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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2104942

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2104942

mercredi 10 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2104942
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantSELARL JOB-RICOUART & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 3 juin 2021, 25 avril 2022 et 10 août 2023, M. A D, représenté par Me Bottai, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 6 mai 2021 par laquelle le département des Bouches-du-Rhône a refusé de l'indemniser des conséquences de l'accident dont il a été victime le 13 juillet 2018 ;

2°) de condamner le département des Bouches-du-Rhône à lui verser la somme de 78 017 euros au titre de l'indemnisation de ses préjudices ;

3°) de mettre à la charge du département des Bouches-du-Rhône la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens de l'instance.

Il soutient que :

- ses demandes indemnitaires ont été chiffrées dès sa demande du 30 avril 2021 ;

- il a été victime d'un accident de service lors de la réalisation de travaux pour le département ;

- le refus d'indemnisation qui lui a été opposé par son employeur est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- le département des Bouches-du-Rhône doit être condamné à lui verser la somme de 600 euros au titre des honoraires qu'il a lui-même versés au médecin qui l'a assisté lors des opérations d'expertise ;

- le préjudice qu'il a subi au titre de son déficit fonctionnel temporaire doit être évalué à 1 417 euros, les souffrances qu'il a endurées à 6 000 euros, son incapacité permanente partielle à 14 000 euros, son préjudice esthétique permanent à 3 000 euros, l'incidence professionnelle à 50 000 euros et son préjudice d'agrément à 3 000 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 6 août 2021 et 30 août 2023, ainsi qu'un troisième mémoire en défense enregistré le 8 mars 2024 et non communiqué en application du dernier alinéa de l'article R. 611-1 du code de justice administrative, le département des Bouches-du-Rhône, représenté par Me Job Ricouart, conclut, à titre principal, au rejet de la requête, à titre subsidiaire, à ce que le montant de l'indemnisation de M. D soit limité à 13 857, 30 euros, et à la mise à la charge du requérant de la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la demande d'indemnisation des préjudices que M. D aurait subis est irrecevable dès lors qu'elle n'est pas chiffrée ;

- les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 4 décembre 2023, la clôture d'instruction est intervenue à la même date en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu :

- l'ordonnance n° 2009993 du 19 mars 2021 par laquelle la juge des référés du tribunal administratif de Marseille a désigné le docteur B C, chirurgien orthopédique ;

- l'ordonnance n° 2009993 du 25 février 2022 par laquelle la présidente du tribunal administratif de Marseille a liquidé et taxé les honoraires de l'expert à hauteur de 1 000 euros toutes taxes comprises (TTC) et les a mis à la charge de M. D ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Balussou,

- les conclusions de M. Garron, rapporteur public,

- et les observations de Me Bianchi, représentant le département des Bouches-du-Rhône.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, agent d'exploitation au sein des effectifs du département des Bouches-du-Rhône, a été victime le 13 juillet 2018 d'un accident dû à la manipulation d'une tronçonneuse par un autre agent lors de travaux d'abattage d'arbres sur le rond-point situé au niveau de l'entrée de l'Hôtel du département. Son genou gauche ayant été blessé, il a été transporté à l'hôpital et placé en arrêt de travail. Cet accident a été reconnu imputable au service par une décision du 31 juillet 2018. Un chirurgien orthopédiste a été désigné par une ordonnance n° 2009993 du 19 mars 2021 de la juge des référés du tribunal administratif de Marseille afin de fixer définitivement la date de consolidation de l'état de santé de M. D et de procéder à l'expertise des dommages qu'il aurait subis. Par une lettre du 30 avril 2021, le requérant a sollicité l'indemnisation de ses préjudices. Cette demande a été rejetée par une décision du 6 mai 2021 du département au motif qu'il n'aurait pas été compétent pour statuer en matière d'indemnisation. M. D doit être regardé comme demandant au tribunal de condamner le département des Bouches-du-Rhône à lui verser la somme de 78 017 euros au titre de l'indemnisation de ses préjudices.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense et tirée de l'absence de chiffrage de la demande d'indemnisation :

2. Il résulte de l'instruction que la lettre du 30 avril 2021 par laquelle M. D a sollicité l'indemnisation des préjudices subis du fait de l'accident le 13 juillet 2018 a été reçue par le département des Bouches-du-Rhône le 4 mai 2021, qu'elle comportait une demande d'indemnisation à hauteur de 400 000 euros et que cette demande a été rejetée par son employeur par une décision du 6 mai 2021. Par ailleurs, après le dépôt du rapport de l'expertise ordonnée par le tribunal et réalisée le 12 octobre 2021, il a chiffré, dans ses écritures, sa demande de condamnation du département des Bouches-du-Rhône en fixant la somme réclamée à 78 017 euros. Dès lors, la fin de non-recevoir opposée en défense et tirée de l'absence de chiffrage de la demande d'indemnisation du requérant doit être écartée.

Sur les conclusions indemnitaires :

3. Compte tenu des conditions posées à leur octroi et de leur mode de calcul, la rente viagère d'invalidité et l'allocation temporaire d'invalidité doivent être regardées comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Les dispositions qui instituent ces prestations, déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Ces dispositions ne font en revanche obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la personne publique, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette personne ou à l'état d'un ouvrage public dont l'entretien lui incombait.

4. Toutefois, la circonstance que le fonctionnaire victime d'un accident de service ou d'une maladie professionnelle ne remplit pas les conditions subordonnant l'obtention de la rente viagère d'invalidité et l'allocation temporaire d'invalidité, fait obstacle à ce qu'il prétende, au titre de l'obligation de la collectivité qui l'emploie de le garantir contre les risques courus dans l'exercice de ses fonctions, à une indemnité réparant des pertes de revenus ou une incidence professionnelle.

5. Il ne résulte pas de l'instruction que M. D remplirait les conditions pour se voir attribuer l'allocation temporaire d'invalidité du fait de l'accident du 13 juillet 2018. Cette circonstance fait obstacle à ce qu'il prétende, au titre de l'obligation de la collectivité qui l'emploie de le garantir contre les risques courus dans l'exercice de ses fonctions, à une indemnité réparant l'incidence professionnelle subie du fait de cet accident. Par suite, il n'est pas fondé à solliciter la réparation d'un tel préjudice.

6. En revanche, il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport d'expertise, que, de par les conséquences de l'accident de service survenu le 13 juillet 2018, M. D a souffert d'un déficit fonctionnel temporaire du 13 juillet 2018 au 5 octobre 2019, à hauteur de 50 % le 13 juillet 2018, de 35 % du 14 juillet au 4 septembre 2018, de 20 % du 5 septembre au 4 octobre 2018 et de 10 % du 5 octobre 2018 au 5 octobre 2019, dont il sera fait une juste appréciation en condamnant le département des Bouches-du-Rhône à lui verser la somme totale de 1 100 euros. Par ailleurs, le requérant, âgé de 47 ans à la date de consolidation de son état de santé, le 6 octobre 2019, subit un déficit fonctionnel permanent devant être évalué à 7 %, qui sera justement indemnisé à hauteur de 9 000 euros. De plus, M. D a enduré des souffrances devant être évaluées à 2,5 sur une échelle de 1 à 7 ainsi qu'un préjudice esthétique permanent évalué à 1 sur une même échelle, dont il sera fait une juste appréciation en fixant la réparation respectivement à 3 000 et 2 000 euros. En outre, il résulte de l'instruction que le requérant pratiquait la boxe thaï et le fitness en club de sport avant son accident. L'arrêt de cette dernière activité étant établie par la production d'une attestation indiquant qu'il ne fréquente plus depuis la date de son accident le club de sport dans lequel il se rendait, le requérant, qui justifie ainsi la réalité du préjudice d'agrément qu'il invoque, sera justement indemnisé à ce titre par l'allocation d'une somme de 2 000 euros. Enfin, M. D a droit au remboursement des frais engagés pour être assisté lors des opérations d'expertise par un médecin. Il lui sera alloué une somme de 540 euros à ce titre correspondant à celui de la facture acquittée qu'il produit.

7. Il résulte de tout ce qui précède que le département des Bouches-du-Rhône doit être condamné à verser à M. D une somme globale de 16 640 euros en réparation des préjudices en lien avec son accident de service survenu le 13 juillet 2018.

Sur les frais liés au litige :

8. D'une part, en application des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, il y a lieu de mettre définitivement les frais de l'expertise, liquidés et taxés, par une ordonnance n° 2009993 du 25 février 2022 du tribunal administratif de Marseille à hauteur de 1 000 euros TTC, à la charge du département des Bouches-du-Rhône.

9. D'autre part, il y a lieu de mettre à la charge du département des Bouches-du-Rhône une somme de 1 500 euros à verser à M. D au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. En revanche, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du requérant, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le département des Bouches-du-Rhône demande au titre des mêmes frais exposés par lui.

D E C I D E :

Article 1er : Le département des Bouches-du-Rhône est condamné à verser à M. D la somme de 16 640 euros.

Article 2 : Les frais d'expertise, d'un montant de 1 000 euros TTC, sont mis à la charge définitive du département des Bouches-du-Rhône.

Article 3 : Le département des Bouches-du-Rhône versera à M. D une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions du département des Bouches-du-Rhône présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au département des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Jorda-Lecroq, présidente,

Mme Balussou, première conseillère,

Mme Forest, première conseillère,

Assistées par Mme Faure, greffière.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 avril 2024.

La rapporteure,

Signé

E.-M. Balussou

La présidente,

Signé

K. Jorda-LecroqLa greffière,

Signé

N. Faure

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière.

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