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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2104869

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2104869

mercredi 29 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2104869
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantRIQUIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 31 mai 2021 et 30 octobre 2022, l'association Comité de liaison du camping-car (CLC), représentée par Me Riquier, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née du silence gardé par le maire de la commune de Crots sur la demande du 20 novembre 2020 tendant à l'abrogation de l'arrêté n° 31/2016 du 6 juillet 2016 réglementant le stationnement des autocaravanes et véhicules aménagés pour le séjour sur son territoire ;

2°) d'enjoindre à la commune de Crots d'abroger cet arrêté à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Crots la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté n° 31/2016 du 6 juillet 2016 est insuffisamment motivé en fait ;

- il est fondé sur des faits matériellement inexacts dès lors que la commune de Crots n'établit pas que les camping-cars représentent une nuisance esthétique, que la fréquentation des camping-cars est en augmentation et que le stationnement des camping-cars porte atteinte à la protection des espaces naturels de la commune ;

- il est entaché d'une erreur de droit dès lors que l'identification des camping-cars au sein de la catégorie des véhicules M1 au sens de l'article 4. 311-1 du code de la route porte atteinte au principe d'égalité ;

- l'interdiction de stationnement des camping-cars instaurée par cet arrêté constitue une mesure de police disproportionnée au regard de la liberté de circulation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mars 2022, la commune de Crots, représentée par Me Rouanet, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge du Comité de liaison du camping-car la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par l'association requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de la route ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jorda-Lecroq, présidente-rapporteure,

- les conclusions de M. Garron, rapporteur public,

- et les observations de Me Riquier, représentant le Comité de liaison du camping-car.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 6 juillet 2016, le maire de la commune de Crots a interdit du 1er mai au 1er novembre de chaque année, l'occupation, par les autocaravanes et véhicules aménagés pour le séjour, des espaces réservés au stationnement des véhicules automobiles situés le long des voies publiques, des places publiques ainsi que sur les aires et parcs de stationnement du village et de la zone de Chanterenne. Le 20 novembre 2020, l'association Comité de liaison du camping-car a présenté au maire de la commune de Crots une demande tendant, d'une part, à l'abrogation de l'arrêté municipal n° 31/2016 du 6 juillet 2016 portant règlementation du stationnement des autocaravanes et véhicules aménagés pour le séjour, et, d'autre part, à la dépose des panneaux et panonceaux de signalisation et des portiques situés dans les zones des Eaux douces et de Chanterenne. Cette demande a été implicitement rejetée par le maire de la commune de Crots. L'association Comité de liaison du camping-car demande l'annulation de cette décision implicite en tant qu'elle refuse d'abroger l'arrêté n° 31/2016 et à ce qu'il soit enjoint à la commune de procéder à l'abrogation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. En premier lieu, si, dans le cadre d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre la décision refusant d'abroger l'acte réglementaire, la légalité des règles fixées par l'acte réglementaire, la compétence de son auteur et l'existence d'un détournement de pouvoir peuvent être utilement critiquées, il n'en va pas de même des conditions d'édiction de cet acte, les vices de forme et de procédure dont il serait entaché ne pouvant être utilement invoqués que dans le cadre du recours pour excès de pouvoir dirigé contre l'acte réglementaire lui-même et introduit avant l'expiration du délai de recours contentieux. Par suite, le requérant ne peut utilement soutenir que l'arrêté du 6 juillet 2016 n'est pas suffisamment motivé en fait. Au surplus, l'arrêté n° 31/2016 mentionne les considérations de fait qui le fondent.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 2212-2 du code général des collectivités territoriales : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : 1° Tout ce qui intéresse la sûreté et la commodité du passage dans les rues, quais, places et voies publiques, () ". Aux termes de l'article L. 2213-2 du même code : "Le maire peut, par arrêté motivé, eu égard aux nécessités de la circulation et de la protection de l'environnement : 1° Interdire à certaines heures l'accès de certaines voies de l'agglomération ou de certaines portions de voie ou réserver cet accès, à certaines heures ou de manière permanente, à diverses catégories d'usagers ou de véhicules ; 2° Réglementer l'arrêt et le stationnement des véhicules ou de certaines catégories d'entre eux, ainsi que la desserte des immeubles riverains ". Aux termes de l'article L. 2213-4 du même code : " Le maire peut, par arrêté motivé, interdire l'accès de certaines voies ou de certaines portions de voies ou de certains secteurs de la commune aux véhicules dont la circulation sur ces voies ou dans ces secteurs est de nature à compromettre soit la tranquillité publique, soit la qualité de l'air soit la protection des espèces animales ou végétales, soit la protection des espaces naturels, des paysages ou des sites ou leur mise en valeur à des fins esthétiques, économiques agricoles, forestières ou touristiques () ".

4. Le Comité de liaison du camping-car ne conteste pas que la commune de Crots, qui de par sa situation géographique connaît une grande activité touristique, est fréquentée par de nombreux camping-cars et véhicules aménagés en période estivale. En outre, il ne peut pas sérieusement soutenir que la fréquentation de la voie publique par ces véhicules n'accroîtrait pas, du fait de leur gabarit et de l'encombrement qui en résulte, les difficultés pour le trafic et ne porterait pas atteinte à la visibilité des espaces naturels environnants, alors que la commune en défense produit des photographies justifiant de l'étroitesse de certaines voies situées dans les zones visées par l'arrêté. Par ailleurs, l'utilisation de ces véhicules à usage d'hébergement temporaire entraîne nécessairement des atteintes à la tranquillité, à la sécurité et à la salubrité publique en raison, en particulier, des bruits et des risques d'incendie et de pollution, liés notamment à l'écoulement des eaux usées, engendrés par ce type d'habitat. Par suite, l'association requérante n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté attaqué serait fondé sur des faits inexacts.

5. En troisième lieu, le principe d'égalité ne s'oppose pas à ce que l'autorité investie du pouvoir réglementaire règle de façon différente des situations différentes, ni à ce qu'elle déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général pourvu que, dans l'un comme l'autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport direct avec l'objet de la norme qui l'établit et ne soit pas manifestement disproportionnée au regard des motifs susceptibles de la justifier.

6. En l'espèce, eu égard à leur volume et à l'usage auxquels ils sont destinés, l'association requérante n'est pas fondée à soutenir que les camping-cars et véhicules aménagés en tant que mode d'hébergement seraient, en matière de stationnement, dans la même situation que d'autres usagers de la voie publique, aux simples motifs qu'ils sont administrativement, regroupés dans la catégorie des véhicules M1 aux termes de l'article R. 311-1 du code de la route et qu'ils peuvent également être utilisés comme moyen de transport sans hébergement. Par suite, le Comité de liaison du camping-car n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué aurait méconnu le principe d'égalité.

7. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment du plan produit en défense, que, les zones interdites au stationnement des camping-cars et véhicules aménagés concernent une partie limitée du territoire communal, lequel s'étend sur 5 669 hectares répartis entre le chef-lieu et plusieurs hameaux, partie qui correspond principalement au bord du lac et au centre du village, dénommé " village " dans l'arrêté en cause. En outre, il existe une aire de stationnement et de repos, dite Camping-car Park, aménagée pour les véhicules de type camping-cars, dans un secteur peu éloigné du centre du village et du bord du lac. Dans ces conditions, eu égard à l'étroitesse de certaines voies du centre du village, à la fréquentation touristique importante, au caractère limité de la mesure aux six mois les plus cléments pour une commune touristique du sud de la France et à la situation environnementale particulièrement favorable de cette commune qui possède plusieurs sites protégés et classés, la limitation ainsi apportée au stationnement des camping-cars et véhicules aménagés ne revêt pas le caractère d'une interdiction d'une généralité excessive au regard de l'objectif recherché de préservation de la sécurité publique et des activités touristiques et de protection de l'environnement, au sens des articles L. 2212-2, L. 2213-2 et L. 2213-4 du code général des collectivités territoriales, en dépit de la circonstance que l'aire de stationnement prévue pour les camping-cars est payante et d'une capacité limitée.

8. Il résulte de tout ce qui précède que le comité de liaison du camping-car n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision implicite de rejet de sa demande tendant à l'abrogation de l'arrêté n° 31/2016 du 6 juillet 2016. Ses conclusions à fin d'annulation doivent, dès lors, être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés à l'instance :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Crots, qui n'a pas dans la présente instance la qualité de partie perdante, la somme que le Comité de liaison du camping-car demande au titre des frais qu'il a exposés. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du Comité de liaison du camping-car une somme de 1 500 euros à verser à la commune de Crots sur le fondement des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de l'association Comité de liaison du camping-car est rejetée.

Article 2 : Le Comité de liaison du camping-car versera à la commune de Crots la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'association Comité de liaison du camping-car et à la commune de Crots.

Délibéré après l'audience du 14 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Jorda-Lecroq, présidente,

Mme Balussou, première conseillère,

Mme Forest, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mai 2024.

L'assesseure la plus ancienne,

signé

E.-M. Balussou

La présidente-rapporteure,

signé

K. Jorda-Lecroq

La greffière,

signé

N. Faure

La République mande et ordonne au préfet des Hautes-Alpes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière

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