lundi 4 mars 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2104843 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | DE FORESTA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 1er juin 2021, 6 décembre 2023 ainsi qu'un mémoire enregistré le 22 décembre 2023, qui n'a pas été communiqué, Mme D C, M. B et Mme A, représentés par Me de Foresta, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la délibération du 14 décembre 2020 par laquelle le conseil municipal de la commune de Saint-Jurs a approuvé la révision de son plan local d'urbanisme (PLU) ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Jurs la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- leur requête est recevable ;
- l'information des conseillers municipaux n'a pas été assurée conformément aux dispositions de l'article L. 2121-13 du code général des collectivités territoriales ;
- la délibération en litige méconnaît les articles L. 103-2 du code de l'urbanisme et suivant en l'absence d'une concertation publique suffisante et complète ;
- elle méconnait les articles L. 151-19, L. 151-23 et L. 153-12 du code de l'urbanisme ;
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la délibération du 8 décembre 2016 approuvant les modalités de concertation du PLU ;
- la création d'une zone AUb et de l'orientation d'aménagement et de programmation (OAP) est entachée d'une incohérence avec les objectifs du projet d'aménagement et de développement durable (PADD) et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- la création d'une zone Up est entachée d'une incohérence avec les objectifs du PADD et d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'OAP et le PADD méconnaissent l'article L. 151-5 du code de l'urbanisme ;
- la révision du PLU est incompatible avec la charte du parc naturel régional du Verdon et l'article 1er de la loi montagne ;
- la commune n'a pas modifié son projet à la suite des avis défavorables du commissaire-enquêteur et des personnes publiques associées ainsi que de la vive opposition des habitants.
Par un mémoire en défense enregistré le 31 octobre 2023, la Commune de Saint-Jurs, représentée par Me Suares, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des requérants la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 26 décembre 2023, a été prononcée, en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative, la clôture immédiate de l'instruction.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Fayard, rapporteure,
- les conclusions de Mme Giocanti, rapporteure publique,
- et les observations de Me De Foresta, représentant des requérants, et de Me Gadd représentant la commune.
Considérant ce qui suit :
1. Par une délibération du 14 décembre 2020, le conseil municipal de la commune de Saint-Jurs a approuvé la révision de son plan local d'urbanisme. Par courrier du 13 février 2021, Mme C, M. et Mme A ont formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision qui a été implicitement rejeté. Les requérants demandent l'annulation de cette délibération.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'insuffisance de la concertation publique :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 103-2 du code de l'urbanisme : " Font l'objet d'une concertation associant, pendant toute la durée de l'élaboration du projet, les habitants, les associations locales et les autres personnes concernées : 1° Les procédures suivantes : / a) L'élaboration et la révision du schéma de cohérence territoriale et du plan local d'urbanisme ; / () ". Aux termes de l'article L. 103-3 du code précité : " Les objectifs poursuivis et les modalités de la concertation sont précisés par () / 3° L'organe délibérant de la collectivité ou de l'établissement public dans les autres cas. ". L'article L. 103-4 du même code prévoit que : " Les modalités de la concertation permettent, pendant une durée suffisante et selon des moyens adaptés au regard de l'importance et des caractéristiques du projet, au public d'accéder aux informations relatives au projet et aux avis requis par les dispositions législatives ou réglementaires applicables et de formuler des observations et propositions qui sont enregistrées et conservées par l'autorité compétente. ".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 600-11 du code de l'urbanisme : " Les documents d'urbanisme et les opérations mentionnées aux articles L. 103-2 et L. 300-2 ne sont pas illégaux du seul fait des vices susceptibles d'entacher la concertation, dès lors que les modalités définies aux articles L. 103-1 à L. 103-6 et par la décision ou la délibération prévue à l'article L. 103-3 ont été respectées. Les autorisations d'occuper ou d'utiliser le sol ne sont pas illégales du seul fait des vices susceptibles d'entacher cette délibération ou les modalités de son exécution. ". Le vice affectant la procédure de concertation n'est de nature à entacher d'irrégularité la procédure d'élaboration du projet de plan local d'urbanisme que s'il a été susceptible d'exercer une influence sur le sens de la délibération approuvant le projet ou s'il a privé le public d'une garantie.
4. Il ressort des pièces du dossier que le conseil municipal de Saint-Jurs a, par une délibération du 8 décembre 2016, fixé les modalités de concertation en prévoyant que le projet de révision du plan local d'urbanisme ferait l'objet " d'information suivie dans les comptes rendus des réunions du conseil municipal, de réunions d'information et de réunions publiques ". Or, il est constant qu'une seule réunion publique a été organisée le 26 mars 2019. La commune expose que cette insuffisance aurait été comblée par un registre mis à la disposition du public tout le long de la concertation. Toutefois, ce registre n'a, en toutes hypothèses, permis que le recueil de remarques et de doléances et non l'information de la population. Il ressort, en outre, du rapport du commissaire enquêteur que plusieurs habitants se sont plaints de ce manque d'information pendant la phase de concertation, notamment concernant la question de la réhabilitation de l'ancien château, qui n'a pas été évoquée lors de cette unique réunion publique, alors qu'il s'agit d'un élément majeur de la révision du plan local d'urbanisme auquel la population parait opposée, ainsi que cela résulte de la pétition signée par bon nombre d'habitants et remise au commissaire enquêteur. Compte tenu de ces éléments, ce vice affectant la procédure de concertation est de nature à entacher d'irrégularité la procédure d'élaboration du projet de plan local d'urbanisme dès lors qu'il a privé le public d'une garantie.
En ce qui concerne la création d'une zone Aub et de l'orientation d'aménagement et de programmation :
5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 151-8 du code de l'urbanisme : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3. ".
6. Pour apprécier la cohérence exigée au sein du plan local d'urbanisme entre le règlement et le projet d'aménagement et de développement durables (PADD), il appartient au juge administratif de rechercher, dans le cadre d'une analyse globale le conduisant à se placer à l'échelle du territoire couvert par le document d'urbanisme, si le règlement ne contrarie pas les orientations générales et objectifs que les auteurs du document ont définis dans le PADD, compte tenu de leur degré de précision. Par suite, l'inadéquation d'une disposition du règlement du plan local d'urbanisme à une orientation ou à un objectif du PADD ne suffit pas nécessairement, compte tenu de l'existence d'autres orientations ou objectifs au sein de ce projet, à caractériser une incohérence entre ce règlement et ce projet.
7. Il ressort du plan local d'urbanisme communal approuvé par la délibération du 14 décembre 2020 qu'il est créé une zone Aub correspondant à un secteur d'urbanisation future à vocation principale d'habitat dont les caractéristiques sont complétées par l'orientation d'aménagement et de programmation (OAP). Il ressort du règlement graphique du plan que la zone AUb, qui a vocation à couvrir 4 000 m², est situé au sud-ouest du centre du village dans une zone actuellement en friche et constituée d'une prairie dépourvue d'aménagement et d'urbanisation. Si l'un des objectifs du PADD est d'augmenter la démographie de Saint-Jurs, celle-ci se veut raisonnée, pour atteindre un objectif de 19 habitants supplémentaires en 2030 tout en conservant son identité villageoise. En outre, le PADD prévoit également de maitriser l'étalement urbain en permettant des divisions parcellaires, de densifier les dents creuses et d'identifier les logements vacants. Enfin, il prévoit de préserver et de valoriser les richesses naturelles et agricoles de la commune en stoppant, notamment, le mitage dans les espaces agricoles. Dans ces conditions, en prévoyant une vaste zone à urbaniser excentrée du village, sans que celle-ci ne soit en continuité de l'urbanisation déjà existante et alors que la croissance démographique de la commune se veut raisonnée, le règlement de la zone en litige est en incohérence avec les objectifs du PADD. Le moyen ne peut, par suite, qu'être accueilli.
8. En second lieu, il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par le plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. S'ils ne sont pas liés, pour déterminer l'affectation future des différents secteurs, par les modalités existantes d'utilisation des sols, dont ils peuvent prévoir la modification dans l'intérêt de l'urbanisme, leur appréciation peut cependant être censurée par le juge administratif au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.
9. Ainsi qu'il a été dit au point 7, la zone Aub, zone d'urbanisation future, s'étend sur 4 000 m², s'insère sur des parcelles vierges de toutes constructions, en friche et en prairie, et n'est pas desservie par les réseaux. En outre, cette zone se situe à environ 130 mètres du centre du village, si des maisons éparses sont situées à environ 130 mètres au sud de celle-ci, elle reste séparée de ces dernières par un espace largement arboré et s'ouvre au nord et à l'ouest sur un vaste espace agricole et naturel. Dans ces conditions, les requérants sont fondés à soutenir que la commune de Saint-Jurs a commis une erreur manifeste d'appréciation en créant les zones AUb.
10. Pour l'application de l'article L. 600-4 du code de l'urbanisme aucun autre moyen n'est susceptible de fonder l'annulation.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la délibération du 14 décembre 2020 par laquelle le conseil municipal de Saint-Jurs a approuvé le plan local d'urbanisme communal est annulée.
Sur les frais liés à l'instance :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des requérants, qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la commune sur ce fondement. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de la commune de Saint-Jurs une somme de 1 500 euros à verser aux requérants sur le fondement des mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La délibération du 14 décembre 2020 par laquelle le conseil municipal de Saint-Jurs a approuvé le plan local d'urbanisme communal est annulée.
Article 2 : La commune de Saint-Jurs versera la somme totale de 1 500 euros à Mme C et à M. et Mme A au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-Jurs au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, M. B et Mme A et à la Commune de Saint-Jurs.
Délibéré après l'audience du 12 février 2024, à laquelle siégeaient :
M. Salvage, président,
Mme Le Mestric, première conseillère,
Mme Fayard, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mars 2024
La rapporteure,
Signé
A. FAYARD
Le président,
Signé
F. SALVAGE La greffière
Signé
S. BOUCHUT
La République mande et ordonne au préfet des Alpes-de-Haute-Provence en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026