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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2104998

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2104998

vendredi 2 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2104998
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantARCHENOUL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 4 juin 2021, M. B D A, représenté par Me Archenoul, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 mars 2021 par lequel le préfet F a prononcé son expulsion du territoire français et a fixé le pays de destination de cette mesure ;

2°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 2 500 euros à Me Archenoul sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de son signataire et de son auteur dès lors que la décision en litige aurait dû être prise sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'un vice de procédure dès lors que l'avis de la commission d'expulsion ne lui a pas été communiqué ;

- il est insuffisamment motivé ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les articles L. 521-1 et L. 521-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors dès lors qu'il justifie résider habituellement en France depuis l'âge de six ans ;

- la décision en litige est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle a été prise sans tenir compte des critères de l'article L. 521-5 du code précité et, en invoquant des faits commis en 2013 et en 2015, le préfet n'explique pas en quoi son comportement constitue une menace réelle et actuelle pour un intérêt fondamental de la société ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juin 2021, le préfet F conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. D A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Devictor a été entendu au cours de l'audience publique.

- les conclusions de Mme Simeray, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant portugais, né en 1995, est entré en France en 2001 à l'âge de six ans. Compte tenu de l'ensemble de son comportement, le préfet F a, au vu d'un avis défavorable de la commission d'expulsion du 11 février 2021, prononcé le 17 mars 2021 son expulsion du territoire français par un arrêté pris sur le fondement des articles L. 521-1, L. 521-5 et L. 523-2 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicables. Dans le cadre de la présente instance, M. D A sollicite l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur : " Sous réserve des dispositions des articles L. 521-2, L. 521-3 et L. 521-4, l'expulsion peut être prononcée si la présence en France d'un étranger constitue une menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 521-3 du même code dans sa version applicable : " Ne peuvent faire l'objet d'une mesure d'expulsion qu'en cas de comportements de nature à porter atteinte aux intérêts fondamentaux de l'Etat, ou liés à des activités à caractère terroriste, ou constituant des actes de provocation explicite et délibérée à la discrimination, à la haine ou à la violence contre une personne déterminée ou un groupe de personnes : 1° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; () ". Aux termes de l'article L. 521-5 de ce code alors applicable : " Les mesures d'expulsion prévues aux articles L. 521-1 à L. 521-3 peuvent être prises à l'encontre des ressortissants d'un Etat membre de l'Union européenne () si leur comportement personnel représente une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société. / Pour prendre de telles mesures, l'autorité administrative tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée de leur séjour sur le territoire national, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle dans la société française ainsi que l'intensité des liens avec leur pays d'origine ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. D A a fait l'objet le 24 juin 2010 d'une admonestation par le juge des enfants de C pour des faits de vol commis en 2009, le 24 mars 2011 d'une condamnation à une peine de quatre ans d'emprisonnement dont un an avec sursis prononcée par le tribunal pour enfants de C pour des faits de viol en réunion commis en avril 2010, le 24 janvier 2013 d'une admonestation prononcée par le juge des enfants de C pour des faits de vol en réunion commis en juin 2010, le 22 mars 2013 d'une condamnation à six mois d'emprisonnement prononcée par le tribunal pour enfants de C pour des faits de vol par escalade commis en janvier 2013, le 25 février 2016 d'une condamnation par la cour d'assises des mineurs F à dix ans de réclusion criminelle pour des faits de vol avec arme, violence aggravée par deux circonstances et violence commise en réunion et en récidive, et le 10 mai 2017 d'une condamnation par le tribunal de Grasse à 6 mois d'emprisonnement pour port d'arme blanche. D'une part, il ressort des pièces du dossier que depuis sa libération sous surveillance électronique en février 2020, M. D A a été employé sans discontinuer jusqu'en mars 2021, présentant ainsi des gages sérieux de réinsertion. Dans ces conditions, au regard des faits reprochés et de l'âge auquel ils ont été commis, le préfet F, qui se fonde uniquement sur les condamnations pénales précitées, ne justifie pas que le comportement personnel de M. D A représenterait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de l'État à la date de la décision attaquée. Par suite, M. D A est fondé à soutenir que le préfet a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, M. D A démontre qu'il est entré en France en 2001 à l'âge de six ans, qu'il y a effectué toute sa scolarité, que ses parents et son frère vivent en France et sont en situation régulière. Il allègue également sans être contredit par le préfet ne plus avoir de lien familial au Portugal et ne pas parler le portugais. Ainsi au regard de l'âge auquel il est entré en France et de la durée de son séjour, la mesure d'expulsion porte une atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale disproportionnée au regard de la menace qu'il représenterait à la date de la décision attaquée.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. D A est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 17 mars 2021 par lequel le préfet F a décidé son expulsion du territoire français.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Archenoul, avocate de M. D A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 200 euros à Me Archenoul au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 17 mars 2021 par lequel le préfet F a expulsé du territoire français M. D A est annulé.

Article 2 : Sous réserve que Me Archenoul renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera une somme de 1 200 euros à Me Alice Archenoul, avocate de M. D A, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Alice Archenoul et au préfet F.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Niquet, première conseillère,

Mme Devictor, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juin 2023.

La rapporteure,

Signé

É. DevictorLe président,

Signé

P-Y. Gonneau

La greffière,

Signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au préfet F en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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