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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2105426

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2105426

jeudi 2 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2105426
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL ABEILLE & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête n° 2105426 et un mémoire enregistrés le 18 juin 2021 et le 15 décembre 2022, M. B C, représenté par Me Pontier, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite née le 11 mai 2021 par laquelle le maire de la commune d'Orgon a refusé de lui accorder la protection fonctionnelle ;

2°) d'enjoindre à la commune d'Orgon de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle et de l'indemniser à hauteur des préjudices subis ;

3°) d'enjoindre à la commune d'Orgon de le réintégrer dans ses fonctions sous astreinte de 500 euros par jour de retard à compter du jugement ;

4°) de mettre à la charge de la commune d'Orgon une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le maire de la commune élu en juin 2018 l'a mis à l'écart en le suspendant de ses fonctions de secrétaire général de mairie exercées durant quinze ans, en prononçant à son encontre une sanction d'exclusion temporaire de fonctions de six mois assortie d'un sursis de cinq mois, en modifiant son affectation interne ; en décidant de supprimer le bénéfice de son ancienneté ; en détériorant ses conditions de travail ; en lui refusant le bénéfice de la protection fonctionnelle ;

- ces agissements sont constitutifs d'un harcèlement moral justifiant sa demande de protection fonctionnelle, laquelle a dès lors été illégalement rejetée.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 septembre 2022, et un mémoire enregistré le 16 juin 2023 qui n'a pas été communiqué en application de l'article R. 611-1 du code de justice administrative, la commune d'Orgon, représentée par Me Ladouari, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. C une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

II. Par une requête n°2105409 et un mémoire, enregistrés le 18 juin 2021 et le 15 décembre 2022, M. B C, représenté par Me Pontier, demande au tribunal :

1°) de condamner le maire d'Orgon à lui verser la somme de 88 066,78 euros en réparation des préjudices moral et financier résultant du harcèlement moral qu'il a subi ;

2°) de mettre à la charge du maire de la commune d'Orgon une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le maire de la commune élu en juin 2018 l'a mis à l'écart en le suspendant de ses fonctions occupées durant quinze ans, en prononçant à son encontre une sanction d'exclusion temporaire de fonctions de six mois assortie d'un sursis de cinq mois, en modifiant son affectation interne,-en décidant de supprimer le bénéfice de son ancienneté, en détériorant ses conditions de travail, en lui refusant le bénéfice de la protection fonctionnelle ;

- ces agissements sont constitutifs d'un harcèlement moral fautif engageant la responsabilité de la commune ;

- il a droit à être indemnisé de son préjudice moral à hauteur de 80 000 euros et de son préjudice financier à hauteur de 8 066,78 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 septembre 2022 et un mémoire enregistré le 16 juin 2023 qui n'a pas été communiqué en application de l'article R. 611-1 du code de justice administrative, la commune d'Orgon, représentée par Me Ladouari, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. C une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fabre, rapporteure,

- les conclusions de Mme Sarac-Deleigne, rapporteure publique,

- les observations de Me Durand, substituant Me Pontier, représentant M. C,

- et les observations de Me Extremet, substituant Me Ladouari, représentant la commune d'Orgon.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, attaché principal employé par la commune d'Orgon depuis le 1er février 2006, a occupé jusqu'en juillet 2020 l'emploi de secrétaire général. Au cours de l'année 2018, une profonde dégradation du climat social au sein des services de la commune d'Orgon a donné lieu à des plaintes des agents communaux quant à leurs conditions de travail visant directement leur supérieur hiérarchique, M. C. M. E, maire de la commune d'Orgon a alors engagé une procédure disciplinaire à son encontre. Par un arrêté du 2 juillet 2020, celui-ci l'a sanctionné d'une exclusion temporaire de fonctions pour une durée de six mois assortie d'un sursis partiel de cinq mois. Par un arrêté du 31 juillet 2020, M. D, nouveau maire de la commune, a affecté l'intéressé aux fonctions de chargé de mission " évaluation du contentieux " à compter du 4 août 2020. Par délibération du 6 janvier 2021, le conseil municipal d'Orgon a approuvé la modification du tableau des effectifs du personnel communal et la suppression de l'emploi d'attaché principal occupé par M. C à compter du 1er février 2021. Par arrêté du 14 janvier 2021, le maire de la commune a décidé de maintenir M. C en surnombre au sein de la collectivité durant un an. Par courrier reçu le 26 février 2021, M. C a présenté au maire une demande de protection fonctionnelle en raison du harcèlement moral dont il estime être victime, laquelle a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. M. C demande au tribunal d'annuler cette dernière décision. Par un courrier reçu le 11 mars 2021, M. C a par ailleurs sollicité du maire de la commune l'indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subi en raison du harcèlement moral dont il a été victime. Cette demande ayant fait l'objet d'une décision implicite de rejet, le requérant demande au tribunal, par une seconde requête, de condamner le maire d'Orgon à lui verser la somme de 88 066,78 euros en réparation des préjudices moral et financier résultant du harcèlement moral qu'il estime avoir subi.

2. Les requêtes n° 2105426 et 2105409 concernent le même fait générateur et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions en annulation de la décision du 11 mai 2021 rejetant la demande de protection fonctionnelle de M. C :

3. Aux termes de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, désormais codifié aux articles L. 134-1 et suivants du code général de la fonction publique : " () / IV.- La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. () ".

4. D'une part, les dispositions de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 établissent à la charge des collectivités publiques, au profit des fonctionnaires et des agents publics non titulaires lorsqu'ils ont été victimes d'attaques dans l'exercice de leurs fonctions, une obligation de protection à laquelle il ne peut être dérogé, sous le contrôle du juge, que pour des motifs d'intérêt général.

5. D'autre part, aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dans sa rédaction applicable au litige : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. / Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la formation, la notation, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : 1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa ; () ".

6. Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de caractériser l'existence de tels agissements. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au regard de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. En outre, pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte de l'ensemble des faits qui lui sont soumis, y compris des comportements respectifs de l'agent auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral.

7. En premier lieu, pour soutenir qu'il a fait l'objet d'un harcèlement moral, M. C fait valoir que la mesure de suspension de ses fonctions préalable au prononcé de la sanction disciplinaire de l'exclusion temporaire de fonctions à son encontre était injustifiée. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'en sa qualité de secrétaire général de mairie, M. C a tenu des propos injurieux et vindicatifs à l'égard de M. E, alors maire de la commune d'Orgon, qu'il a exercé des manœuvres d'intimidation et de dénigrement persistantes à l'égard de deux agents du musée Urgonia, qu'il a tenu des propos scabreux, inappropriés et dégradants vis-à-vis de l'une de ces agents et qu'il a proféré des injures envers Mme A, adjointe au maire, au cours d'une réunion du conseil municipal, laquelle a déposé une plainte pour ces propos. A cet égard, si le requérant produit des attestations d'administrés et de conseillers municipaux faisant l'éloge de ses compétences et de sa réactivité s'agissant notamment de services rendus, celles-ci ne sont pas de nature à remettre en cause le caractère répréhensible de son comportement, pour lequel il a été à bon droit suspendu de manière conservatoire puis sanctionné par le maire. En outre, il n'établit ni que son changement d'affectation interne au poste de chargé de mission contentieux résulterait d'une sanction déguisée, ni que l'arrêté du 5 janvier 2021 procédant à son reclassement en qualité d'attaché principal aurait eu pour effet de supprimer une partie du bénéfice de son ancienneté sur le grade, à défaut en tout état de cause de toute argumentation suffisamment précise sur ce dernier point. Aucune pièce du dossier n'établit davantage que l'accès aux locaux de la mairie lui aurait été interdit, qu'il ne disposerait pas d'outils bureautiques pour exercer ses missions et qu'il n'aurait pu bénéficier de la totalité de ses droits à congés. S'il fait valoir que seuls deux dossiers lui ont été confiés à son poste de chargé de mission de l'évaluation du contentieux, la seule production du courriel par lequel il se plaint d'une absence de réponse du maire concernant le suivi de ces missions ne saurait suffire à démontrer une carence fautive, alors au demeurant qu'il ressort des pièces du dossier que le maire lui a proposé de réaliser un point sur ses activités.

8. En second lieu, si le requérant soutient avoir été volontairement mis à l'écart à la suite de la suppression de l'emploi d'attaché principal par délibération du 6 janvier 2021 et du recrutement d'un agent contractuel proche du maire en qualité de directeur général des services, il ressort toutefois du courrier de saisine du comité technique et de son procès-verbal de séance que la nouvelle municipalité souhaitait réorganiser les services de la commune et procéder à une nouvelle répartition des missions des agents, en recrutant éventuellement des agents de catégorie B ou C. A cet égard, il est précisé que le poste occupé par M. C de chargé de mission " évaluation du contentieux ", compte tenu du faible nombre de dossiers contentieux nécessitait sa suppression. En outre, si le procès-verbal mentionne que le précédent maire souhaitait " se séparer " de M. C alors qu'il était affecté en qualité de secrétaire général, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D, nouveau maire de la commune à la date de la décision attaquée, ait eu cette même intention, quand bien même l'emploi de " chargé du contentieux " sur lequel il a décidé de l'affecter par arrêté du 31 juillet 2020 a ensuite été supprimé par le conseil municipal après évaluation de l'intérêt du poste au regard du faible nombre de dossiers traités, dans un contexte de réorganisation des services communaux. Enfin, M. C n'est pas fondé à soutenir que le poste de directeur général des services nouvellement créé aurait dû lui être proposé dans la perspective de son reclassement alors qu'il s'agit d'un emploi fonctionnel d'attaché et qu'il ne conteste au demeurant pas s'être abstenu de présenter sa candidature à cet emploi. Il suit de là qu'aucun agissement du maire de la commune, y compris sa décision ayant refusé de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle, ne peut être regardé comme constitutif d'un harcèlement moral à l'égard de l'intéressé. Partant, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision par laquelle le maire a refusé de faire droit à sa demande de protection fonctionnelle serait illégale.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite du maire d'Orgon du 11 mai 2021 rejetant la demande de protection fonctionnelle de M. C doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence ses conclusions aux fins d'injonction.

Sur les conclusions indemnitaires :

10. Il résulte de ce qui vient d'être dit que M. C ne démontre pas que la commune d'Orgon aurait commis des illégalités ou eu un comportement fautif de nature à engager sa responsabilité à son égard. Par suite, ses conclusions tendant à l'indemnisation des préjudices moral et financier qu'il estime avoir subis ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais d'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de la commune d'Orgon, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés par M. C, et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées par la commune d'Orgon sur le fondement des mêmes dispositions.

D É C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. C sont rejetées.

Article 2 : Les conclusions de la commune d'Orgon tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et à la commune d'Orgon.

Délibéré après l'audience du 12 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Hameline, présidente,

Mme Fabre, première conseillère,

Mme Hétier-Noël, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 novembre 2023.

La rapporteure,

signé

E. Fabre

La présidente,

signé

M.-L. Hameline

La greffière,

signé

B. Marquet

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2105426,

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