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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2104557

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2104557

mercredi 10 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2104557
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL ANDREANI-HUMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un déféré enregistré le 21 mai 2021, le préfet des Bouches-du-Rhône demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 17 novembre 2020 par lequel le maire de la commune de Beaurecueil a délivré un permis de construire à M. C D concernant la rénovation et l'extension d'une habitation existante sur un terrain cadastré section AI parcelle n° 66, situé

445, avenue Julien Gautier à Beaurecueil, en ce qu'il autorise la construction d'un nouveau bâtiment à usage d'habitation et la création d'une piscine en zone naturelle 2N.

Il soutient que :

- la construction nouvelle ne constitue pas une extension de l'habitation existante et méconnaît l'article N1 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) pour la zone naturelle 2N ;

- l'implantation de la piscine ne respecte pas l'article N2 du règlement du PLU.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juin 2021, M. C D, représenté par Me Andreani, conclut au rejet du déféré et demande que soit mise à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le déféré est tardif dès lors que le recours gracieux, présenté par une autorité incompétente, n'a pas suspendu le délai contentieux ;

- le déféré est irrecevable à défaut de qualité pour agir ;

- les moyens soulevés par le préfet ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Arniaud,

- les conclusions de M. Peyrot, rapporteur public,

- et les observations de Me Tosi, représentant M. D.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 17 novembre 2020, le maire de la commune de Beaurecueil a accordé à M. D un permis de construire portant sur la rénovation et l'extension d'une maison d'habitation ainsi que la construction d'une piscine sur son terrain cadastré section AI n° 66 situé 445 avenue Julien Gautier. Par le présent déféré, le préfet des Bouches-du-Rhône demande au tribunal d'annuler cet arrêté de permis de construire.

Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales : " Le représentant de l'Etat dans le département défère au tribunal administratif les actes mentionnés à l'article L. 2131-2 qu'il estime contraires à la légalité dans les deux mois suivant leur transmission () ". Parmi les actes mentionnés par l'article L. 2131-2 de ce code figure, au 6° : " Le permis de construire et les autres autorisations d'utilisation du sol et le certificat d'urbanisme délivrés par le maire ". Le recours gracieux formé par le représentant de l'Etat jusqu'à l'expiration du délai dont il dispose pour déférer un acte au tribunal administratif est de nature à interrompre ce délai contentieux.

3. Si l'arrêté accordant le permis de construire du 17 novembre 2020 mentionne que le dossier a été transmis en préfecture le 19 novembre 2020, il ressort des pièces du dossier que le permis de construire a été entièrement reçu en sous-préfecture d'Aix-en-Provence le

23 décembre 2020. Par suite, le délai de recours contentieux ouvert au préfet pour déférer l'acte en litige a commencé à courir à cette date. Le recours gracieux introduit le 19 février 2021 a été signé par Mme A E, sous-préfète, secrétaire générale adjointe, qui avait reçu délégation du préfet par arrêté du 20 janvier 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs le même jour, pour signer tous actes administratifs relevant des attributions de l'Etat dans le département à l'exception de certaines matières dont ne fait pas partie les recours gracieux en urbanisme. Par suite, ce recours gracieux, introduit dans les deux mois suivant la réception de l'entier dossier en préfecture, a été de nature à suspendre le délai de recours contentieux mentionné ci-avant.

4. Par ailleurs, Mme Trignat, secrétaire générale de la préfecture des Bouches-du-Rhône, et signataire du déféré, a reçu délégation par un arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 20 janvier 2021, régulièrement publié au recueil de actes administratifs le même jour, pour signer tous actes administratifs relevant des attributions de l'Etat dans le département à l'exception de certaines matières dont ne font pas partie les déférés en urbanisme. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire du déféré doit être écarté.

5. Il résulte de ce qui précède que les fins de non-recevoir opposées en défense, tirées de la tardiveté du déféré et du défaut de qualité pour agir de son auteur, doivent être écartées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. En premier lieu, l'article N2 du plan local d'urbanisme de la commune prévoit que sont autorisés, dans le secteur 2N et dans le sous-secteur 2Np : " L'extension ou des extensions successives des constructions à usage d'habitation existantes à la date d'approbation du présent PLU, sans changement de destination et sans que la SHON final de l'ensemble du bâti (existant compris) ne dépasse 300 m2 ".

7. Lorsque le règlement d'un plan local d'urbanisme ne précise pas, comme il lui est loisible de le faire, si la notion d'extension d'une construction existante, lorsqu'il s'y réfère, comporte une limitation quant aux dimensions d'une telle extension, celle-ci doit, en principe, s'entendre d'un agrandissement de la construction existante présentant, outre un lien physique et fonctionnel avec elle, des dimensions inférieures à celle-ci.

8. Il ressort des pièces du dossier que la demande de permis de construire, qui concerne une parcelle classée en zone naturelle 2N, porte sur l'agrandissement à hauteur de 5 m2 d'une pièce de bureau, sur l'édification d'un nouveau logement de 84 m2, présenté sous la forme d'un pavillon annexe à la construction existante de 178,55 m2, ainsi que sur la construction d'une piscine. Le projet prévoit un passage couvert et un garage entre la construction initiale et la nouvelle habitation. Toutefois, il ressort des pièces du dossier et n'est pas contesté que la construction de 84 m2 porte création d'un logement supplémentaire et ne constitue dès lors pas une extension d'une construction existante. Par suite, le préfet est fondé à soutenir que le projet méconnaît, dans cette mesure, l'article N2 du PLU.

9. En deuxième lieu, selon l'article N2 du plan local d'urbanisme de la commune, est également admis en zone naturelle 2N : " la construction d'une piscine non couverte complémentaire et proche d'une habitation d'au moins 80 m² B ".

10. Il ressort des pièces du dossier que la piscine se situe à 40 mètres de la construction existante. Si M. D fait valoir qu'elle se situe à moins de 20 mètres de l'extension, il ressort de ce qui a été dit au point 8 du présent jugement que l'extension, qui tend à créer un nouveau logement, méconnaît le règlement du PLU de la commune. Par suite, la piscine, complément d'une construction illégale, ne saurait être regardée comme complémentaire et proche de la construction existante et le préfet est fondé à soutenir que le projet de construction de la piscine méconnaît également l'article N2 du PLU.

Sur les conséquences de l'illégalité du permis de construire :

11. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé ".

12. Il résulte de ces dispositions qu'un vice entachant le bien-fondé d'une autorisation d'urbanisme est susceptible d'être régularisé dans les conditions qu'elles prévoient, même si cette régularisation implique de revoir l'économie générale du projet en cause, dès lors que les règles d'urbanisme en vigueur à la date à laquelle le juge statue permettent une mesure de régularisation qui n'implique pas d'apporter à ce projet un bouleversement tel qu'il en changerait la nature même.

13. La méconnaissance des dispositions de l'article N2 du règlement concerne, d'une part, l'édification d'une habitation de 84 m2 qui ne constitue pas une extension d'une construction existante et, d'autre part, la construction d'une piscine complémentaire de cette nouvelle habitation. Il ne résulte pas de l'instruction que ces vices puissent être régularisés dès lors que ces constructions sont prohibées en zone 2N.

14. Toutefois, le permis de construire porte également sur l'agrandissement de 5 m2 d'une pièce de la construction existante, dont la légalité n'est pas contestée. Dans ces conditions, il n'y a lieu de prononcer l'annulation partielle de l'arrêté du 17 novembre 2020 qu'en tant qu'il méconnaît l'article N2 du règlement du plan local d'urbanisme dans les conditions précisées aux points 8 et 10 du présent jugement, ainsi que demandée par le préfet.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. D demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 17 novembre 2020 portant permis de construire est annulé en tant qu'il porte sur la construction d'un logement de 84 m2 et d'une piscine.

Article 2 : Les conclusions de M. D tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C D, à la commune de Beaurecueil et au préfet de Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 19 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Hogedez, présidente,

Mme Arniaud, première conseillère,

Mme Ridings, conseillère,

Assistées de M. Brémond, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 avril 2024.

La rapporteure,

signé

C. Arniaud

La présidente,

signé

I. Hogedez

Le greffier,

signé

A. Brémond

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier.

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