jeudi 22 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Marseille |
| Section | Tribunal Administratif de Marseille |
| N° Dossier | TA13-2106450 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | MARCHI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 16 juillet 2021 et le 31 mars 2023, la société civile immobilière le Grizzly, représentée par Me Marchesini, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 mars 2021 par lequel le préfet des Hautes-Alpes a pris acte de la déclaration déposée en application de l'article L. 214-3 du code de l'environnement consécutive au projet de création d'une résidence de tourisme sur le territoire de la commune de Vars, quartier du Pissail, sous réserve du respect de prescriptions spécifiques ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de l'arrêté attaqué ;
- l'arrêté contesté méconnait les articles L. 214-1 et suivants du code de l'environnement et l'article R. 214-1 du même code ; le projet devait faire l'objet d'une autorisation et non d'une simple déclaration dès lors que la surface totale du projet augmentée de la surface d'écoulement des eaux de pluie interceptées par le projet est supérieure à vingt hectares, que les installations projetées ont un impact sur plus de cent mètres du cours d'eau, et que les ouvrages de consolidation des berges, de stabilisation du lit et le pont de franchissement constituent des obstacles à l'écoulement des crues.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 mai 2022, la société par actions simplifiée Vars immobilier développement, représentée par Me Marchi, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la société civile immobilière le Grizzly au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la requête est irrecevable, faute pour la requérante de faire état d'inconvénients ou de dangers que représenterait le projet en cause, et d'avoir un intérêt pour agir ;
- les moyens invoqués dans la requête ne sont pas fondés.
Par des mémoires en défense enregistrés le 14 novembre 2022 et le 14 avril 2023, le préfet des Hautes-Alpes conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable, faute pour la requérante de justifier de sa qualité et de son intérêt pour agir ;
- les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Niquet,
- les conclusions de Mme Beyrend, rapporteure publique,
- et les observations de Me Gonzalez Lopez pour la SCI Le Grizzly, ainsi que celles de Me Marchi pour la société Vars immobilier développement.
Considérant ce qui suit :
1. Propriétaire d'un chalet, allée Journod Monique " Les Claux ", parcelle cadastrée section AB n° 4 sur le territoire de la commune de Vars, la SCI le Grizzly demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 15 mars 2021 par lequel le préfet des Hautes-Alpes a pris acte de la déclaration déposée en application de l'article L. 214-3 du code de l'environnement consécutive au projet de création d'une résidence de tourisme sur le territoire de la commune de Vars, quartier du Pissail, sous réserve du respect de prescriptions spécifiques.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 44 du décret du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'Etat dans les régions et départements : " I. - Les chefs des services déconcentrés des administrations civiles de l'Etat dans le département, () peuvent donner délégation pour signer les actes relatifs aux affaires pour lesquelles ils ont eux-mêmes reçu délégation aux agents placés sous leur autorité. Le préfet de département peut () fixer, par arrêté, la liste des compétences qu'il souhaite exclure de la délégation que peuvent consentir les chefs de service () aux agents placés sous leur autorité () ".
3. L'arrêté en litige a été signé par M. A B, chef du service " eau environnement forêt " à qui le directeur départemental des territoires a régulièrement délégué sa signature, par arrêté du 23 octobre 2020, en application et au visa du décret du 29 avril 2004 précité, aux fins notamment de signer les actes prévus au paragraphe III de l'arrêté du 25 février 2020 par lequel il a lui-même reçu délégation du préfet des Hautes-Alpes aux fins de signer notamment les " déclarations au titre des articles L. 214-3 et suivants du code de l'environnement (loi sur l'eau) ". Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte en litige doit être écarté.
4. Aux termes de l'article L. 214-3 du code de l'environnement : " I.- Sont soumis à autorisation de l'autorité administrative les installations, ouvrages, travaux et activités susceptibles de présenter des dangers pour la santé et la sécurité publique, de nuire au libre écoulement des eaux, de réduire la ressource en eau, d'accroître notablement le risque d'inondation, de porter gravement atteinte à la qualité ou à la diversité du milieu aquatique, notamment aux peuplements piscicoles. () / II.- Sont soumis à déclaration les installations, ouvrages, travaux et activités qui, n'étant pas susceptibles de présenter de tels dangers, doivent néanmoins respecter les prescriptions édictées en application des articles L. 211-2 et L. 211-3 () ". Et aux termes de l'article R. 214-1 du code de l'environnement : " La nomenclature des installations, ouvrages, travaux et activités soumis à autorisation ou à déclaration en application des articles L. 214-1 à L. 214-6 figure au tableau annexé au présent article () ".
5. En premier lieu, la rubrique 2.1.5.0 prévoit, s'agissant du rejet d'eaux pluviales dans les eaux douces superficielles ou sur le sol ou dans le sous-sol, que dès lors que la surface totale du projet, augmentée de la surface correspondant à la partie du bassin naturel dont les écoulements sont interceptés par le projet, est supérieure ou égale à vingt hectares, le projet est soumis à autorisation, et sur cette surface totale est supérieure à un hectare mais inférieure à vingt hectares, le projet est soumis à déclaration.
6. Si la SCI requérante soutient que le calcul des 12,20 hectares de surface du projet augmentée de son bassin versant est inexact et en particulier que les limites Est et Sud du bassin versant tel qu'il a été défini par l'étude hydraulique réalisée en juillet 2016 ne correspondent pas à la réalité, elle ne l'établit pas par ses seules déclarations alors que cette étude précise que le bassin versant a été défini " à partir des données IGN au pas de 25 m ainsi qu'à partir de constatations visuelles lors de la visite de terrain ". Le bureau d'étude précise en outre que " la dépression (située à l'amont direct du bassin versant) et le vallonprésents à proximité interceptent les eaux provenant de la partie sommitale du secteur vers un bassin connexe ", ce qui a pour effet d'exclure du bassin versant déterminé pour l'application de la rubrique 2.1.5.0 les eaux provenant de surfaces plus élevées, particulièrement sur sa limite Est, en amont. S'agissant de la limite Sud du bassin versant, il ne résulte pas davantage de l'instruction qu'elle aurait dû être élargie, alors en particulier que les linéaires et sens d'écoulement ont été spécifiquement étudiés par le bureau d'étude. Par suite, alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que le projet drainerait une surface supérieure à vingt hectares, la branche du moyen doit être écartée.
7. En deuxième lieu, la rubrique 3.1.2.0 prévoit que les " installations, ouvrages, travaux ou activités conduisant à modifier le profil en long ou le profil en travers du lit mineur d'un cours d'eau () ou conduisant à la dérivation d'un cours d'eau " sur une longueur de cours d'eau supérieure ou égale à cent mètres sont soumis à autorisation, et sur une longueur de cours d'eau inférieure à cent mètres, à déclaration. Cette rubrique précise également que " le lit mineur d'un cours d'eau est l'espace recouvert par les eaux coulant à pleins bords avant débordement ".
8. La requérante expose que " la simple lecture des plans permet de démontrer que la longueur du cours d'eau impactée par les installations entre le seuil aval et le seuil amont est bien supérieure à cent mètres ". Il résulte ne toutefois ni de l'instruction ni de ces seules allégations, que le profil en long ou le profil en travers du torrent du Chagne soit modifié sur une longueur supérieure ou égale à cent mètres, alors notamment que les trois ouvrages constitués par le seuil de stabilisation aval, le seuil de stabilisation amont et le radier du pont prévu pour franchir le torrent et rejoindre l'immeuble projeté ont été respectivement pris en considération pour la détermination du linéaire modifié, à hauteur de quinze mètres pour chacun des seuils et neuf mètres pour le radier du pont. Par suite, et alors qu'il n'est pas établi que le projet ait un impact sur les profils en long ou en travers du torrent au-delà de ce qui a été pris en compte par le préfet dans la décision en litige, et alors que les travaux envisagés n'ont pas pour objet de modifier le lit mineur du torrent, ni d'éviter les débordements, cette branche du moyen doit être écartée.
9. En troisième lieu, en vertu de la rubrique 3.1.1.0 de la nomenclature des installations, ouvrages, travaux et activités, le projet est soumis à autorisation si les installations, ouvrages, remblais et épis, dans le lit mineur d'un cours d'eau, constituent un obstacle à l'écoulement des crues.
10. Pour contester le régime de la déclaration appliqué au projet en cause, la SCI requérante soutient que le projet relève de la rubrique 3.1.1.0 dès lors que les seuils de stabilisation et le pont de franchissement du torrent du Chagne sont " susceptibles " de constituer des obstacles à l'écoulement des crues. Toutefois, il résulte de l'instruction, et en particulier des termes de l'avant-projet de seuils de stabilisation du Chagne au droit du projet de résidence de tourisme " Le Pissail " établie en septembre 2017, qui ne sont pas utilement contestés par la requérante, que le pont est suffisamment dimensionné pour que " même dans le cas d'un phénomène de transport solide particulièrement intense assimilable à un épisode plus que centennal (120 000 m3 d'apport), (il conserve) sa capacité de transit de la crue de projet sans risque d'obstruction par des embâcles ". Par ailleurs, il n'est pas contesté que les seuils de stabilisation, qui ne constituent pas des barrages ou des épis, ne constituent pas des obstacles à l'écoulement des crues, en particulier compte tenu des modalités de leur conception. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que le projet en cause aurait dû être soumis à autorisation en application de la rubrique 3.1.1.0 de la nomenclature des installations, ouvrages, travaux et activités.
11. Par suite, le moyen tiré de ce que le projet en cause aurait dû être soumis à autorisation et non à déclaration doit être écarté dans ses trois branches.
12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les fins de non-recevoir opposées par la société Vars immobilier développement et le préfet des Hautes-Alpes, que la société civile immobilière Le Grizzly n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 15 mars 2021 par lequel le préfet des Hautes-Alpes a accepté la déclaration réalisée en application de l'article L. 214-3 du code de l'environnement consécutives au projet de création d'une résidence de tourisme sur le territoire de la commune de Vars, quartier du Pissail et a fixé des prescriptions spécifiques.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions de la requérante tendant à leur application et dirigées contre l'Etat, qui n'est pas partie perdante. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de faire application de ces mêmes dispositions et de mettre à la charge de la SCI Le Grizzly le versement à la société Vars Immobilier développement d'une somme de 1 000 euros au titre des frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société civile immobilière Le Grizzly est rejetée.
Article 2 : La société civile immobilière Le Grizzly versera à la société par actions simplifiée Vars immobilier développement la somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière Le Grizzly, à la société par actions simplifiée Vars immobilier développement, au préfet des Hautes-Alpes et ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Délibéré après l'audience du 7 juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Laso, président,
Mme Niquet, première conseillère,
Mme Ollivaux, première conseillère,
Assistés de M. Giraud, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juin 2023.
La rapporteure,
Signé
A. Niquet
Le président,
Signé
J-M. Laso
Le greffier,
Signé
P. Giraud
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026