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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2105700

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2105700

lundi 13 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2105700
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantIBANEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 juin 2021 et 8 avril 2024, M. A C et Mme B C, représentés par Me Ibanez, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 juin 2021 par lequel le maire de Saint-Cannat les a, au nom de l'Etat, mis en demeure d'interrompre des travaux portant sur la construction d'une maison d'habitation ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'arrêté méconnaît le code des relations entre le public et l'administration à défaut de procédure contradictoire préalable ;

- il est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur de faits dès lors que les travaux étaient déjà achevés à la date de l'arrêté.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- il n'y a plus lieu de statuer sur la requête, l'arrêté attaqué ayant été entièrement exécuté ;

- l'Etat était tenu de prendre l'arrêté en litige en application d'une décision de justice.

Vu :

- l'ordonnance n° 2100091 du juge des référés du tribunal administratif de Marseille, en date du 5 février 2021 ;

- l'ordonnance n° 2201603 du juge des référés du tribunal administratif de Marseille, en date du 18 mars 2022 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Arniaud,

- les conclusions de M. Peyrot, rapporteur public,

- et les observations de Me Ranson, représentant les requérants.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 8 février 2018, le maire de la commune de Saint-Cannat a délivré aux consorts C une autorisation de construire une maison individuelle avec piscine sur les parcelles cadastrées BD3p et BD5, situées chemin du Paradou, sur le territoire de la commune. Par un jugement du 23 novembre 2020, le tribunal administratif de Marseille a annulé le permis ainsi délivré. Par un arrêté du 16 février 2021, le maire de la commune de Saint-Cannat a mis en demeure, au nom de l'Etat, les consorts C d'interrompre tous travaux tendant à la mise en conformité au permis de construire délivré et annulé. Par la présente requête, les consorts C demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 18 juin 2021 par lequel le maire de Saint-Cannat les a de nouveau, au nom de l'Etat, mis en demeure d'interrompre les travaux tendant à la mise en conformité au permis de construire délivré et annulé.

Sur le non-lieu à statuer :

2. Par une ordonnance n° 2100091 du 5 février 2021, le juge des référés du tribunal administratif de Marseille a enjoint au maire de la commune de Saint-Cannat, d'une part, de faire dresser, dans un délai de soixante-douze heures à compter de la date de la notification de l'ordonnance, un procès-verbal d'infraction au code de l'urbanisme pour les travaux non conformes ou non autorisés réalisés ou en cours de réalisation depuis l'annulation du permis PC 013 091 17 M0040 sur les parcelles de M. et Mme C et, d'autre part, d'édicter un arrêté interruptif des travaux réalisés, dans un délai de soixante-douze heures à compter de la date de la notification de l'ordonnance, sous astreinte de 300 euros par jour de retard.

3. Si le préfet fait valoir en défense que par une ordonnance n° 2201603 du 18 mars 2022, le juge des référés du tribunal administratif de Marseille a jugé que l'Etat devait être regardé comme ayant entièrement exécuté, le 18 juin 2021, l'ordonnance n° 2100091 précitée du 5 février 2021, il n'en demeure pas moins que l'arrêté portant interruption des travaux attaqué a produit des effets de sorte qu'il n'y a pas lieu de prononcer un non-lieu à statuer dans le cadre du présent litige.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 480-2 du code de l'urbanisme : " Dès qu'un procès-verbal relevant l'une des infractions prévues à l'article L. 480-4 du présent code a été dressé, le maire peut également, si l'autorité judiciaire ne s'est pas encore prononcée, ordonner par arrêté motivé l'interruption des travaux. () Dans le cas de constructions sans permis de construire ou d'aménagement sans permis d'aménager, ou de constructions ou d'aménagement poursuivis malgré une décision de la juridiction administrative suspendant le permis de construire ou le permis d'aménager, le maire prescrira par arrêté l'interruption des travaux ainsi que, le cas échéant, l'exécution, aux frais du constructeur, des mesures nécessaires à la sécurité des personnes ou des biens ". En vertu des dispositions combinées des articles L. 121-1 et L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, l'arrêté interruptif de travaux, qui constitue une mesure de police, est soumis au respect d'une procédure contradictoire préalable sauf en cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles. La situation d'urgence permettant à l'administration de se dispenser de cette procédure contradictoire s'apprécie tant au regard des conséquences dommageables des travaux litigieux que de la nécessité de les interrompre rapidement en raison de la brièveté de leur exécution.

5. Il ressort des pièces du dossier qu'aucune procédure contradictoire préalable n'a été mise en œuvre avant l'édiction de l'arrêté en litige. Par ailleurs, le préfet ne fait valoir en défense aucune circonstance exceptionnelle ou situation d'urgence qui aurait justifié que l'acte en litige soit dispensé de la mise en place préalable d'une telle procédure. S'il indique que l'arrêté a été pris à la suite de l'ordonnance n° 2100091 du 5 février 2021 enjoignant l'interruption des travaux, il appartenait au maire de la commune, agissant au nom de l'Etat, de vérifier si, à la date de son arrêté, des travaux étaient encore effectivement en cours ou si l'injonction avait perdu son objet. Par ailleurs, compte tenu de la date d'édiction de l'arrêté attaqué, le 18 juin 2021, aucune situation d'urgence ne peut être invoquée au regard d'une ordonnance prise 4 mois auparavant, le 5 février 2021. Enfin, il ressort des pièces du dossier qu'un précédent arrêté d'interruption des travaux avait été pris le 16 février 2021 à la suite de l'ordonnance n° 2100091 du 5 février 2021 et que l'arrêté en litige a été pris en réponse à une demande des époux D. Il appartenait toutefois à l'autorité compétente de vérifier, à l'issue d'une procédure contradictoire, si un tel arrêté était effectivement nécessaire. Par suite, l'Etat n'est pas fondé à soutenir que le maire était tenu de prendre un arrêté interruptif des travaux compte tenu de l'ordonnance du 5 février 2021, et les requérants sont fondés à soutenir que l'acte en litige a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière.

6. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 18 juin 2021 par lequel le maire de Saint-Cannat a, au nom de l'Etat, mis en demeure les époux C d'interrompre des travaux portant sur la construction d'une maison d'habitation doit être annulé pour le motif précité, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros à verser aux requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 18 juin 2021 pris par le maire de la commune Saint-Cannat, au nom de l'Etat, est annulé.

Article 2 : L'Etat versera aux époux C une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Mme B C et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée pour information à la commune de Saint-Cannat.

Délibéré après l'audience du 10 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Hogedez, présidente,

Mme Arniaud, première conseillère,

Mme Ridings, conseillère,

Assistées de M. Brémond, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 janvier 2025.

La rapporteure,

signé

C. Arniaud

La présidente,

signé

I. Hogedez

Le greffier,

signé

A. Brémond

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier.

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