jeudi 21 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2105535 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | LAGIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 juin 2021 et le 4 mai 2022, le groupement agricole d'exploitation en commun (GAEC) du Praou et le groupement foncier agricole (GFA) de Chabrel, représentés par Me Pellegrin, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 8 février 2021 par laquelle le président de la fédération de chasse des Hautes-Alpes a refusé de faire droit à l'opposition cynégétique formée par le groupement agricole d'exploitation en commun du Praou, ensemble la décision du 26 avril 2021 de rejet de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre à la fédération des chasseurs des Hautes-Alpes d'accueillir l'opposition cynégétique à l'action de l'association communale de chasse agréée de Sainte Colombe formée par le groupement agricole d'exploitation en commun du Praou ;
3°) de mettre à la charge de la fédération des chasseurs des Hautes-Alpes la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser au groupement agricole d'exploitation en commun du Praou.
Ils soutiennent que :
- contrairement à ce que soutient la fédération des chasseurs des Hautes-Alpes, la requête est recevable ;
- la décision en litige méconnaît l'article L. 422-10 du code de l'environnement et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'ils sont respectivement usufruitier et nu-propriétaire des parcelles en cause et détenteurs du droit de chasse, et compte tenu de leurs objets sociaux respectifs ;
- la demande d'opposition cynégétique a été présentée dans les délais prescrits par les articles L. 422-18 et R. 422-41 du code de l'environnement.
Par des mémoires en défense enregistré le 29 septembre 2021 et le 8 juin 2022, la fédération départementale des chasseurs des Hautes-Alpes, représentée par Me Lagier, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge du GAEC du Praou et du GFA de Chabrel en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable, faute pour les requérants de justifier de leur qualité pour agir ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
La procédure a été communiquée à l'association communale de chasse agréée de Sainte-Colombe, qui n'a pas produit d'observations.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'environnement ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Niquet,
- les conclusions de M. Boidé, rapporteur public,
- et les observations de Me Lagier pour la fédération départementale de chasse des Hautes-Alpes.
Considérant ce qui suit :
1. Respectivement nu-propriétaire et usufruitier de plus de quatre-vingts parcelles sur le territoire de la commune de Saint-Colombe (Hautes-Alpes), le groupement foncier agricole (GFA) de Chabrel et le groupement agricole d'exploitation en commun (GAEC) du Praou demandent d'annuler la décision du 8 février 2021 par laquelle le président de la fédération de chasse des Hautes-Alpes a refusé de faire droit à l'opposition cynégétique formulée par le groupement agricole d'exploitation en commun du Praou sur ces parcelles, ensemble la décision du 26 avril 2021 de rejet de leur recours gracieux.
Sur la fin de non-recevoir opposée par la fédération départementale de chasse des Hautes-Alpes :
2. Aux termes de l'article L. 323-1 du code rural et de la pêche maritime : " Les groupements agricoles d'exploitation en commun sont des sociétés civiles de personnes régies par les chapitres Ier et II du titre IX du livre III du code civil et par les dispositions du présent chapitre. Ils sont formés entre personnes physiques majeures ". Aux termes de l'article L. 322-1 du même code : " Le groupement foncier agricole est une société civile formée entre personnes physiques. Il est régi par les dispositions prévues aux articles L. 322-2 à L. 322-21 du présent code et par les chapitres Ier et II du titre IX du livre III du code civil. Le décès, la faillite personnelle, la liquidation ou la procédure de sauvegarde ou de redressement judiciaires de l'un des associés ne met pas fin au groupement ". Et aux termes de l'article 1849 du code civil : " Dans les rapports avec les tiers, le gérant engage la société par les actes entrant dans l'objet social () ".
3. D'une part, il ressort des pièces du dossier que par un acte du 21 janvier 2021, l'assemblée générale extraordinaire du groupement agricole d'exploitation en commun du Praou a décidé de former opposition cynégétique à l'action de l'association communale de chasse agréée de Sainte Colombe sur des parcelles d'une superficie de 103 hectares 56 ares et 61 centiares, et a accordé à M. B, co-gérant, " tous les pouvoirs afin de parfaire ce projet ", et l'a habilité à réaliser " toute autre formalité nécessaire à la réalisation des présentes ". Dans ces conditions, la fin de non-recevoir tirée de l'absence de qualité pour agir du représentant légal de cette société doit être écartée.
4. D'autre part, par un acte du 21 janvier 2021, l'assemblée générale extraordinaire du groupement foncier agricole de Chabrel a décidé de former opposition cynégétique à l'action de l'association communale de chasse agréée de Sainte Colombe sur une liste de parcelles formant une superficie de 103 hectares 56 ares et 61 centiares, et a accordé à Mme A, gérante, " tous les pouvoirs afin de parfaire ce projet ", et de réaliser " toute autre formalité nécessaire à la réalisation des présentes ". Dans ces conditions, la fin de non-recevoir tirée de l'absence de qualité pour agir du représentant légal de cette société doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. Aux termes de l'article L. 422-2 du code de l'environnement : " Les associations communales et intercommunales de chasse agréées ont pour but d'assurer une bonne organisation technique de la chasse. () / Leur activité s'exerce dans le respect des propriétés, des cultures et des récoltes, et est coordonnée par la fédération départementale des chasseurs () ". Aux termes de l'article L. 422-10 du même code : " L'association communale est constituée sur les terrains autres que ceux : / () 3° Ayant fait l'objet de l'opposition des propriétaires ou détenteurs de droits de chasse sur des superficies d'un seul tenant supérieures aux superficies minimales mentionnées à l'article L. 422-13 () ". Aux termes de l'article L. 422-13 de ce code : " I.- Pour être recevable, l'opposition des propriétaires ou détenteurs de droits de chasse mentionnés au 3° de l'article L. 422-10 doit porter sur des terrains d'un seul tenant et d'une superficie minimum de vingt hectares () ". Et aux termes de l'article R. 422-22 de ce même code : " I.- Le droit de chasse sur les terrains mentionnés à l'article R. 422-21 doit appartenir : 1° Soit à un propriétaire, à un nu-propriétaire, à un usufruitier à titre légal ou conventionnel, à des propriétaires indivis () ".
6. Pour refuser aux sociétés requérantes l'opposition à l'action de l'association communale de chasse sur leurs parcelles, la fédération départementale des chasseurs des Hautes-Alpes s'est fondée sur le motif tiré de ce que cette opposition n'entre pas dans l'objet social du groupement foncier agricole de Chabrel et du groupement agricole d'exploitation en commun du Praou, de sorte que ces sociétés ne pourraient pas bénéficier des dispositions précitées du 3° de l'article L. 422-10 du code de l'environnement. Toutefois, alors que le droit de chasse sur un bien foncier, distinct du droit de chasser, se rattache au droit d'usage de ce bien, attribut du droit de propriété, en leur seule qualité de propriétaire, nu-propriétaire pour l'une, et usufruitière pour l'autre, et indépendamment de leur objet social, ces sociétés étaient en droit, dès lors qu'il n'est pas contesté qu'elles remplissent les deux autres conditions tenant à la superficie et au caractère d'un seul tenant des parcelles en cause, de former opposition à l'action de l'association communale de chasse agréée sur leurs parcelles. Par ailleurs, si les requérantes limitent leurs conclusions à la demande d'annulation du refus opposé au seul groupement agricole d'exploitation en commun, il ressort des termes mêmes de la requête que le groupement foncier agricole, nu-propriétaire, a donné son accord pour que le groupement agricole d'exploitation en commun bénéficie de ce droit. Dans ces conditions, en se fondant sur ce motif pour s'opposer à la demande tendant à ce qu'il soit fait droit à son opposition cynégétique, la fédération de chasse des Hautes-Alpes a méconnu les dispositions de l'article L. 422-10 du code de l'environnement.
7. Il résulte de ce qui précède que les sociétés requérantes sont fondées à demander l'annulation de la décision du 8 février 2021 par laquelle le président de la fédération de chasse des Hautes-Alpes a refusé de faire droit à l'opposition cynégétique du groupement agricole d'exploitation en commun de Praou sur les parcelles listées dans leur demande et, par voie de conséquence, la décision du 26 avril 2021 rejetant leur recours gracieux.
Sur les conclusions à fins d'injonction sous astreinte :
8. Aux termes de l'article L. 422-18 du code de l'environnement : " L'opposition formulée en application du 3° ou du 5° de l'article L. 422-10 prend effet à l'expiration de la période de cinq ans en cours, sous réserve d'avoir été notifiée six mois avant le terme de cette période. A défaut, elle prend effet à l'expiration de la période suivante. La personne qui la formule la notifie au président de la fédération départementale des chasseurs () ".
9. Il résulte de l'instruction et il n'est pas contesté que les conditions posées par l'article L. 422-10 du code de l'environnement tenant à la superficie et au caractère d'un seul tenant des parcelles en cause sont remplies. Dans ces conditions et eu éugard à ses motifs, le présent jugement implique nécessairement que le président de la fédération départementale des chasseurs des Hautes-Alpes prenne acte de l'opposition formée par le groupement agricole d'exploitation en commun du Praou en application du 3° de cet article. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de lui enjoindre d'y procéder dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de la fédération départementale des chasseurs des Hautes-Alpes tendant à leur application et dirigées contre les sociétés requérantes, qui ne sont pas partie perdante. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application de ces mêmes dispositions et de mettre à la charge de la fédération départementale des chasseurs des Hautes-Alpes le versement au groupement agricole d'exploitation en commun du Praou d'une somme de 1 500 euros au titre des frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du président de la fédération de chasse des Hautes-Alpes du 8 février 2021 est annulée, ensemble la décision de la même autorité du 26 avril 2021.
Article 2 : Il est enjoint à la fédération départementale des chasseurs des Hautes-Alpes de prendre acte de l'opposition formée par le groupement agricole d'exploitation en commun du Praou en application du 3° de l'article L. 422-10 du code de l'environnement.
Article 3 : La fédération départementale des chasseurs des Hautes-Alpes versera au groupement agricole d'exploitation en commun du Praou la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions de la fédération départementale des chasseurs des Hautes-Alpes en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié au groupement agricole d'exploitation en commun du Praou, premier dénommé en application de l'article R. 751-3 du code de justice administrative, pour l'ensemble des requérants, à l'association communale de chasse agréée de Sainte Colombe, au préfet des Hautes-Alpes, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et à la fédération départementale des chasseurs des Hautes-Alpes.
Délibéré après l'audience du 7 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Lopa-Dufrénot, présidente,
Mme Niquet, première conseillère,
Mme Ollivaux, première conseillère,
Assistés de M. Giraud, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 21 septembre 2023.
La rapporteure,
Signé
A. Niquet
La présidente,
Signé
M. Lopa-DufrénotLe greffier,
Signé
P. Giraud
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026