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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2106475

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2106475

mardi 8 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2106475
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCUZIN-TOURHAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 juillet 2021, M. B C, représenté par Me Cuzin-Tourham, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 21 juin 2021 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé d'abroger l'arrêté du 28 mai 2018 prononçant son expulsion du territoire français et fixant le pays de destination de cette mesure ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation de la menace grave à l'ordre public qu'il représenterait ;

- elle est disproportionnée au regard de son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 avril 2022, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Un mémoire enregistré le 21 septembre 2022, présenté par M. C, n'a pas été communiqué.

Par une ordonnance du 7 septembre 2022, la clôture d'instruction a été prononcée le 22 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D ;

- les conclusions de M. Grimmaud, rapporteur public ;

- les observations de Me Cuzin-Tourham, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant tunisien, déclare être entré en France en 2011. Il a obtenu, le 28 décembre 2016, un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, valable jusqu'au 27 décembre 2017. A la suite d'une condamnation à une peine de trois ans de prison dont six mois avec sursis prononcée à son encontre le 1er décembre 2017 par le tribunal correctionnel de Marseille, le préfet des Bouches-du-Rhône a, par un arrêté du 28 mai 2018, prononcé son expulsion du territoire français, laquelle a eu lieu vers la Tunisie le 5 août 2019. Le 19 avril 2021, M. C a sollicité l'abrogation de l'arrêté d'expulsion du 28 mai 2018. Par une décision du 21 juin 2021, dont M. C demande l'annulation, le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé d'abroger cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 631-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut décider d'expulser un étranger lorsque sa présence en France constitue une menace grave pour l'ordre public, sous réserve des conditions propres aux étrangers mentionnés aux articles L. 631-2 et L. 631-3. ". Aux termes de l'article L. 632-5 de ce code : " Il ne peut être fait droit à une demande d'abrogation d'une décision d'expulsion présentée plus de deux mois après la notification de cette décision que si le ressortissant étranger réside hors de France. () ". Aux termes de l'article L. 632-6 : " Sans préjudice des dispositions des articles L. 632-3 et L. 632-4, les motifs de la décision d'expulsion donnent lieu à un réexamen tous les cinq ans à compter de sa date d'édiction. L'autorité compétente tient compte de l'évolution de la menace pour l'ordre public que constitue la présence de l'intéressé en France, des changements intervenus dans sa situation personnelle et familiale et des garanties de réinsertion professionnelle ou sociale qu'il présente, en vue de prononcer éventuellement l'abrogation de cette décision. L'étranger peut présenter des observations écrites. / A défaut de notification à l'intéressé d'une décision explicite d'abrogation dans un délai de deux mois, ce réexamen est réputé avoir conduit à une décision implicite de ne pas abroger. Cette décision est susceptible de recours. Le réexamen ne donne pas lieu à consultation de la commission mentionnée à l'article L. 632-1. ".

3. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, lorsqu'il est saisi d'un moyen en ce sens à l'appui d'un recours dirigé contre le refus d'abroger une mesure d'expulsion, de rechercher si les faits sur lesquels l'autorité administrative s'est fondée pour estimer que la présence en France de l'intéressé constituaient toujours, à la date à laquelle elle s'est prononcée, une menace pour l'ordre public sont de nature, eu égard aux changements intervenus dans sa situation personnelle et familiale et aux garanties de réinsertion qu'il présente, à justifier légalement que la mesure d'expulsion ne soit pas abrogée.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. C a été condamné à une peine d'emprisonnement de trois ans, dont deux ans et demi de prison ferme, pour des faits de violences répétées commis sur la mère de ses deux enfants le 1er juin 2017, puis du 9 septembre au 24 octobre 2017. Il ressort également des pièces du dossier que ces faits ont été commis en présence des enfants, l'aîné étant alors âgé de deux ans seulement. Si M. C a débuté une relation amoureuse depuis novembre 2019 via les réseaux sociaux avec une ressortissante française, avec laquelle il a eu une fille, née en France en janvier 2021, il est toutefois constant qu'il ne partage pas de vie commune avec cette dernière du fait de son expulsion, alors qu'il ressort des pièces du dossier que Mme A ne s'est rendue en Tunisie que pour deux courts séjours de quelques semaines depuis leur rencontre. Par ailleurs l'intéressé ne justifie d'aucune insertion professionnelle particulière en Tunisie, ni ne présente aucune garantie de réinsertion en France. Dans ces conditions, compte tenu de la gravité des agissements commis par M. C et de leur caractère récent à la date de la demande d'abrogation de l'arrêté d'expulsion, et en débit de son absence de récidive, le préfet des Bouches-du-Rhône n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que sa présence sur le sol français constituait toujours une menace grave pour l'ordre public.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. /2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. C entretient une relation à distance avec une ressortissante française et est père de trois enfants français mineurs. Le requérant produit de nombreux échanges avec sa compagne, via les réseaux sociaux, pour démontrer qu'il entretient une relation stable avec cette dernière depuis novembre 2019. Toutefois de tels éléments ne sont pas propres à justifier de la réalité et de l'intensité de sa vie familiale avec cette dernière compte tenu de ce qui a été dit au point 4. Par ailleurs, l'intéressé n'a pas vu ses deux premiers enfants depuis 2017, dès lors que son droit de visite dans le cadre de parloirs à la maison d'arrêt a été rejeté par le juge aux affaires familiales par jugement du 17 septembre 2018, ce dernier ayant estimé il n'était pas dans l'intérêt des enfants de rencontrer leur père, notamment en raison du traumatisme que les violences commises par M. C en juin 2017 ont causé chez son fils. Il n'est pas contesté que l'intéressé n'a jamais vu sa dernière fille, encore très jeune. En l'absence de justification de revenus, M. C ne démontre pas davantage contribuer à l'éducation et l'entretien de ces trois enfants. Dans ces conditions, compte tenu de la menace qu'il continue à représenter pour l'ordre public, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige méconnaitrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, pour le même motif, serait disproportionnée au regard des conséquences sur sa situation personnelle.

7. Enfin, aux termes de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

8. Ainsi qu'il a été dit au point 6, l'intéressé ne démontre pas la réalité et l'intensité des liens qu'il entretiendrait avec ses enfants. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet des Bouches-du-Rhône aurait méconnu les stipulations précitées.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation présentées par M. C doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 25 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Gonneau, président,

Mme Simeray, première conseillère,

Mme Devictor, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 novembre 2022.

La rapporteure,

Signé

C. DLe président,

Signé

P-Y. Gonneau

La greffière,

Signé

A. Martinez

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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