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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2105200

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2105200

lundi 13 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2105200
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantMAROLLEAU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 14 juin 2021, 15 septembre 2022, 13 juillet 2023 et 22 septembre 2023, M. B A, représenté par Me Journault, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté n° PC 13028 20 B0063 du 14 décembre 2020 par lequel le maire de la commune de la Ciotat à délivrer un permis de construire à la SARL Imvesti ;

2°) d'annuler l'arrêté n° PC 13028 20 b0063 M01 du 17 août 2023 par lequel le maire de la commune de la Ciotat à délivrer un permis de construire modificatif à la SARL Imvesti ;

3°) de mettre à la charge de la commune de la Ciotat et de la SARL Imvesti une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article UP2b 13 du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) Marseille-Provence ainsi que les prescriptions posées par le service des eaux pluviales de la métropole d'Aix-Marseille Provence ;

- il méconnait l'article 4 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) de la Ciotat ainsi que l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme.

Par des mémoires en défense enregistrés le 13 juillet 2022 et le 16 juin 2023, la commune de la Ciotat, représentée par la SCP Borel et Del Prete, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge du requérant la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le requérant ne justifie pas de son intérêt pour agir ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par des mémoires enregistrés le 13 juillet 2022 et le 12 septembre 2023, la SARL Imvesti, représentée par Me Marolleau, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge du requérant la somme de 4 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le requérant ne justifie pas d'un intérêt pour agir ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 25 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 23 octobre 2023.

Par une lettre du 15 avril 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré, sur le fondement de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme, de l'irrecevabilité du moyen nouveau, présenté à l'encontre du permis de construire initial plus de deux mois après la communication du premier mémoire en défense et tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.

Par courrier du 16 avril 2024, les parties ont été informées de ce que le tribunal était susceptible de faire application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fayard, rapporteure,

- les conclusions de Mme Giocanti, rapporteure publique,

- et les observations de Me Journault, représentant du requérant, et de Me Giordano, représentant de la commune de la Ciotat.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté n° PC 13028 20 B0063 du 14 décembre 2020, le maire de la commune de la Ciotat a délivré un permis de construire à la SARL Imvesti en vue de la construction de 2 maisons d'habitation, de 2 piscines et de 2 garages sur la parcelle BL 330 sis 400 avenue de Fontsainte. Le recours gracieux formé par M. A contre cette décision a été implicitement rejeté le 16 avril 2021. Par un arrêté n° PC 13028 20 b0063 M01 du 17 août 2023, le maire de la Ciotat à délivrer un permis de construire modificatif pour ce projet. M. A demande au tribunal l'annulation de l'ensemble de ces décisions.

Sur les fins de non-recevoir soulevées en défense :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'un permis de construire, de démolir ou d'aménager, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous les éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat, justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet de construction.

4. En l'espèce, M. A est propriétaire d'une maison d'habitation sur la parcelle BL98 qui, contrairement à ce qu'il soutient, ne jouxte pas le terrain d'assiette du projet. Toutefois, le requérant expose, sans être utilement contredit, que sa parcelle se situe en contrebas du projet et qu'il dispose d'une servitude d'écoulement des eaux vers la parcelle BL 330. Ainsi, l'artificialisation du sol engendrée par les constructions projetées pourraient avoir un impact sur l'utilisation et la jouissance de son bien eu égard au risque potentiel d'inondation. Dans ces conditions, le requérant justifie d'un intérêt pour agir et la fin de non-recevoir doit, par suite, être écartée.

Sur la recevabilité d'un moyen :

5. D'une part, aux termes de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme : " Par dérogation à l'article R. 611-7-1 du code de justice administrative, et sans préjudice de l'application de l'article R. 613-1 du même code, lorsque la juridiction est saisie d'une requête relative à une décision d'occupation ou d'utilisation du sol régie par le présent code, ou d'une demande tendant à l'annulation ou à la réformation d'une décision juridictionnelle concernant une telle décision, les parties ne peuvent plus invoquer de moyens nouveaux passé un délai de deux mois à compter de la communication aux parties du premier mémoire en défense. Cette communication s'effectue dans les conditions prévues au deuxième alinéa de l'article R. 611-3 du code de justice administrative ". D'autre part, l'article R. 611-8-6 du code de justice administrative dispose que : " Les parties sont réputées avoir reçu la communication ou la notification à la date de première consultation du document qui leur a été adressé par voie électronique, certifiée par l'accusé de réception délivré par l'application informatique, ou, à défaut de consultation dans un délai de deux jours ouvrés à compter de la date de mise à disposition du document dans l'application, à l'issue de ce délai. () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que le premier mémoire en défense, présenté par la pétitionnaire, a été mis à disposition du conseil du requérant le 13 juillet 2022 par le greffe dans l'application informatique " telerecours ". Par suite, alors que le moyen, nouveau, tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, qui ne peut être regardé comme un moyen propre soulevé contre le permis de construire modificatif, a été enregistré le 22 septembre 2023, il est irrecevable.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

7. En premier lieu, le requérant soutient que les prescriptions émises par le service des eaux pluviales de la Métropole d'Aix-Marseille-Provence ne seraient pas respectées par le permis de construire. Toutefois, il appartiendra au pétitionnaire de se conformer à celles-ci, une telle circonstance relevant de l'exécution de l'arrêté attaqué et étant, ainsi, sans incidence sur sa légalité.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 442-14 du code de l'urbanisme : " Lorsque le lotissement a fait l'objet d'une déclaration préalable, le permis de construire ne peut être refusé ou assorti de prescriptions spéciales sur le fondement de dispositions d'urbanisme nouvelles intervenues depuis la date de non-opposition à la déclaration préalable, et ce pendant cinq ans à compter de cette même date. / () ".

9. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet est issu d'une division parcellaire autorisée par une déclaration préalable n° DP 13028 18 B0217 du 14 janvier 2019, celle-ci ayant eu pour effet de cristalliser les règles d'urbanismes applicable aux permis de construire qui s'y rattache. Dans ces conditions, le règlement du PLUi, approuvé le 19 décembre 2019, postérieurement à la déclaration préalable, est inapplicable et le moyen tiré de la méconnaissance de son article UP 13 doit être écarté.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement du PLU communal, applicable à la décision attaquée : " () / les occupations du sol ne doivent pas faire obstacle à l'écoulement naturel des eaux provenant de l'amont / ()". En outre, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".

11. Pour soutenir que le bassin de rétention des eaux pluviales était insuffisant et serait de nature à créer un risque d'inondation sur sa parcelle, eu égard à la servitude d'écoulement dont il bénéficie depuis la parcelle du projet en litige, le requérant a produit une étude hydraulique détaillée et circonstanciée. Si le permis de construire modificatif a, en se fondant sur cette étude, augmenté le volume du bassin de 12 m3 à 59 m3, cette seule augmentation de la volumétrie ne paraît pas suffisante pour pallier ce risque d'inondation. Il ressort en effet de l'étude hydraulique que la surface du bassin doit être également agrandie afin de permettre une vitesse d'infiltration plus importante. Si la défense se prévaut de l'avis favorable des services des eaux pluviales de la Métropole, l'étude des sols sur laquelle elle s'est fondée n'est pas produite à l'instance, malgré une mesure d'instruction réalisé par le tribunal en ce sens. Il est d'ailleurs indiqué par la commune que les services de la métropole se sont fondés sur la notice descriptive du projet. Dans ces conditions, eu égard aux éléments de preuve apportés par le requérant, le moyen tiré de ce que le projet méconnait les articles 4 du règlement du PLU et R. 111-2 du code de l'urbanisme doit être accueilli.

Sur l'application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :

12. Aux termes des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées () contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé ".

13. Ces dispositions permettent au juge, lorsqu'il constate un vice qui entache la légalité de l'autorisation d'urbanisme attaquée mais qui peut être régularisé par une décision modificative, de rendre un jugement avant dire droit par lequel il fixe un délai pour cette régularisation et sursoit à statuer sur le recours dont il est saisi. Le juge peut préciser, par son jugement avant-dire droit, les modalités de cette régularisation.

14. Le vice dont le présent jugement, au point 11 tendant à la méconnaissance des articles 4 du règlement du PLU de la Ciotat et R. 111-2 du code de l'urbanisme, reconnaît qu'il entache d'illégalité les permis de construire en litige, apparait susceptible de faire l'objet d'un permis de construire de régularisation. Dans ces conditions, il y a lieu de surseoir à statuer en application de l'article L.600-5-1 du code de l'urbanisme, et de fixer à la société Imvesti et à la commune de la Ciotat un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir aux fins de produire les mesures de régularisation nécessaires.

D E C I D E :

Article 1er : : Il est sursis à statuer sur la requête jusqu'à l'expiration d'un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, imparti à la société Imvesti et à la commune de la Ciotat pour notifier au tribunal un permis de construire régularisant le vice mentionné au point 11 du présent jugement.

Article 2 : Tous droits et moyens sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la SARL Imvesti et à la commune de la Ciotat.

Délibéré après l'audience du 22 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Salvage, président,

Mme Le Mestric, première conseillère,

Mme Fayard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mai 2024

La rapporteure,

Signé

A. FAYARD

Le président,

Signé

F. SALVAGE La greffière

Signé

S. BOUCHUT

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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