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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2105694

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2105694

mardi 24 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2105694
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSCP AMIEL - SUSINI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 juin 2021, le 15 avril 2022 et le 22 décembre 2022, Mme A C, représentée par Me Susini, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 décembre 2020 par lequel le maire de la commune d'Aix-en-Provence a délivré à la SARL Méditerranée Aménagement Promotion un permis de construire un immeuble de 18 logements pour une surface de plancher de 1 516 m² sis Chemin Piou Piou ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 26 février 2021 ;

2°) de mettre à la charge de la commune d'Aix-en-Provence la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle justifie d'un intérêt à agir ;

- l'arrêté litigieux a été signé par une autorité incompétente ;

- la cession gratuite d'une partie du terrain d'assiette du projet au profit de la commune est illégal ;

- le classement du terrain d'assiette en zone UM par le plan local d'urbanisme est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;

- l'arrêté litigieux viole l'article UM 9 du règlement du plan local d'urbanisme (PLU) ;

- il viole l'article UM 11 du même règlement.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 2 août 2021 et le 28 février 2022, la SARL Méditerranée Aménagement Promotion, représentée par Me Hequet, conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête, à titre subsidiaire à son rejet et, en toutes hypothèses, demande au tribunal de mettre à la charge de Mme C la somme de 3 177,60 euros toute taxe comprise en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- Mme C ne justifie pas d'un intérêt à agir ;

- les moyens soulevés par cette dernière ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 novembre 2021, la commune d'Aix-en-Provence, représentée par Me Andréani, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de Mme C la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Le Mestric, première conseillère,

- les conclusions de M. Argoud, rapporteur public,

- et les observations de Me Susini, représentant Mme C, de Me Andreani représentant la commune et de Me Hequet représentant la SARL Méditerranée Aménagement Promotion.

Considérant ce qui suit :

1. Le 18 décembre 2020, le maire de la commune d'Aix-en-Provence a délivré à la SARL Méditerranée aménagement Promotion un permis de construire un immeuble de 18 logements pour une surface de plancher de 1 516 m² sis Chemin Piou Piou. Le 26 février 2021, Mme C a déposé un recours gracieux à l'encontre de cet arrêté auprès du maire de la commune, qui a été implicitement rejeté. Par la présente requête, Mme C demande au tribunal l'annulation de la décision du 18 décembre 2020 ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code général des collectivités territoriales : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractère lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci. ".

3. Il ressort des termes de l'arrêté contesté que le permis de construire est délivré pour le maire, ainsi que cela est précisé en en-tête, et que l'autorisation a été signée par M. D B, " adjoint au maire et délégué à l'urbanisme et à l'aménagement du territoire ", ce qui suffit à comprendre que l'auteur de l'acte agit par délégation du maire d'Aix-en-Provence. A cet égard, M. B bénéficie d'une délégation de signature, consentie par le maire le 9 juillet 2020 et régulièrement affichée en mairie ainsi qu'en atteste le certificat du maire d'Aix-en-Provence en date du 4 janvier 2021, à l'effet de signer les autorisations d'urbanisme et d'utilisations des sols. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté en toutes ses branches.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 151-8 du code de l'urbanisme : " Le règlement fixe, en cohérence avec le projet d'aménagement et de développement durables, les règles générales et les servitudes d'utilisation des sols permettant d'atteindre les objectifs mentionnés aux articles L. 101-1 à L. 101-3. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le pétitionnaire s'est engagé par courrier du 11 février 2020 à céder à la commune d'Aix-en-Provence une emprise de 8.60 m² environ concernée par l'emplacement réservé n°223 situé sur une partie de la parcelle d'assiette du projet RH 134 le long du boulevard de la Carelle. Si le maire vise, au sein des visas de l'arrêté contesté, cet engagement de cession, aucun article ne prescrit expressément cette cession ou n'en fait une condition préalable à l'obtention du permis de construire. Ainsi, le moyen tiré de ce qu'une telle cession gratuite serait inconstitutionnelle doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article UM 9 du règlement du PLU : " En l'absence de linéaire de gabarit pour les constructions ou installations d'une surface de plancher supérieure ou égale à 500² à destination d'habitation, y compris des constructions existantes, l'emprise totale des constructions à destination d'habitation ne peut dépasser 35% de la surface du terrain d'assiette. ".

7. En l'espèce, en l'absence de prescription relative à la cession d'une portion de la parcelle RH 134 correspondant à l'emplacement réservé n° 223 ou de délibération approuvant la cession préalablement à l'obtention du permis de construire délivré, il ne ressort pas des pièces du dossier que la dite cession était effective à la date de la décision attaquée. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir que pour le calcul et les possibilités maximum d'occupation du sol, la superficie de la portion de terrain correspondant à ladite cession n'aurait pas dû être prise en compte. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article UM 9 doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article UM 11 du règlement du PLU : " 1- Dispositions générales : Toute construction doit présenter un projet architectural dans une composition urbaine et paysagère participant à la mise en valeur des qualités du tissu urbain dans lequel elle s'insère. Selon le contexte et la nature du projet, l'insertion peut se faire par la recherche de continuités, de transitions ou de contrastes. ".

9. Pour apprécier si un projet de construction porte atteinte, en méconnaissance des dispositions précitées, au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales, il appartient à l'autorité administrative d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.

10. Il ressort des documents graphiques et du site géoportail, accessible par internet, que le terrain d'assiette se situe dans une zone mixte sans enjeu patrimonial notable qui se compose majoritairement de pavillons individuels mais également de bâtiments en R+2 ainsi que des parcelles non bâties. Cette zone est classée en zone UM " d'intensification maitrisée " compte tenu de sa localisation privilégiée en terme de desserte et d'équipement dans laquelle les constructions d'immeubles collectifs sont autorisées sous conditions. Ainsi, la construction en litige, dont les hauteurs en R+2, les espaces verts envisagés et l'ordonnancement architectural correspondent à ceux des constructions existantes doit être regardée comme s'insérant dans le cadre urbain environnant. En outre, le maire n'était pas tenu par l'avis défavorable des architectes de bâtiments de France du 11 novembre 2020, dans la mesure où le bâtiment ne s'inscrit pas dans une zone à enjeu patrimonial notable ou aux abords d'un monument historique. Par suite, Mme C n'est pas fondée à soutenir que le maire d'Aix-En-Provence aurait méconnu l'article UC 11 du PLU en délivrant le permis contesté.

11. En dernier lieu, aux termes de l'article R. 151-8 du code de l'urbanisme " : " Les zones urbaines sont dites " zones U ". Peuvent être classés en zone urbaine, les secteurs déjà urbanisés et les secteurs où les équipements publics existants ou en cours de réalisation ont une capacité suffisante pour desservir les constructions à implanter. ". Aux termes du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Aix-en-Provence relatif à la zone urbaine d'intensification maitrisée (UM) : " La zone UM a pour vocation d'optimiser le tissu urbain compte tenu de sa localisation privilégiées e termes de desserte et de proximité des équipements. Elle concerne un tissu urbain où les parcelles et les constructions sont sous-utilisées par rapport à leur environnement immédiat et permet d'optimiser le tissu existant sans changer la physionomie générale du quartier. Il s'agit de renforcer le bâti existant en le complétant. Elle favorise la diversification des fonctions urbaines et la mixité de l'habitat. Elle est localisée principalement dans la deuxième couronne du centre urbain et la première couronne des cœurs de village. ". Il résulte de cette définition que la zone UM a pour objet de densifier et de renforcer le bâti existant lorsque la desserte et les équipements situés à proximité le permettent.

12. Il est de la nature de toute réglementation d'urbanisme de distinguer des zones où les possibilités de construire sont différentes. Il appartient aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de déterminer le parti d'aménagement à retenir pour le territoire concerné par ce plan, en tenant compte de la situation existante et des perspectives d'avenir mais sans être lié par les modalités existantes d'utilisation des sols, dont ils peuvent prévoir la modification dans l'intérêt de l'urbanisme, et de fixer en conséquence le zonage et les possibilités de construction. La légalité des dispositions du règlement d'un plan local d'urbanisme s'apprécie au regard du parti d'urbanisme retenu, défini notamment par les orientations générales et par les objectifs du projet d'aménagement et de développement durables. L'appréciation des auteurs du plan sur ces différents points ne peut être censurée par le juge administratif que si elle est fondée sur des faits matériellement inexacts ou entachée d'une erreur manifeste ou d'un détournement de pouvoir.

13. Ainsi qu'il a déjà été dit, il ressort des pièces du dossier que les terrains d'assiette du projet s'insèrent dans un environnement d'habitat mixte composée de maisons individuelles et de petits collectifs entourés de jardins et de nombreuses voies de desserte des équipements collectifs de la commune d'Aix-en-Provence. Dans ces conditions, les parcelles en cause s'inscrivent dans le cadre des objectifs précités de la zone UM. Si la SARL requérante fait valoir qu'un classement en zone UD aurait été plus appropriée, il n'appartient pas au juge administratif de rechercher si les auteurs du PLU auraient pu adopter un autre choix. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation du classement en zone UM des parcelles d'assiette du futur projet doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir soulevée en défense, que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 18 décembre 2020 attaqué.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Aix-en-Provence qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, une somme quelconque au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme C une somme de 800 euros au même titre à verser, chacun, à la commune d'Aix-en-Provence et à la SARL Méditerranée Aménagement Promotion.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Mme C versera à la commune d'Aix-en-Provence une somme de 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et à la SARL Méditerranée Aménagement Promotion une somme de 800 euros.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à la SARL Méditerranée et à la commune d'Aix-En-Provence.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Salvage, président,

Mme Le Mestric, première conseillère,

Mme Fabre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 janvier 2023.

La rapporteure,

Signé

F. LE MESTRIC

Le président,

Signé

F. SALVAGE La greffière

Signé

F. FOURRIER

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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