mercredi 20 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2106224 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP AMIEL - SUSINI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 12 juillet 2021 et le 28 février 2023, M. D A, représenté par Me Susini, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 2 février 2021 par lequel la maire de la commune d'Aix-en-Provence a refusé de lui accorder le permis de construire sollicité ;
2°) d'annuler la décision implicite rejetant le recours gracieux formé le 2 avril 2021 à l'encontre de ce refus ;
3°) d'enjoindre à la maire d'Aix-en-Provence de procéder à la délivrance du permis de construire sollicité, dans le délai d'un mois à compter de la signification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de la commune d'Aix-en-Provence la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- faute pour la commune d'établir une délégation précise et exécutoire habilitant le signataire de l'arrêté attaqué, ce dernier est entaché d'incompétence ;
- le motif de refus tiré du non-respect des dispositions des articles A1 et A2 du PLU n'est pas fondé ;
- le motif de refus tiré de l'absence de réalisation des sondages liés à l'existence d'une canalisation du Canal de Provence n'est pas fondé ;
- le motif de refus tiré de la méconnaissance de l'article 3 alinéa 3-3 des dispositions particulières du PLU n'est pas fondé ;
- le motif de refus tiré du non-respect des dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme et de la prétendue nécessité d'une extension du réseau électrique n'est pas fondé.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 octobre 2021 la commune d'Aix-en-Provence, représentée par Me Fouilleul, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 24 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au
14 juin 2023 en application de l'article R. 613-1 du code de justice administrative.
Un mémoire, présenté pour la commune d'Aix-en-Provence a été enregistré le
14 juin 2023 mais n'a pas été communiqué en application du dernier alinéa de l'article R. 611-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Coppin, première conseillère,
- les conclusions de M. Peyrot, rapporteur public,
- les observations de Me Gramaglia, représentant le requérant et celles de Me Olmier, représentant la commune d'Aix-en-Provence.
Considérant ce qui suit :
1. Il ressort des pièces du dossier que M. A a déposé le 7 décembre 2020 un dossier de demande de permis de construire, tendant à la régularisation d'un bâtiment à usage d'habitation d'une surface de plancher de 238 m2, d'une annexe d'une emprise au sol d'environ 30,65 m2 et d'une piscine d'environ 40 m2, le tout construit sans autorisation, sur un terrain situé 455 chemin des Cipières en zone A du plan local d'urbanisme de la commune d'Aix-en-Provence. Par un arrêté daté du 2 février 2021, la maire d'Aix-en-Provence a refusé de lui délivrer le permis sollicité. M. A demande l'annulation de cet arrêté et de la décision implicite rejetant son recours gracieux.
Sur les conclusions en annulation :
2. Une décision rejetant une demande d'autorisation d'urbanisme pour plusieurs motifs ne peut être annulée par le juge de l'excès de pouvoir à raison de son illégalité interne, réserve faite du détournement de pouvoir, que si chacun des motifs qui pourraient suffire à la justifier sont entachés d'illégalité. En outre, en application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, le tribunal administratif saisi doit, lorsqu'il annule une telle décision de refus, se prononcer sur l'ensemble des moyens de la demande qu'il estime susceptibles de fonder cette annulation, qu'ils portent d'ailleurs sur la légalité externe ou sur la légalité interne de la décision. En revanche, lorsqu'il juge que l'un ou certains seulement des motifs de la décision de refus en litige sont de nature à la justifier légalement, le tribunal administratif peut rejeter la demande tendant à son annulation sans être tenu de se prononcer sur les moyens de cette demande qui ne se rapportent pas à la légalité de ces motifs de refus.
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire () est : a) le maire, au nom de la commune, dans les communes qui sont dotées du plan local d'urbanisme () ". Aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints () ".
4. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 2131-1 du code général des collectivités territoriales, dans sa version applicable à la date de la décision attaquée, " Les actes pris par les autorités communales sont exécutoires de plein droit dès qu'il a été procédé à leur publication ou affichage ou à leur notification aux intéressés ainsi qu'à leur transmission au représentant de l'Etat dans le département ou à son délégué dans l'arrondissement. () / Cette transmission peut s'effectuer par voie électronique, selon des modalités fixées par décret en Conseil d'Etat. () / Le maire peut certifier, sous sa responsabilité, le caractère exécutoire de ces actes. / La preuve de la réception des actes par le représentant de l'Etat dans le département ou son délégué dans l'arrondissement peut être apportée par tout moyen. L'accusé de réception, qui est immédiatement délivré, peut être utilisé à cet effet mais n'est pas une condition du caractère exécutoire des actes. / La publication ou l'affichage des actes mentionnés au premier alinéa sont assurés sous forme papier () ".
5. Il ressort des pièces du dossier que le signataire de la décision attaquée,
M. C B, adjoint délégué à l'urbanisme et à l'aménagement du territoire, a été habilité, par arrêté de la maire d'Aix-en-Provence n° A-2020-1247 du 29 juillet 2020, à signer les actes relatifs à l'instruction et la délivrance des autorisations d'urbanisme et d'utilisation des sols, parmi lesquelles les permis de construire. Cet arrêté a fait l'objet d'une transmission en préfecture le 29 juillet 2020 et d'un affichage dès le lendemain jusqu'au 29 août 2020. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur doit être écarté.
6. En second lieu, aux termes de l'article A-1 du règlement du règlement du plan local d'urbanisme de la commune " Sont interdites les occupations et utilisations du sol non conformes à la vocation de la zone et autres que celles autorisées à l'article A-2 telles que : () / 3. Les constructions nouvelles à destination d'habitation non nécessaires à une exploitation agricole ; () ". Aux termes de l'article A-2 du même règlement, sont autorisées " () / 3-1. Les constructions à destination d'habitation et leur extension à condition qu'elles soient nécessaires à l'exploitation agricole, qu'elles ne dépassent pas 250 m² de surface de plancher et qu'elles soient implantées sous forme de regroupement avec les bâtiments d'exploitation () ".
7. Pour rejeter la demande de permis de construire de M. A, la maire d'Aix-en-Provence a notamment considéré que le projet de régularisation de la villa, de la piscine et du pool-house n'était pas nécessaire à l'exploitation agricole et par suite contraire aux dispositions applicables en zone agricole du règlement du plan local d'urbanisme.
8. Pour vérifier que la construction ou l'installation projetée est nécessaire à l'exploitation agricole, l'autorité administrative compétente doit s'assurer au préalable, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de la réalité de l'exploitation agricole, laquelle est caractérisée par l'exercice effectif d'une activité agricole d'une consistance suffisante. Par ailleurs, ce lien de nécessité, qui doit faire l'objet d'un examen au cas par cas, s'apprécie entre, d'une part, la nature et le fonctionnement des activités de l'exploitation agricole et, d'autre part, la destination de la construction ou de l'installation projetée.
9. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. A apporte à l'appui de sa demande, notamment, la décision tacite d'autorisation d'exploiter qui lui a été délivrée par la direction départementale des territoires et de la mer des Bouches-du-Rhône à la suite du dépôt de son dossier le 27 juin 2019, la preuve de son affiliation à la Mutualité Sociale Agricole Provence Azur depuis le 28 octobre 2019 ainsi que le certificat d'inscription de son activité au répertoire des entreprises et des établissements au 28 octobre 2019. Toutefois, ces seuls documents, au demeurant postérieurs aux procès-verbaux dressés par les agents des services de la commune d'Aix-en-Provence, ne sont pas de nature à établir la consistance ni même la réalité économique et financière de l'activité agricole alléguée par l'intéressé. En outre, si le requérant soutient que son exploitation tend à se développer, il n'apporte à l'appui de ses allégations qu'un simple devis portant sur l'acquisition de quatre-vingts plants certifiés truffiers sans apporter la preuve de leur acquisition et de leur plantation. D'autre part, et à supposer même que cette activité agricole soit établie, le requérant ne justifie pas que les constructions dont la régularisation est sollicitée seraient nécessaires à son exercice. S'il n'est pas contesté que l'activité truffière nécessite une attention particulière quant au ramassage des truffes à des instants précis de leur croissance et une surveillance spécifique contre les vols et les ravages des animaux nuisibles, une telle circonstance n'est pas de nature à justifier une présence permanente de l'intéressé au sein de l'exploitation, eu égard au nombre de chênes truffiers et à la surface de l'exploitation déclarée, qui a été jugée, au demeurant, anecdotique par le Conseil pour l'Habitat Agricole en Méditerranée Provence qui a rendu le 28 janvier 2021 un avis défavorable à la régularisation demandée au motif que le projet n'avait aucun lien avec une activité agricole. Il résulte de tout ce qui précède que la maire d'Aix-en-Provence a pu, sans erreur d'appréciation, considérer que les constructions n'étant pas nécessaires à l'exploitation agricole de M. A, elles ne sont pas au nombre de celles qui peuvent être autorisées en zone agricole, eu égard aux conditions auxquelles les dispositions précitées du règlement du plan local d'urbanisme de la commune d'Aix-en-Provence subordonnent l'utilisation des sols dans cette zone.
10. Le motif tiré de la méconnaissance des dispositions de l'articles A-1 alinéa 1 du règlement du plan local d'urbanisme étant, à lui seul, de nature à justifier légalement le refus de permis de construire, l'éventuelle illégalité des autres motifs de refus de l'autorisation d'urbanisme ne serait pas de nature à entacher d'illégalité la décision attaquée dès lors qu'il résulte de l'instruction que la maire d'Aix-en-Provence aurait pris la même décision si elle n'avait retenu que le motif dont la légalité est confirmée aux points 6 à 9 du présent jugement.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la décision contestée, n'appelle aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. A ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune d'Aix-en-Provence, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du requérant la somme de 2 000 euros demandée par la commune d'Aix-en-Provence au titre de ces mêmes dispositions.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : M. A versera à la commune d'Aix-en-Provence une somme de
2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et à la commune d'Aix-en-Provence.
Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Trottier, président,
- Mme Coppin, première conseillère,
- Mme Arniaud, première conseillère,
assistés de M. Brémond, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 novembre 2024.
La rapporteure,
signé
C. CoppinLe président,
signé
T. Trottier
Le greffier,
signé
A. Brémond
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier,
No 2106224
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026