vendredi 28 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2104493 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL ENARD-BAZIRE COLLIOU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 mai 2021, M. B A, représenté par la SELARL EBC Avocats, agissant par Me Enard-Bazire, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 8 avril 2021 par laquelle le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud a fixé au 6 mars 2014 la date de consolidation de son état de santé à la suite de son accident de service intervenu le 6 novembre 2013 et a rejeté sa demande d'indemnisation des préjudices subis suite à cet accident ;
2°) de condamner l'État à verser la somme de 6 220 euros assortie des intérêts à taux légal à compter de l'enregistrement de la requête ;
3°) subsidiairement d'ordonner avant-dire droit la désignation d'un expert ayant pour mission de déterminer la date de consolidation de son état de santé pour l'accident de service du 6 novembre 2013 ainsi que les préjudices qu'il a subis ;
4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 800 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision rejetant sa demande d'indemnisation est entachée d'incompétence dès lors que seul l'ordonnateur pouvait opposer la prescription quadriennale ;
- la décision fixant la date de consolidation de son état de santé au 6 mars 2014 est entachée d'incompétence négative dès lors que l'administration s'est sentie liée par la date de consolation déterminée par l'expert agréé alors qu'il y a eu des rechutes successives ;
- elle est également entachée d'une erreur d'appréciation ;
- c'est à tort que l'administration lui a opposé la prescription quadriennale dès lors que le point de départ du délai de prescription est la décision du 8 avril 2021 qui lui a permis d'avoir connaissance de la date de consolidation retenue ;
- il est fondé à obtenir les sommes de 2 500 euros en réparation de son préjudice découlant des souffrances qu'il a endurées, 3 220 euros en réparation de son déficit fonctionnel permanent, 500 euros en réparation de son déficit fonctionnel temporaire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mars 2024, le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la date de consolidation de l'état de santé du requérant suite à son accident de travail du 6 novembre 2013 ayant été fixée au 6 mars 2014, le point de départ de la prescription de sa créance est le 1er janvier 2015 et sa demande indemnitaire préalable du 15 octobre 2019 a été formée postérieurement à l'expiration du délai de prescription de 4 années ;
- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;
- le code civil ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Charpy,
- les conclusions de M. Secchi, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, brigadier affecté à la compagnie républicaine de sécurité 55 de Marseille, a été victime d'un accident de service le 6 novembre 2013 et placé en congé maladie ordinaire jusqu'au 13 décembre 2013. L'imputabilité au service de cet accident a été retenue par arrêté du 20 juin 2014, ainsi que la troisième rechute dont l'intéressé a été victime le 1er août 2016, par décision notifiée le 4 octobre 2016. M. A, dont la date de consolidation a été estimée au 6 mars 2014 par un rapport d'expertise, a formé le 15 octobre 2019 une demande d'indemnisation qui a été rejetée par une décision du préfet de la zone de défense et de sécurité Sud en date du 8 avril 2021. Par la présente requête, M. A demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 6 220 euros en réparation du préjudice subi du fait de son accident de service.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne la fixation de la date de consolidation :
2. Pour fixer la date de consolidation de l'état de santé de M. A au 6 mars 2014, le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud s'est fondé sur les conclusions médico-légales émises par le médecin expert ayant examiné l'intéressé et formulées dans son rapport d'expertise en date du 30 décembre 2020, ainsi que sur la documentation présentée et la prise en charge médicalisée de l'intéressé.
3. D'une part, contrairement à ce que soutient le requérant, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud se serait senti lié par le rapport d'expertise précité et qu'il aurait ainsi méconnu sa compétence.
4. D'autre part, M. A, qui se borne à faire valoir sans être contesté qu'il a été victime de plusieurs rechutes, n'apporte aucun élément au soutien de sa contestation de la date de consolidation fixée par l'administration se référant aux conclusions expertales du 30 décembre 2020. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en retenant au 6 mars 2014, dans la décision du 8 avril 2021 attaquée, une date de consolidation de son état de santé suite à son accident de service survenu le 6 novembre 2013, le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud aurait commis une erreur d'appréciation.
En ce qui concerne le rejet de la demande indemnitaire préalable :
5. La décision du 8 avril 2021 par laquelle le préfet de la zone de défense et de sécurité Sud en date 8 avril 2021 a rejeté la demande indemnitaire préalable formulée le 20 octobre 2019 par M. A a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de cette demande. Le requérant qui, en formulant ses conclusions tendant à la condamnation de l'État à lui verser, en réparation des préjudices causés par son accident de service survenu le 6 novembre 2013, une somme d'argent, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressé à percevoir la somme qu'il réclame, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux, sont sans incidence sur la solution du litige. Dès lors, les moyens tirés, en excès de pouvoir, de l'illégalité externe et interne de cette décision ne peuvent qu'être écartés.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité :
6. En vertu des articles L. 27 et L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite, les fonctionnaires civils qui se trouvent dans l'incapacité permanente de continuer leurs fonctions en raison d'infirmités résultant de blessures ou de maladies contractées ou aggravées en service peuvent être radiés des cadres par anticipation et ont droit au versement d'une rente viagère d'invalidité cumulable avec la pension rémunérant les services. Ces dispositions déterminent forfaitairement la réparation à laquelle un fonctionnaire victime d'un accident de service ou atteint d'une maladie professionnelle peut prétendre, au titre des conséquences patrimoniales de l'atteinte qu'il a subie dans son intégrité physique, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Elles ne font cependant pas obstacle à ce que le fonctionnaire, qui a enduré du fait de l'accident ou de la maladie, des souffrances physiques ou morales et des préjudices esthétiques ou d'agrément, obtienne de la collectivité qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice distincts de l'atteinte à l'intégrité physique.
7. Il résulte de l'instruction que M. A a été victime, le 6 novembre 2013, d'un choc à la hanche droite ayant donné lieu à enthésopathie accompagnée de gêne fonctionnelle et douleurs ayant justifié un arrêt de travail jusqu'au 13 décembre 2013. Comme indiqué plus haut, l'administration a reconnu, par une décision du 20 juin 2014, l'imputabilité au service de cet accident. Dès lors, l'intéressé est fondé à mettre en cause la responsabilité sans faute de l'État en vue de l'indemnisation des suites de son accident de service du 6 novembre 2013.
En ce qui concerne l'exception de prescription quadriennale :
8. D'abord, aux termes de l'article 1er de la loi du 31 décembre 1968 : " Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis. / Sont prescrites, dans le même délai et sous la même réserve, les créances sur les établissements publics dotés d'un comptable public ".
9. Pour l'application de ces dispositions, s'agissant d'une créance indemnitaire détenue sur une collectivité publique au titre d'un dommage corporel engageant sa responsabilité, le point de départ du délai de la prescription quadriennale est le premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les infirmités liées à ce dommage ont été consolidées. Il en est ainsi pour tous les postes de préjudice, aussi bien temporaires que permanents, qu'ils soient demeurés à la charge de la victime ou aient été réparés par un tiers, tel qu'un organisme de sécurité sociale, qui se trouve subrogé dans les droits de la victime. La consolidation de l'état de santé de la victime d'un dommage corporel fait courir le délai de prescription pour l'ensemble des préjudices directement liés au fait générateur qui, à la date à laquelle la consolidation s'est trouvée acquise, présentaient un caractère certain permettant de les évaluer et de les réparer, y compris pour l'avenir. Si l'expiration du délai de prescription fait obstacle à l'indemnisation de ces préjudices, elle est sans incidence sur la possibilité d'obtenir réparation de préjudices nouveaux résultant d'une aggravation directement liée au fait générateur du dommage et postérieure à la date de consolidation. Le délai de prescription de l'action tendant à la réparation d'une telle aggravation court à compter de la date à laquelle elle s'est elle-même trouvée consolidée.
10. Ensuite, aux termes de l'article 3 de la même loi : " La prescription ne court ni contre le créancier qui ne peut agir, soit par lui-même ou par l'intermédiaire de son représentant légal, soit pour une cause de force majeure, ni contre celui qui peut être légitimement regardé comme ignorant l'existence de sa créance ou de la créance de celui qu'il représente légalement ". Il résulte de ces dispositions que le délai de la prescription quadriennale ne commence à courir qu'à compter de la connaissance par la victime de l'existence et de l'étendue du dommage ainsi que de son origine.
11. En l'espèce, le fait générateur de la créance dont se prévaut M. A est constitué par l'accident de service dont il a été victime le 6 novembre 2013. La date de consolidation de son état de santé a été fixée au 6 mars 2014 par la décision précitée du préfet de la zone de défense et de sécurité Sud en date du 8 avril 2021. Il ne résulte pas de l'instruction que l'intéressé aurait eu connaissance de cette date de consolidation avant cette décision. En effet, d'une part, la décision du 26 juin 2014, qui a reconnu l'imputabilité de l'accident dont M. A a été victime le 6 novembre 2013 au service, ne mentionne pas de date de consolidation. D'autre part, si le rapport d'expertise sur lequel se fonde l'administration pour retenir ladite date de consolidation est daté du 31 décembre 2020, soit postérieurement à la demande indemnitaire préalable formée par le requérant, l'administration n'établit ni même n'allègue que ce rapport d'expertise aurait été communiqué à l'intéressé avant la décision du 8 avril 2021 rejetant sa demande. Dès lors, M. A n'avait pas connaissance de l'étendue de son dommage avant l'année 2021. Dans ces conditions, le délai de prescription de quatre ans n'était pas expiré lorsque l'intéressé a adressé le 15 octobre 2019 une réclamation préalable au préfet de la zone de défense et de sécurité Sud.
12. Il résulte de ce qui précède que l'exception de prescription quadriennale opposée en défense par le préfet doit être écartée.
En ce qui concerne les préjudices indemnisables :
13. En premier lieu il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que les souffrances endurées par M. A ont été évaluées à 1.5 sur une échelle de 0 à 7. Par suite, il sera fait une juste évaluation de ce chef de préjudice en accordant au requérant la somme de 1 200 euros.
14. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que M. A a été victime d'une gêne temporaire partielle de classe 1 pendant une durée de 4 mois. Par suite, il sera fait une juste évaluation de ce chef de préjudice en accordant au requérant la somme de 160 euros.
15. En dernier lieu, il résulte du rapport d'expertise que le déficit fonctionnel permanent de M. A a été évalué à 2 %. Compte tenu de ce taux et de l'âge de l'intéressé à la date de consolidation, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en le fixant à la somme de 2 100 euros.
16. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de procéder à une expertise, que M. A est fondé à demander la condamnation de l'État à lui verser la somme totale de 3 460 euros en réparation des préjudices qu'il a subis suite à l'accident de service dont il a été victime le 6 novembre 2013.
17. En application de l'article 1231-6 du code civil, M. A a droit à ce que cette cette somme en principal de 3 460 euros soit augmentée des intérêts au taux légal à compter du 19 mai 2021, date d'enregistrement de sa requête.
Sur les frais liés au litige :
18. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'État est condamné à verser à M. A une indemnité totale de 3 460 euros.
Article 2 : Ce montant de 3 460 euros sera augmenté des intérêts au taux légal à compter du 19 mai 2021.
Article 3 : L'État versera à M. A une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée, pour information, au préfet de la zone de défense et de sécurité Sud.
Délibéré après l'audience du 17 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Brossier, président,
Mme Charpy, première conseillère,
Mme Pouliquen, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 juin 2024.
La rapporteure,
Signé
C. Charpy
Le président,
Signé
J.B. Brossier
La greffière,
Signé
D. Dan
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026