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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2106534

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2106534

mardi 28 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2106534
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation10e Ch Magistrat statuant seul
Avocat requérantBARAZER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 juillet 2021, et des mémoires enregistrés les 22 septembre 2021, 4 avril 2022, 10 août 2022 et 22 avril 2024, M. A B, représenté par Me Marine Nicolas, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, d'annuler la décision du 27 mai 2021, prise sur recours administratif préalable obligatoire, par laquelle la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône a confirmé à son encontre un indu d'allocation de logement sociale d'un montant de 2 167 euros constitué sur la période de février 2020 à décembre 2020 ;

2°) à titre subsidiaire, de ramener le montant de l'indu restant à la somme de 1 838,81 euros et de lui accorder un échelonnement de paiement sur une durée de 24 mois ;

3°) de lui accorder une remise totale de sa dette ;

4°) de lui allouer la somme de 12 900 euros ou, à tout le moins, la somme de 10 733 euros au titre de l'aide au logement non perçue depuis le mois de janvier 2021 ;

5°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision n'est pas motivée ;

- les dispositions de l'article R. 822-14 et de l'article R. 822-15 ne lui sont pas applicables ;

- la caisse d'allocations familiales a commis une erreur de qualification juridique des faits ainsi qu'une erreur de droit ;

- l'indu résulte du retard de la caisse d'allocations familiales dans l'actualisation de sa situation ;

- en dépit d'un recours au fond et en référé, la caisse d'allocations familiales a effectué des retenues sur la pension d'invalidité de sa femme et a émis à son encontre une mise en demeure de payer ;

-la caisse d'allocations familiales a procédé à une suspension arbitraire de ses droits à l'aide au logement ;

-son épouse et lui sont de bonne foi ;

-sa situation précaire ne lui permet pas de rembourser sa dette ;

-il connaît d'importants problèmes de santé qui occasionnent des frais.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 juillet 2022, la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu'aucun moyen n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

-le code des relations entre le public et l'administration ;

-le code de la sécurité sociale ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Pecchioli, vice-président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

-le rapport de M. Pecchioli, président-rapporteur, et la notification à l'audience en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, d'une part, du moyen d'ordre public tiré de la substitution de l'article R. 822-14 du code de la construction et de l'habitation, sur laquelle s'est fondée la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône pour édicter la décision du 27 mai 2021 confirmant à l'encontre du requérant un indu d'allocation de logement sociale d'un montant de 2 167 euros constitué sur la période de février 2020 à décembre 2020, par les dispositions de l'article R. 822-13 du code de la construction et de l'habitation dès lors qu'il résulte de l'instruction que M. B était bénéficiaire au cours de la période considérée d'une pension d'invalidité catégorie 2 et que cette substitution de base légale, qui a été soumise au débat contradictoire, n'a pas pour effet de priver l'intéressé de garanties de procédure qui lui sont offertes par la loi et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une et l'autre des deux dispositions en cause ; d'autre part, que le tribunal est susceptible de soulever d'office le moyen d'ordre public tiré de l'irrecevabilité de la demande subsidiaire de la requérante tendant à l'octroi d'un échelonnement de sa dette, qu'il n'appartient pas au juge administratif de lui accorder ;

-les observations orales de Me Nicolas qui indique se désister de ses conclusions présentées à titre subsidiaire tendant à ce qu'il soit accordé à M. B un échelonnement de paiement sur une durée de 24 mois.

Le Président a prononcé le report de la clôture de l'instruction au jeudi 16 mai 2024 à 18 heures, notamment pour pouvoir répondre au moyen d'ordre public tiré de de la substitution de base légale.

Considérant ce qui suit :

1. M. B était bénéficiaire de l'allocation de logement sociale dans le département des Bouches-du-Rhône. Par une décision du 27 mai 2021, prise sur recours administratif préalable obligatoire, la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône a confirmé à son encontre un indu d'allocation de logement sociale d'un montant de 2 167 euros constitué sur la période de février 2020 à décembre 2020. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur le bien-fondé de l'indu :

2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 3° () imposent des sujétions / (). ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. En l'espèce, la décision attaquée du 27 mai 2021 fait mention des dispositions de l'article R. 822-14 et R.822-15 du code de la construction et de l'habitation dont il a été fait application pour l'établissement de l'indu d'allocation de logement social. Elle indique également les éléments de fait tirés notamment du changement de la situation de M. B bénéficiant à compter du 28 janvier 2020 d'une pension d'invalidité de catégorie 2 et passant en situation de chômage non-indemnisée. La décision comporte ainsi les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. Aux termes de l'article L. 821-1 du code de la construction et de l'habitation : " Les aides personnelles au logement ainsi que les primes accordées aux bénéficiaires de ces aides afin qu'ils déménagent pour s'assurer des conditions de logement plus adaptées sont régies par le présent livre. Les aides personnelles au logement comprennent : () 2° Les allocations de logement : () b) L'allocation de logement sociale. ". Aux termes de l'article R. 822-2 du même code : " Les ressources prises en compte pour le calcul de l'aide personnelle au logement sont celles perçues par le bénéficiaire, son conjoint et les personnes vivant habituellement au foyer. " Aux termes de l'article R. 822-3 de ce même code dans sa version alors applicable au litige : " Sous réserve des cas où ces ressources sont évaluées forfaitairement, les ressources prises en compte pour l'établissement de l'aide personnelle au logement sont celles perçues pendant l'année civile de référence. L'année civile de référence est l'avant-dernière année précédant la période de paiement. " Aux termes de l'article R. 822-4 dudit code alors applicable : " I.-Les ressources prises en compte s'entendent du total des revenus nets catégoriels retenus pour l'établissement de l'impôt sur le revenu selon le barème progressif, des revenus taxés à un taux proportionnel ou soumis à un prélèvement libératoire de l'impôt sur le revenu ainsi que des revenus perçus hors de France ou versés par une organisation internationale. () ". Aux termes de l'article R. 822-13 de ce même code alors en vigueur : " Lorsque le bénéficiaire ou son conjoint apporte la preuve de la cessation de son activité professionnelle au début ou au cours de la période de paiement et de son admission au bénéfice d'une pension de retraite ou d'invalidité ou d'une rente d'accident de travail ou de l'allocation aux adultes handicapés, les ressources déterminées dans les conditions prévues aux articles R. 822-2 à R. 822-6 et perçues par l'intéressé au cours de l'année civile de référence sont affectées d'un abattement égal à 30 % des revenus d'activité professionnelle et des indemnités de chômage. ".

5. Pour mettre à la charge de M. B un indu d'allocation de logement sociale, la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône a considéré qu'il ne se trouvait plus en situation de chômage non-indemnisé à compter du 28 janvier 2020 et qu'il bénéficie à partir de cette date d'une pension d'invalidité de catégorie 2, entrainant l'application d'un abattement de 30% de ses revenus en lieu et place de la neutralisation qui leurs étaient appliquée jusqu'alors. Il résulte de l'instruction qu'en date du 9 janvier 2020, l'intéressé a déclaré à la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône être en situation de chômage depuis le 1er janvier 2020, que depuis le 6 juillet 2018 M. B était bénéficiaire d'une pension d'invalidité de catégorie 1 d'un montant brut mensuel de 486,65 euros et qu'à compter du 28 janvier 2020 il bénéficie d'une pension d'invalidité de catégorie 2 d'un montant brut mensuel de 813,51 euros. Ainsi, conformément aux dispositions précitées de l'article R. 822-13 du code de la construction et de l'habitation dans sa version applicable au litige, M. B se trouvait à compter du 28 janvier 2020 et sur l'ensemble de la période considérée, en cessation d'activité professionnelle et bénéficiait du pension d'invalidité de catégorie 2 et qu'en conséquence, les ressources perçues par son foyer au cours de l'année civile de référence, en l'espèce au cours de l'année 2018, étaient soumis à un abattement de 30% pour le calcul de ses droits à l'allocation de logement sociale. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que les dispositions de l'article R. 822-14 du code de la construction et de l'habitation ne lui sont pas applicables et que la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône a commis une erreur de droit.

6. Eu égard à ce qui a été dit précédemment, il y a lieu, dans le présent litige, de substituer, au fondement erroné de l'article R. 822-14 du code de la construction et de l'habitation alors en vigueur, les dispositions de l'article R. 814-13 du même code dans sa version applicable au litige, dès lors que cette substitution de base légale n'a pas pour effet de priver M. B des garanties qui lui sont reconnues par la loi et que la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône dispose du même pouvoir d'appréciation que pour l'article R. 822-14.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par la requête de M. B doivent être rejetées.

Sur les retenues effectuées :

8. En outre, le requérant fait valoir, qu'en dépit de l'introduction d'un recours contentieux au fond et d'un recours en référé, la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône procédé, par l'intermédiaire de la caisse primaire d'assurance maladie des Bouches-du-Rhône, a des retenues sur la pension d'invalidité de sa femme ainsi qu'à l'édiction d'une mise en demeure le 2 septembre 2021. Cependant, il ne résulte d'aucune disposition législative ou règlementaire que de tels recours auraient un effet suspensif et qu'ils feraient ainsi obstacle aux retenues sur prestations ou à l'édiction d'un acte de recouvrement. Ce moyen étant inopérant, il doit dès lors être écarté.

9. Ainsi, si M. B demande au tribunal à ce que le montant de sa dette soit ramener à la somme de 1 838,81 euros en raison des retenues déjà effectuées, ces conclusions doivent être rejetées dès lors qu'il n'appartient pas au juge administratif de déterminer le solde d'un indu suite à l'exercice par la caisse d'allocations familiales de retenues en vue du recouvrement dudit indu. Il appartient à M. B qui, s'il s'y croit fondé, de solliciter auprès de la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône le décompte exact des retenues effectuées pour le remboursement de sa créance et le solde de l'indu d'allocation de logement sociale restant à sa charge.

Sur la remise de dette :

10. Aux termes de l'article L. 825-3 du code de la construction et de l'habitation : " Le directeur de l'organisme payeur statue, dans des conditions fixées par voie réglementaire, sur : / () / 2° Les demandes de remise de dettes présentées à titre gracieux par les bénéficiaires des aides personnelles au logement. ". Aux termes de l'article L. 553-2 du code de la sécurité sociale : " () par dérogation aux dispositions des alinéas précédents, la créance de l'organisme peut être réduite ou remise en cas de précarité de la situation du débiteur, sauf en cas de manœuvre frauduleuse ou de fausses déclarations () ".

11. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant ou ne faisant que partiellement droit à une demande de remise gracieuse d'un indu de prime d'activité, de revenu de solidarité active ou d'aide personnelle au logement, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux de l'aide sociale d'examiner si une remise gracieuse totale ou partielle est justifiée et de se prononcer lui-même sur la demande en recherchant si, au regard des circonstances de fait dont il est justifié par l'une et l'autre parties à la date de sa propre décision, la situation de précarité du débiteur et sa bonne foi justifient que lui soit accordée une remise ou une réduction supplémentaire.

12. Il résulte de l'instruction que lors de son recours administratif préalable obligatoire formé le 27 janvier 2021, M. B a indiqué à la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône qu'eu égard à ses revenus et à sa ses charges mensuelles, il ne pouvait pas s'acquitter de sa dette. Dans cette circonstance, et contrairement à ce que soutient la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône, le requérant doit être regardé comme ayant également sollicité une remise gracieuse de sa dette.

13. Pour justifier de sa bonne foi, M. B indique que l'indu en cause résulte du retard de la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône dans l'actualisation de sa situation, à la suite de sa déclaration de changement de situation effectuée le 3 mars 2020 et qu'il connaît d'importants problèmes de santé qui occasionnent des frais. Toutefois, l'intéressé ne peut utilement invoquer de tels moyens dès lors que ceux-ci sont inopérants dans le cadre d'une demande de remise de dette. Ces moyens étant inopérants, il y a lieu de les écarter comme tels.

14. Enfin, si l'intéressé se prévaut de la précarité de sa situation, à supposer remplie la condition de bonne foi, il ne démontre toutefois pas par les éléments versés au dossier qu'il se trouverait dans une situation de précarité telle que cela justifierait que lui soit accordée une remise totale voire partielle de sa dette.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de remise de dette présentées par la requête de M. B doivent être rejetées.

16. Par voie de conséquence les conclusions tendant à l'allocation de la somme de 12 900 euros ou, à tout le moins, la somme de 10 733 euros au titre de l'aide au logement non perçue depuis le mois de janvier 2021 ne peuvent être que rejetées.

Sur les frais du litige :

17. Il n'y a pas lieu de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône qui n'est pas la partie perdante, une quelconque somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la caisse d'allocations familiales des Bouches-du-Rhône.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mai 2024.

Le magistrat désigné,

signé

J-L. PECCHIOLILa greffière,

signé

S. IBRAM

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

P/ La greffière en chef,

Le greffier,

N°2106534

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