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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2106016

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2106016

jeudi 2 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2106016
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELAS LLC LA VALETTE DU VAR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 juillet 2021, Mme A B, représentée par Me Dossetto, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 mai 2021 par lequel le maire de la commune de la Bouilladisse a prononcé son licenciement pour inaptitude physique et définitive à compter du 15 mai 2021 ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de la Bouilladisse de procéder à une reconstitution de sa carrière à compter de la date de son recrutement ;

3°) de mettre à la charge de la commune la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la procédure consultative prévue en cas de licenciement pour inaptitude a été méconnue ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit en ce que la commune avait l'obligation de procéder à son reclassement ;

- elle est entachée d'une erreur de fait dès lors que la commune n'a pas procédé à une recherche de reclassement en 2021.

Par un mémoire en défense enregistré le 2 février 2022, la commune de la Bouilladisse, représentée par la SELAS LLC et associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de Mme B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 9 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hétier-Noël, rapporteure,

- les conclusions de Mme Birsen Sarac-Deleigne, rapporteure publique,

- les observations de Me Djian, représentant Mme B, et celles de Me Gonzalez-Lopez, représentant la commune de la Bouilladisse.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a été recrutée par la commune de la Bouilladisse comme agent non titulaire en remplacement d'un agent indisponible à compter du 17 novembre 2014 pour exercer les fonctions de conductrice de bus de ramassage scolaire. Elle a ensuite été recrutée par contrat à durée indéterminée à temps partiel le 30 juin 2015 pour occuper le même emploi. Mme B a été placée en arrêt de travail à compter du 26 janvier 2016. Par des avis des 24 janvier 2017 et 15 février 2018, les médecins du travail ont estimé que Mme B était totalement et définitivement inapte à l'exercice de ses fonctions de conductrice de bus. Par un arrêté du 20 mars 2018, le maire de la commune de La Bouilladisse a prononcé son licenciement pour inaptitude physique à compter du 1er avril 2018. Mme B a saisi le tribunal administratif de Marseille qui par un jugement n° 1804121 du 9 mars 2020 a annulé l'arrêté du 20 mars 2018 pour vice de forme et a enjoint à la commune de la réintégrer juridiquement dans ses fonctions à compter du 1er avril 2018 et de procéder à sa réintégration physique dans un délai raisonnable. Ce jugement a été partiellement réformé par un arrêt de la cour administrative de Marseille 20MA01772, 20MA01831 du 22 décembre 2020 en tant qu'il prononçait une injonction de réintégration physique de l'intéressée. Par un arrêté du 6 mai 2021, le maire de la commune de la Bouilladisse a prononcé le licenciement de Mme B pour inaptitude physique définitive à compter du 15 mai 2021. Mme B demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 de ce code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

3. L'arrêté en litige vise les textes dont il est fait application, notamment la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et le décret du 15 février 1988 portant dispositions statutaires applicables aux agents contractuels de la fonction publique territoriale, et expose les circonstances de fait qui ont conduit le maire de la commune de la Bouilladisse à prendre l'arrêté de licenciement, notamment l'avis d'inaptitude physique du médecin agréé du 15 février 2018 et l'absence de possibilité de reclassement de Mme B. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, si Mme B soutient que la commune de la Bouilladisse est " taisante sur la procédure consultative prévue en cas de licenciement pour inaptitude ", elle n'assortit pas ce moyen de précisions de droit ou de fait permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 13 du décret du 15 février 1988 pris pour l'application de l'article 136 de la loi 26 janvier 1984 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale et relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale dans sa version applicable au litige : " III. - A l'issue d'un congé de maladie, de grave maladie (), lorsqu'il a été médicalement constaté par le médecin agréé qu'un agent se trouve, de manière définitive, atteint d'une inaptitude physique à occuper son emploi, le licenciement ne peut être prononcé que lorsque le reclassement de l'agent dans un emploi que la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 autorise à pourvoir par un agent contractuel et dans le respect des dispositions légales régissant le recrutement de ces agents n'est pas possible. /1° Ce reclassement concerne les agents recrutés pour occuper un emploi permanent en application de l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984 susvisée par contrat à durée indéterminée () /Il s'effectue sur un emploi relevant de la même catégorie hiérarchique ou à défaut, et sous réserve de l'accord exprès de l'agent, d'un emploi relevant d'une catégorie inférieure. / L'emploi proposé est adapté à l'état de santé de l'agent et compatible avec ses compétences professionnelles. La proposition prend en compte, à cette fin, les recommandations médicales concernant l'aptitude de l'agent à occuper d'autres fonctions au sein de la collectivité ou de l'établissement qui l'emploie. /L'offre de reclassement concerne les emplois des services relevant de l'autorité territoriale ayant recruté l'agent. L'offre de reclassement proposée à l'agent est écrite et précise ;/ () 4° Lorsque l'agent refuse le bénéfice de la procédure de reclassement ou en cas d'absence de demande formulée dans le délai indiqué à l'avant-dernier alinéa du 2°, l'agent est licencié au terme du préavis prévu à l'article 40 ;() ".

6. Il résulte d'un principe général du droit, dont s'inspirent tant les dispositions du code du travail relatives à la situation des salariés qui, pour des raisons médicales, ne peuvent plus occuper leur emploi que les règles statutaires applicables dans ce cas aux fonctionnaires, que, lorsqu'il a été médicalement constaté qu'un salarié se trouve, de manière définitive, atteint d'une inaptitude physique à occuper son emploi, il incombe à l'employeur public, avant de pouvoir prononcer son licenciement, de chercher à reclasser l'intéressé dans un autre emploi. La mise en œuvre de ce principe implique que, sauf si l'agent manifeste expressément sa volonté non équivoque de ne pas reprendre une activité professionnelle, l'employeur propose à ce dernier un emploi compatible avec son état de santé et aussi équivalent que possible avec l'emploi précédemment occupé ou, à défaut d'un tel emploi, tout autre emploi si l'intéressé l'accepte. Ce n'est que lorsque ce reclassement est impossible, soit qu'il n'existe aucun emploi vacant pouvant être proposé à l'intéressé, soit que l'intéressé est déclaré inapte à l'exercice de toutes fonctions ou soit que l'intéressé refuse la proposition d'emploi qui lui est faite, qu'il appartient à l'employeur de prononcer, dans les conditions applicables à l'intéressé, son licenciement.

7. Il ressort des pièces du dossier qu'à la suite du premier avis médical d'inaptitude au poste occupé émis le 24 janvier 2017 et estimant possible une reprise d'activité de la requérante sur un poste administratif, d'accueil, de surveillance, d'animation ou de garderie, la commune de la Bouilladisse a informé le 3 mars 2017 puis le 16 août 2017 Mme B de ce qu'aucun poste de ce type n'était disponible. Mme B a postulé le 2 novembre 2017 dans le cadre de son reclassement à un poste de chef d'équipe et s'est rendue à un entretien suite auquel sa candidature n'a pas été retenue. Le second avis médical émis le 15 février 2018 fait état d'une inaptitude totale et définitive au poste de conductrice de bus de ramassage scolaire avec reprise possible à un poste de surveillance, accueil, animation ou garderie, et réserve sur un poste administratif compte tenu des troubles musculo-squelettiques induits par le travail sur ordinateur au niveau des épaules. Il ressort des pièces du dossier que la commune de la Bouilladisse a ultérieurement proposé à Mme B un poste au CCAS qu'elle a refusé par courrier électronique du 13 mars 2018 au motif qu'il n'était pas immédiatement disponible et a demandé que la procédure de licenciement soit poursuivie. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que, postérieurement à l'annulation juridictionnelle de l'arrêté de licenciement du 20 mars 2018 en dernier lieu par l'arrêt de la cour administrative d'appel de Marseille du 22 décembre 2020, des postes relevant du cadre d'emploi de l'intéressée et compatibles avec les recommandations du médecin de prévention se seraient trouvés vacants au sein des services de la commune de la Bouilladisse et ne lui auraient pas été proposés. Mme B n'établit dès lors ni que la commune ait méconnu les dispositions citées au point 5 en ne lui proposant pas de nouveau poste en 2021, ni que le maire ait commis une erreur de fait en mentionnant dans l'arrêté en litige qu'aucun poste de reclassement n'était disponible dans la collectivité.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme B à fin d'annulation de l'arrêté du 6 mai 2021 par lequel le maire de la commune de la Bouilladisse a prononcé son licenciement pour inaptitude physique doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquences, ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de la Bouilladisse, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme B au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B la somme demandée par la commune de la Bouilladisse au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de la Bouilladisse sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune de la Bouilladisse.

Délibéré après l'audience du 12 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Hameline, présidente,

Mme Fabre, première conseillère,

Mme Hétier-Noël, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 novembre 2023.

La rapporteure,

signé

C. Hétier-Noël

La présidente,

signé

M.-L. Hameline

La greffière,

signé

B. Marquet

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2106016

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