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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2105690

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2105690

mardi 12 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2105690
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantGUERCHI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 juin 2021, la société GH-Aylan, représentée par Me Guerchi, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 février 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis à sa charge la contribution spéciale prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 36 500 euros ainsi que la contribution forfaitaire prévue par l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour un montant de 4 248 euros, ainsi que la décision du 21 avril 2021 rejetant son recours gracieux ;

2 °) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions ne sont pas motivées ;

- le procès-verbal d'infraction sur la base duquel la sanction a été prise ne lui a pas été transmis ;

- la matérialité des faits n'est pas établie ;

- le montant des sanctions mises à sa charge est disproportionné.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 septembre 2021, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société GH-Aylan ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fabre, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Sarac-Deleigne, rapporteure publique,

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'un contrôle opéré dans les locaux de la boulangerie de la société GH-Aylan située à Marseille le 3 novembre 2020, les services de police, accompagnés des services de l'URSSAF, ont constaté l'embauche de deux ressortissants étrangers de nationalité tunisienne en situation irrégulière et dépourvus d'autorisation de travail. Par une décision du 8 février 2021, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis à la charge de la société GH-Aylan la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, pour un montant de 36 500 euros, ainsi que la contribution forfaitaire prévue à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour un montant de 4 248 euros pour l'emploi irrégulier de ces deux travailleurs. Le 6 avril 2021, la société GH-Aylan a formé un recours gracieux contre cette décision qui a été rejeté par le directeur général de l'OFII par courrier du 21 avril 2021. La société GH-Aylan demande au tribunal d'annuler les décisions du directeur général de l'OFII des 8 février et 21 avril 2021.

Sur les conclusions dirigées contre la décision du directeur général de l'OFII :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine. / Le montant total des sanctions pécuniaires prévues, pour l'emploi d'un étranger non autorisé à travailler, au premier alinéa du présent article et à l'article L. 8253-1 du code du travail ne peut excéder le montant des sanctions pénales prévues par les articles L. 8256-2, L. 8256-7 et L. 8256-8 du code du travail () / L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et de fixer le montant de cette contribution. () / Sont applicables à la contribution forfaitaire prévue au premier alinéa les dispositions prévues aux articles L. 8253-1 à L. 8253-5 du code du travail en matière de recouvrement et de privilège applicables à la contribution spéciale ".

3. D'autre part, l'article L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Les mesures mentionnées à l'article L. 121-1 à caractère de sanction ne peuvent intervenir qu'après que la personne en cause a été informée des griefs formulés à son encontre et a été mise à même de demander la communication du dossier la concernant ".

4. Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article L. 8251-1 du code du travail : " Nul ne peut, directement ou indirectement, embaucher, conserver à son service ou employer pour quelque durée que ce soit un étranger non muni du titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France ". Aux termes de l'article L. 8253-1 de ce code : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. Ce montant peut être minoré en cas de non-cumul d'infractions ou en cas de paiement spontané par l'employeur des salaires et indemnités dus au salarié étranger non autorisé à travailler mentionné à l'article R. 8252-6. Il est alors, au plus, égal à 2 000 fois ce même taux. Il peut être majoré en cas de réitération et est alors, au plus, égal à 15 000 fois ce même taux. () ". Aux termes de l'article L. 8271-17 du même code dans sa rédaction alors applicable : " Outre les agents de contrôle de l'inspection du travail mentionnés à l'article L. 8112-1, les agents et officiers de police judiciaire, les agents de la direction générale des douanes sont compétents pour rechercher et constater, au moyen de procès-verbaux transmis directement au procureur de la République, les infractions aux dispositions de l'article L. 8251-1 relatif à l'emploi d'un étranger non autorisé à travailler et de l'article L. 8251-2 interdisant le recours aux services d'un employeur d'un étranger non autorisé à travailler. / Afin de permettre la liquidation de la contribution spéciale mentionnée à l'article L. 8253-1 du présent code et de la contribution forfaitaire mentionnée à l'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration reçoit des agents mentionnés au premier alinéa du présent article une copie des procès-verbaux relatifs à ces infractions ".

5. Ni les articles L. 8253-1 et suivants du code du travail, ni l'article L. 8271-17 du même code ne prévoient expressément que le procès-verbal constatant l'infraction aux dispositions de l'article L. 8251-1 relatif à l'emploi d'un étranger non autorisé à travailler en France, et fondant le versement de la contribution spéciale et forfaitaire, soit communiqué au contrevenant. Cependant, le respect du principe général des droits de la défense suppose, s'agissant des mesures à caractère de sanction, ainsi d'ailleurs que le précise désormais l'article L. 122-2 du code des relations entre le public et l'administration, entré en vigueur le 1er janvier 2016, que la personne en cause soit informée, avec une précision suffisante et dans un délai raisonnable avant le prononcé de la sanction, des griefs formulés à son encontre et mise à même de demander la communication des pièces au vu desquelles les manquements ont été retenus. Par suite, l'OFII est tenu d'informer l'intéressé de son droit de demander la communication du procès-verbal d'infraction sur la base duquel ont été établis les manquements qui lui sont reprochés.

6. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

7. Il résulte de l'instruction que, par une décision du 8 février 2021, le directeur général de l'OFII, après avoir indiqué qu'il avait été établi, par un procès-verbal dressé par les services de police des Bouches-du-Rhône à la suite du contrôle effectué le 21 décembre 2020, que la société GH-Aylan avait employé deux travailleurs dépourvus de titre l'autorisant à exercer une activité salariée sur le territoire français, a appliqué à la société requérante la contribution spéciale prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail ainsi que la contribution forfaitaire prévue par l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour contester la légalité de cette décision, la société requérante soutient que le procès-verbal d'infraction ne lui a pas été transmis. S'il ressort des mentions de la décision en litige que la société requérante a été informée, par un courrier du 21 décembre 2020, de la mise en œuvre par l'OFII des dispositions précitées du code du travail et du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce courrier n'est produit par aucune des parties et il ne ressort d'aucune autre pièce du dossier, et en particulier des termes du recours gracieux présenté par la requérante, que la société GH-Aylan aurait été informée, avant l'édiction de la décision contestée, de son droit de demander la communication du procès-verbal d'infraction sur la base duquel les manquements qui lui sont reprochés ont été établis. En outre, il ne résulte pas de l'instruction que la requérante aurait sollicité et obtenu sur sa demande la communication du procès-verbal dressé à la suite du contrôle des services de police. Dans ces conditions, en méconnaissance du principe général des droits de la défense, la société GH-Aylan n'a pas été mise à même de demander les pièces fondant les sanctions dont elle était susceptible de faire l'objet et a ainsi été privée d'une garantie. Par suite, la société requérante est fondée à soutenir que la décision du 8 février 2021 mettant à sa charge les contributions en litige, ainsi que la décision du 21 avril 2021 rejetant son recours gracieux, sont entachées d'illégalité.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la société requérante est fondée à demander l'annulation des décisions du 8 février et du 21 avril 2021.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1500 euros au titre des frais exposés par la société GH-Aylan et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 8 février 2021 ainsi que la décision de rejet du recours gracieux du 21 avril 2021 sont annulées.

Article 2 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera une somme de 1 500 euros à la société GH-Aylan au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société GH-Aylan et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 15 février 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Hameline, présidente,

Mme Fabre, première conseillère,

Mme Hétier-Noël, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2024.

La rapporteure,

signé

E. Fabre

La présidente,

signé

M.-L. Hameline

La greffière,

signé

B. Marquet

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2105690

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