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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2105939

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2105939

jeudi 30 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2105939
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantDOUDET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 juillet 2021, M. D B, représenté par Me Doudet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 mai 2021 par laquelle l'inspecteur du travail de l'unité de contrôle du Pays d'Aix a autorisé son licenciement pour motif disciplinaire ;

2°) de lui allouer la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- la société dénommée Carglass Maison n'est pas son employeur ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation en ce que la matérialité des faits reprochés n'est pas établie.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 août 2021, la société par actions simplifiée Maisoning, représentée par la SAS Envergure avocats, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 janvier 2022, le directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de Provence-Alpes-Côte d'Azur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 8 juillet 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 29 août 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hétier-Noël, rapporteure,

- les conclusions de Mme Birsen Sarac-Deleigne, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a été recruté par contrat à durée indéterminée le 1er avril 2013 par la société Maisoning, qui exploite sous le nom commercial " Carglass Maison " différents établissements spécialisés dans les dépannages d'urgence et travaux pour la maison, en qualité de chef d'agence dans l'établissement secondaire des Pennes-Mirabeau. Estimant que M. B était l'auteur de malversations financières, la société l'a convoqué par courrier du 23 janvier 2021 à un entretien préalable au licenciement qui s'est tenu le 1er février 2021. M. B détenant un mandant de représentant de proximité, la société a saisi le comité social et économique qui a émis un avis favorable au licenciement de M. B le 19 février 2021. La société a ensuite saisi le 2 mars 2021 l'inspection du travail d'une demande d'autorisation de licenciement qui a été accordée par décision du 3 mai 2021. M. B demande au tribunal d'annuler cette décision de l'inspecteur du travail.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L.2421-3 du code du travail : " la demande d'autorisation de licenciement est adressée à l'inspecteur du travail dont dépend l'établissement dans lequel le salarié est employé. Si la demande d'autorisation de licenciement repose sur un motif personnel, l'établissement s'entend comme le lieu de travail principal du salarié ".

3. Il est constant que M. B travaillait comme responsable d'agence au sein de l'établissement secondaire des Pennes-Mirabeau qui relevait, suivant l'annexe 4 de la décision du 30 juillet 2019 du directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) de Provence-Alpes-Côte d'Azur, de la 4ème section de l'unité de contrôle n°2 Pays d'Aix à laquelle M. C E, inspecteur de travail et auteur de la décision attaquée a été affecté par décision du DIRECCTE de Provence-Alpes-Côte d'Azur du 23 février 2021. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence territoriale de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il appartient à l'administration, saisie d'une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé, de vérifier que cette demande est présentée par l'employeur de ce salarié ou par une personne ayant qualité pour agir en son nom. Il ressort des pièces du dossier que l'employeur de M. B, la société Maisoning, a changé de dénomination sociale pour devenir la SAS Carglass Maison à la suite d'une assemblée générale mixte du 28 novembre 2018, et exerce son activité de réparation et rénovation de maisons sous l'enseigne Carglass Maison, les deux sociétés ayant le même numéro de Siret. Par suite, le moyen tiré de ce que la demande d'autorisation de licenciement, formulée le 2 mars 2021 sous l'en-tête de la société Carglass Maison, n'aurait pas été présentée par l'employeur de M. B doit être écarté.

5. En troisième lieu, en vertu des dispositions du code du travail, les salariés légalement investis de fonctions représentatives bénéficient, dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, d'une protection exceptionnelle. Lorsque leur licenciement est envisagé, celui-ci ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou avec leur appartenance syndicale. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail saisi et, le cas échéant, au ministre compétent de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier le licenciement, compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé et des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B, en qualité de responsable d'agence, avait pour mission d'assurer notamment le développement commercial de l'agence, de gérer le personnel, de passer des contrats avec des prestataires et de s'assurer de la bonne exécution des prestations de l'agence, et qu'à ce titre il avait conclu avec la société RS Rénovation gérée par M. A un contrat de prestation de services le 17 mai 2019 organisant le cadre de futurs travaux qui seraient confiés à celle-ci. Par un courrier reçu par la direction de la société Maisoning le 13 janvier 2021, M. A a dénoncé des malversations financières de M. B et notamment le fait d'avoir été contraint à lui verser par chèque le 8 janvier 2020 la somme de 4 500 euros et le 9 juillet 2020 celle de 2 000 euros, M. B le menaçant de ne plus travailler avec son entreprise s'il ne s'exécutait pas. Il a également indiqué dans ce courrier que M. B s'était en outre rendu à son domicile en son absence pour réclamer de nouveau de l'argent à son épouse sous les mêmes menaces, ce qui a été confirmé par une attestation de celle-ci. Si M. B, qui ne conteste pas avoir perçu ces sommes, affirme que M. A est un ami et qu'il lui empruntait régulièrement de l'argent, les attestations qu'il produit ne confirment au mieux que l'existence d'une relation amicale mais ne permettent nullement d'établir l'existence de prêts privés que l'intéressé lui aurait consentis, ce que ne démontre pas davantage l'extrait de relevé bancaire versé dans l'instance. Les seuls éléments ainsi avancés par le requérant devant le tribunal, alors d'ailleurs qu'il ressort des pièces du dossier que celui-ci ne s'est pas rendu aux différentes convocations reçues dans le cadre de la procédure de licenciement ni n'a présenté d'observations lors de l'enquête contradictoire menée par l'inspecteur du travail, ne sont pas de nature à remettre en cause la matérialité des faits qui lui sont reprochés. Dès lors, les griefs retenus par l'inspecteur du travail doivent être tenus pour établis, et sont d'une gravité suffisante pour justifier le licenciement de M. B. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur d'appréciation doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B à l'encontre de la décision de l'inspecteur du travail du 3 mai 2021 doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à en tout état de cause ce qu'il soit fait droit à la demande de M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B la somme demandée par la société Maisoning au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la société Maisoning sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion et à la société par actions simplifiée Maisoning.

Copie en sera adressée à la direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de Provence-Alpes-Côte d'Azur.

Délibéré après l'audience du 16 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Hameline, présidente,

Mme Balussou, première conseillère,

Mme Hétier-Noël, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 novembre 2023.

La rapporteure,

signé

C. Hétier-Noël

La présidente,

signé

M.-L. Hameline

La greffière,

signé

B. Marquet

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2105939

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