021 ne peut être regardé comme ayant été précédé d'une mise en demeure régulière restée sans suite. Dès lors, le requérant est fondé à soutenir que le préfet des Bouches-du-Rhône a méconnu les dispositions de l'article 29 du décret du 29 octobre 2020 en ordonnant par l'arrêté litigieux la fermeture de l'établissement qu'il gère sous l'enseigne " L'Auberge de la Plaine " pour une durée de quinze jours.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que le requérant est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 6 mai 2021.

Sur les frais liés à l'instance :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros à M. A C en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 6 mai 2021 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a ordonné la fermeture de l'établissement exploité sous l'enseigne " L'Auberge de la Plaine " pour une durée de quinze jours est annulé.

Article 2 : L'État versera une somme de 1 500 euros à M. A C en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A C et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 17 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Jorda-Lecroq, présidente,

Mme Gaspard-Truc, première conseillère,

Mme Forest, première conseillère,

Assistées par Mme Faure, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2023.

La rapporteure,

Signé

H. Forest

La présidente,

Signé

K. Jorda-Lecroq

La greffière,

Signé

N. Faure

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

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