mercredi 17 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2106199 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8è ch Magistrat statuant seul |
| Avocat requérant | DEGUITRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 10, 17 juillet 2021 et 19 octobre 2021 et 1er avril 2022, la société Brothers and Co, représentée par Me Deguitre, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler les avis des sommes à payer émis par la ville de Marseille le 12 mai 2021 pour un montant de 12 974 € et 9 472 € et le 2 juillet 2021 pour un montant de 7 905 €, 6 666 €, 1960 €, 3 890 €, 1475 € et 1 475 €, au titre du recouvrement des frais engagés par la ville au titre du relogement provisoire des occupants des appartements ;
2°) de la décharger du paiement de ces sommes ;
3°) de mettre à la charge de la ville de Marseille la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les avis des sommes à payer en litige ne mentionnent pas les bases de liquidation ;
- aucune défaillance dans le relogement de ses locataires ne peut lui être reprochée dans la mesure où elle n'a pas été informée de l'obligation de relogement qui lui incombait.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 4 janvier et 4 mai 2022, la ville de Marseille conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- les conclusions à fin d'annulation des avis des sommes à payer des 2 juillet 2021 sont irrecevables en l'absence de production des décisions attaquées ;
- les autres moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 12 juillet 2022, la clôture d'instruction est intervenue à cette même date en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.[AC1]
Un mémoire présenté pour la société Brothers ans Co a été enregistré le 23 mai 2023, postérieurement à la clôture d'instruction, et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme B en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de M. Garron, rapporteur public,
- les observations de Me Deguitre, représentant de la société Brothers And Co et de M. A, représentant la ville de Marseille.
Considérant ce qui suit :
1. La société Brothers and Co est propriétaire de plusieurs appartements dans l'immeuble situé 61, rue d'Endoume / 1-3, rue Marignan à Marseille. A la suite du constat de désordres affectant cet édifice, le maire de Marseille a, par un arrêté du 12 décembre 2019, interdit l'occupation de l'immeuble et ordonné son évacuation immédiate par ses occupants. Un rapport d'expertise établi le 19 décembre 2019 ayant conclu à l'existence d'un péril grave et imminent, le maire a pris le 3 janvier 2020 un second arrêté de péril interdisant, à nouveau, l'accès aux appartements et locaux de l'immeuble jusqu'à la réalisation des travaux prescrits, et ordonnant aux copropriétaires de prendre immédiatement à leur charge l'hébergement des locataires jusqu'à la réintégration dans les lieux. Par la présente requête, la société Brothers and Co demande l'annulation des avis des sommes à payer émis par la ville de Marseille le 12 mai 2021 pour un montant de 12 974 € et 9 472 € et le 2 juillet 2021 pour un montant de 7 905 €, 6 666 €, 1960 €, 3 890 €, 1475 € et 1 475 €, au titre du recouvrement des frais engagés par la ville au titre du relogement provisoire des occupants des appartements. Elle demande également au tribunal de la décharger du paiement des sommes résultant de ces titres
Sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge :
2. Aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " () Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation () ". En vertu de ces dispositions, la mise en recouvrement d'une créance doit comporter, soit dans le titre de recettes lui-même, soit par la référence précise à un document joint à ce titre ou précédemment adressé au débiteur, les bases et les éléments de calcul ayant servi à déterminer le montant de la créance.
3. En l'espèce, les avis des sommes à payer contestés mentionnent l'objet de la créance correspondant à " PGI 1, rue Marignan à Marseille ". La société requérante ne saurait utilement soutenir ne pas avoir su interpréter le sigle " PGI " comme signifiant " péril grave et imminent " alors que ces avis mentionnent l'adresse de l'immeuble concerné par cet arrêté de péril. Ils précisent également chacun en ce qui le concerne le nom du locataire, ainsi que le nombre de nuitées de relogement et le coût unitaire correspondant. Si ces avis ne font pas expressément référence aux documents préalablement adressés à la requérante, dans lesquels figurent le nom de l'hôtel où les locataires ont été hébergés ainsi que les périodes d'hébergement correspondantes, la société requérante ne conteste toutefois pas avoir reçu ces courriers. Par suite, le moyen tiré de ce que les avis des sommes à payer sont insuffisamment motivés manque en fait.
4. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de la construction et de l'habitation dans sa rédaction applicable en l'espèce : " Pour l'application du présent chapitre, l'occupant est le titulaire d'un droit réel conférant l'usage, le locataire, le sous-locataire ou l'occupant de bonne foi des locaux à usage d'habitation et de locaux d'hébergement constituant son habitation principale./Le propriétaire ou l'exploitant est tenu d'assurer le relogement ou l'hébergement des occupants ou de contribuer au coût correspondant dans les conditions prévues à l'article L. 521-3-1 dans les cas suivants : ()/-lorsqu'un immeuble fait l'objet d'un arrêté de péril en application de l'article L. 511-1 du présent code, si l'arrêté ordonne l'évacuation du bâtiment ou s'il est assorti d'une interdiction d'habiter ou encore si les travaux nécessaires pour mettre fin au péril rendent temporairement le logement inhabitable ; () Cette obligation est faite sans préjudice des actions dont dispose le propriétaire ou l'exploitant à l'encontre des personnes auxquelles l'état d'insalubrité ou de péril serait en tout ou partie imputable ". L'article L. 521-3-1 du même code, dans sa version applicable au litige, dispose que : " I.- Lorsqu'un immeuble fait l'objet d'une interdiction temporaire d'habiter ou d'utiliser ou que son évacuation est ordonnée en application de l'article L. 511-3, le propriétaire ou l'exploitant est tenu d'assurer aux occupants un hébergement décent correspondant à leurs besoins. / A défaut, l'hébergement est assuré dans les conditions prévues à l'article L. 521-3-2. Son coût est mis à la charge du propriétaire ou de l'exploitant () /". Aux termes de l'article L. 521-3-2 du même code : " I.-Lorsqu'un arrêté de péril pris en application de l'article L. 511-1 ou des prescriptions édictées en application de l'article L. 123-3 ou de l'article L. 129-3 sont accompagnés d'une interdiction temporaire ou définitive d'habiter et que le propriétaire ou l'exploitant n'a pas assuré l'hébergement ou le relogement des occupants, le maire ou, le cas échéant, le président de l'établissement public de coopération intercommunale prend les dispositions nécessaires pour les héberger ou les reloger. ()".
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 511-1-1 du code de la construction et de l'habitation, dans sa rédaction alors applicable : " Tout arrêté de péril pris en application de l'article L. 511-1 est notifié aux propriétaires et aux titulaires de droits réels immobiliers sur les locaux, tels qu'ils figurent au fichier immobilier. Il est également notifié, pour autant qu'ils sont connus, aux titulaires de parts donnant droit à l'attribution ou à la jouissance en propriété des locaux, aux occupants et, si l'immeuble est à usage total ou partiel d'hébergement, à l'exploitant. Lorsque les travaux prescrits ne concernent que les parties communes d'un immeuble en copropriété, la notification aux copropriétaires est valablement faite au seul syndicat de la copropriété./A défaut de connaître l'adresse actuelle des personnes visées au premier alinéa ou de pouvoir les identifier, la notification les concernant est valablement effectuée par affichage à la mairie de la commune ou, à Paris, Marseille et Lyon, de l'arrondissement où est situé l'immeuble ainsi que par affichage sur la façade de l'immeuble () ".
6. Il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été dit au point 1, que la ville de Marseille, sur le fondement des dispositions citées au point précédent a pris les mesures nécessaires pour assurer le relogement de locataires de la société Brothers and Co dont le logement était visé par l'arrêté de péril grave et imminent du 3 janvier 2020. La société Brothers and Co soutient qu'aucune défaillance dans le relogement de ses locataires ne saurait lui être reprochée dans la mesure où elle n'a pas été informée, avant les courriers des 15 février, 11 et 20 mai 2021 de la ville de Marseille lui indiquant les conditions dans lesquelles ses locataires avaient été hébergés à l'hôtel, du relogement par celle-ci de ses locataires, ni même des conditions de ces relogements.
7. Si l'administration n'apporte pas la preuve de la remise par un agent municipal du courrier du 16 décembre 2019 avertissant le syndicat des copropriétaires de l'immeuble que chaque propriétaire bailleur devrait proposer par écrit à ses locataires une offre d'hébergement temporaire, il résulte de l'instruction que le représentant des copropriétaires était présent lors des opérations d'expertise réalisées le 18 décembre 2019 par l'expert désigné, ayant conclu à l'état de péril grave et imminent de l'immeuble, et que ce représentant s'est vu remettre une copie du rapport établi le 19 décembre 2019 par l'expert. Or, il ressort clairement de ce rapport que la première des mesures préconisées était d'évacuer les logements et d'en interdire l'accès, les locaux devant rester fermés, sous la responsabilité du syndicat des copropriétaires. En outre, si la société requérante conteste avoir reçu notification de l'arrêté de péril grave et imminent du 3 janvier 2020 ordonnant l'évacuation des occupants de l'immeuble, il résulte de l'instruction que cet arrêté a fait l'objet d'un affichage à la mairie des 1er et 7ème arrondissements de Marseille du 7 janvier au 7 février 2020, et d'un affichage sur l'immeuble en litige, lequel était vide de tout occupant depuis le 12 décembre 2019 à la suite de l'arrêté du même jour ordonnant son évacuation immédiate. Dans ces conditions, la société Brothers and Co, qui, au surplus, n'établit ni même n'allègue ne pas avoir eu connaissance de la suspension du paiement des loyers par les occupants, dès le 1er janvier 2020, ne saurait sérieusement soutenir qu'elle ignorait que l'immeuble faisait l'objet d'un arrêté de péril grave et imminent impliquant son évacuation. Ainsi, dans les circonstances particulières de l'espèce, elle doit être regardée comme ayant eu connaissance, au plus tard le 7 janvier 2020, des circonstances que ses locataires avaient été évacués de l'immeuble en cause et qu'il lui incombait donc, en sa qualité de propriétaire, de prendre les mesures nécessaires à leur hébergement provisoire. Alors que la circonstance que la société Brothers and Co n'a pas été informée dès le 12 décembre 2019 de l'évacuation des occupants n'est pas de nature à faire obstacle à l'existence de l'obligation de relogement lui incombant à compter, non pas du 12 décembre 2019, mais du 7 janvier 2020, elle n'établit ni même n'allègue avoir entrepris la moindre démarche en vue d'assurer le relogement de ses locataires. Par suite, eu égard à sa défaillance, l'autorité territoriale était fondée à lui réclamer le remboursement des frais qu'elle a dû avancer, à compter de cette date, en se substituant à elle pour assurer le relogement des locataires.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des avis des sommes à payer en litige doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense. Par voie de conséquence, les conclusions à fin de décharge doivent également être rejetées.
Sur les frais liés à l'instance :
9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la ville de Marseille la somme que réclame la société requérante sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Brothers and Co est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Brothers and Co et à la ville de Marseille.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2024.
La magistrate désignée,
F. B
La greffière,
N. Faure
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière.
[AC1]On vise la CLImmédiate '
N°2106199
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026