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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2105114

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2105114

mardi 20 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2105114
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantGONAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 juin 2021, Mme D A B, représentée par Me Gonand, demande au tribunal :

1°) de condamner l'État à lui verser 24 354 euros au titre des préjudices subis en raison du refus de lui accorder un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision du 17 juin 2020 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui octroyer un titre de séjour est illégale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- cette illégalité fautive est de nature à engager la responsabilité de l'administration ;

- elle a subi un préjudice matériel à hauteur de 19 354 euros et un préjudice moral à hauteur de 5 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mars 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 26 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 14 novembre 2022.

Par décision du 22 janvier 2021, l'aide juridictionnelle totale a été accordée à Mme A B.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante marocaine née en 1982, a sollicité le 22 février 2019 son admission au séjour sur le fondement de la vie privée et familiale. Le 15 mai 2020, elle a adressé une demande préalable au préfet des Bouches-du-Rhône visant à l'indemniser des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison de l'illégalité fautive de la décision implicite de rejet de lui délivrer le titre de séjour demandé, décision à laquelle s'est substituée une décision expresse intervenue le 17 juin 2020. Mme A B demande au tribunal de condamner l'État à lui verser la somme de 24 354 euros en raison de ces préjudices.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Par un jugement n° 2105339 du 14 octobre 2021 devenu définitif, le tribunal a annulé la décision du 17 juin 2020 du préfet des Bouches-du-Rhône refusant à Mme A B la délivrance d'un titre de séjour au motif qu'elle méconnaissait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, la requérante est fondée à rechercher la responsabilité de l'administration en raison de l'illégalité fautive de cette décision, sous réserve qu'elle soit à l'origine des préjudices subis et qu'elle présente un lien de causalité suffisamment direct et certain avec ces préjudices.

3. Il résulte de l'instruction et n'est pas contesté que la requérante a bénéficié de récépissés de sa demande de titre de séjour l'autorisant à travailler à compter de la date de sa demande de titre de séjour, le 22 février 2019, valables jusqu'au 8 avril 2020. Dès lors, Mme A B, qui se prévaut d'une promesse d'embauche en qualité d'ouvrière agricole en contrat à durée indéterminée, faisant suite à un entretien avec un employeur le 10 janvier 2019, n'établit pas le lien de causalité entre l'illégalité du refus de titre de séjour et la perte de chance de ne pouvoir travailler " durant dix mois sur l'année 2019 et six mois sur l'année 2020 ". En outre, cette promesse d'embauche, manuscrite et non datée, ne contient ni de date déterminée d'entrée en fonction, ni le montant de la rémunération proposée, de sorte que la réalité du préjudice de l'intéressée n'est, en tout état de cause, pas suffisamment établie. Par suite, Mme A B n'est pas fondée à solliciter une indemnisation à ce titre.

4. La requérante se prévaut d'un préjudice moral et de troubles dans les conditions d'existence compte tenu de la situation précaire et incertaine dans laquelle elle a été illégalement placée à compter de l'expiration de son dernier récépissé de demande de titre de séjour, le 8 avril 2020, jusqu'au 17 juin 2020, date à laquelle le préfet a pris sa décision. Il ressort toutefois des pièces du dossier que Mme A B est mariée à un ressortissant algérien titulaire d'une carte de résident et que le couple, qui a trois enfants, a bénéficié d'allocations logement, d'allocations familiales ainsi que du revenu de solidarité active pour la période considérée, de sorte que la requérante ne justifie pas de la situation de précarité alléguée. En outre, alors que Mme A B était informée de la décision lui refusant son titre de séjour depuis le 17 juin 2020, elle n'a pas introduit son recours devant le tribunal avant le 9 juin 2021. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en allouant à l'intéressée une indemnité de 500 euros.

5. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'État à verser une somme de 500 euros à Mme A B en réparation de son préjudice.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 200 euros à Me Gonand, avocat de Mme A B, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : L'État est condamné à verser la somme de 500 euros à Mme A B.

Article 2 : L'État versera à Me Gonand une somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A B, à Me Gonand et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Simeray, première conseillère,

Mme Devictor, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.

La rapporteure,

Signé

C. CLe président,

Signé

P-Y. Gonneau

La greffière,

Signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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