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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2106556

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2106556

jeudi 14 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2106556
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSEMERIVA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires enregistrés les 21 juillet 2021, 13 janvier et 7 mai 2023, M. A C, représenté par Me Humbert-Siméone, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision de la métropole Aix-Marseille-Provence du 5 octobre 2020 portant modification de ses horaires de travail et de son secteur d'intervention ;

2°) d'annuler la décision implicite de la métropole rejetant sa demande du 17 mars 2021 tendant à l'abrogation de la décision du 5 octobre 2020 ;

3°) d'annuler la décision du 29 juin 2021 par laquelle directeur général adjoint en charge des ressources humaines de la métropole Aix-Marseille-Provence a rejeté sa demande de protection fonctionnelle du 17 mars 2021 ;

4°) d'enjoindre à la métropole de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle, et de le réaffecter sur son poste de nuit, sur la benne qu'il occupait avant la décision de mutation, sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé un délai de huit jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

5°) de mettre à la charge de la métropole la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- tant la décision du 5 octobre 2020 que celle du 29 juin 2021 sont entachées d'incompétence de leurs auteurs ;

- elles méconnaissent l'article 4 de la loi du 12 avril 2000 en l'absence des noms et qualités de leur auteur ;

- elles sont entachées d'un défaut de motivation ;

- la décision du 5 octobre 2020 méconnait les dispositions relatives à la procédure disciplinaire ;

- la décision du 5 octobre 2020 est entachée de détournement de pouvoir ;

- la décision de rejet de sa demande de protection fonctionnelle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation.

Par deux mémoires en défense enregistrés les 1er juillet 2022 et 6 avril 2023, la métropole Aix-Marseille-Provence, représentée par Me Semeriva, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 4 000 euros soit mise à la charge de M. C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la requête est irrecevable en tant qu'elle tend à l'annulation de l'acte du 5 octobre 2020 qui n'est pas un acte faisant grief ;

- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 7 avril 2023, la clôture de l'instruction a été fixée en dernier lieu au 9 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Hétier-Noël, rapporteure,

- les conclusions de Mme Sarac-Deleigne, rapporteure publique,

- les observations de Me Humbert-Siméone, représentant M. C et de Me Semeriva, représentant la métropole Aix-Marseille-Provence.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, fonctionnaire territorial titulaire du grade d'adjoint technique principal de 2ème classe, a été recruté par la métropole Aix-Marseille-Provence en qualité d'agent conducteur spécialisé et a été affecté à partir de février 2013 au service garages et encombrants en horaires de nuit. Par une décision du 4 novembre 2015, la présidente de la métropole l'a affecté au garage propreté du 10ème arrondissement de Marseille en horaires de jour. Saisi par M. C, le tribunal administratif de Marseille a annulé cette décision d'affectation par un jugement n° 1509196 du 20 février 2018 devenu définitif, pour vice de procédure. L'intéressé a été réaffecté sur son ancien poste à compter du 16 septembre 2016. Estimant qu'une nouvelle décision de mutation avait été prise à son égard le 5 octobre 2020, M. C a, par un courrier du 17 mars 2021 reçu le 22 mars suivant, demandé à la métropole Aix-Marseille-Provence d'abroger cette décision de mutation et de lui accorder la protection fonctionnelle. Par un courrier du 29 juin 2021 reçu le 30 juin 2021, la métropole Aix-Marseille-Provence a rejeté sa demande de protection fonctionnelle sans se prononcer sur la demande d'abrogation. M. C doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler la décision de mutation du 5 octobre 2020 ainsi que la décision implicite de rejet née du silence de la métropole Aix-Marseille-Provence sur sa demande d'abrogation de cette décision de mutation et la décision du 29 juin 2021 portant rejet de sa demande de protection fonctionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de changement d'affectation du 5 octobre 2020 :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment des bulletins paie de 2019 et 2020 produits qu'en changeant d'affectation pour un poste de travail de jour, M. C qui travaillait en horaires de nuit a perdu le bénéfice de l'indemnité liée au travail de nuit de l'ordre de 120 euros par mois qu'il percevait. Dès lors, en modifiant sensiblement ses conditions de rémunération, ce changement d'affectation ne constituait pas une simple mesure d'ordre intérieur ne présentant aucun caractère décisoire et insusceptible de recours contentieux mais une décision lui faisant grief.

3. En second lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci () ".

4. La décision de changement d'affectation de M. C qui se présente sous forme de tableau ne comporte ni le prénom, ni le nom, ni la qualité de son auteur mais uniquement des initiales. Dès lors, cette décision, dont les mentions ne permettent pas d'établir la compétence de son auteur et pour laquelle la métropole Aix-Marseille-Provence a au demeurant reconnu dans ses écritures que l'agent administratif dont les initiales apparaissait ne détenait aucune compétence pour décider d'une mesure d'affectation, méconnait les dispositions précitées de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée et du vice de forme entachant celle-ci en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration, doivent être accueillis.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens dirigés contre la décision du 5 octobre 2020, que M. C est fondé à demander l'annulation de celle-ci.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet de la demande d'abrogation de la décision du 5 octobre 2020 formée le 22 mars 2021 :

6. Compte tenu de l'illégalité de la décision du 5 octobre 2020 relative à son affectation pour les motifs indiqués aux points 2 à 4, M. C est fondé à demander l'annulation, par voie de conséquence, de la décision implicite par laquelle la présidente de la métropole a rejeté sa demande d'abrogation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de la présidente de la métropole du 29 juin 2021 portant rejet de la demande de protection fonctionnelle de M. C :

7. En premier lieu, la décision contestée mentionne en en-tête que son auteur et signataire, M. D B, est directeur général adjoint en charge des ressources humaines de la métropole. Par un arrêté n°21/485/CM du 26 avril 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n°2021/208 du 27 avril 2021, la présidente de la métropole Aix-Marseille-Provence lui a donné délégation à l'effet de signer, pour l'ensemble du personnel métropolitain, les décisons relatives à la protection fonctionnelle des agents. Par suite, les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée et de la méconnaissance des dispositions, précédemment citées au point 3, de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration doivent être écartés.

8. En deuxième lieu, le refus d'octroi de la protection fonctionnelle doit être regardé comme refusant un avantage dont l'attribution constitue un droit pour ses bénéficiaires au sens des dispositions du 6° de l'article L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration qui soumet cette décision a une obligation de motivation.

9. Il ressort des pièces du dossier que la demande de protection fonctionnelle de M. C du 17 mars 2021, formulée par son conseil, comportait elle-même le rappel des dispositions de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 sur lesquelles il fondait sa demande. Dans sa décision de rejet du 29 juin 2021, le directeur adjoint des ressources humaines de la métropole a indiqué les circonstances de fait et de droit à l'origine du refus de lui accorder la protection fonctionnelle, à savoir l'absence de situation de harcèlement par sa hiérarchie, tant en ce qui concerne le port de ses équipements professionnels que les conditions de sa mutation intervenue dans l'intérêt du service, sans qu'il ne puisse y avoir aucune ambigüité sur la base légale de cette décision de rejet. Par suite le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de celle-ci doit être écarté.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires , devenu l'article L. 134-1 du code général de la fonction publique : "() IV.-La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté ". Aux termes de l'article 6 quinquies de la même loi : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. () ".

11. Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral, lorsqu'il entend contester le refus opposé par l'administration dont il relève à une demande de protection fonctionnelle fondée sur de tels faits de harcèlement, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

12. Les faits de harcèlement moral allégués résulteraient, selon M. C, des conditions de reprise de son activité le 1er septembre 2020 après son arrêt de maladie. Il fait valoir qu'alors qu'il avait été autorisé par le médecin de travail à reprendre son activité avec une contre-indication pour le port de tenue vestimentaire contenant du cobalt compte tenu de ses allergies, son employeur lui a interdit de conduire la benne du 1er au 3 septembre 2020 au motif qu'il ne portait pas sa tenue professionnelle, et qu'il a été contraint de rester toute la nuit sur le banc au garage. Il fait état également de l'agacement manifesté par son supérieur hiérarchique le jour de sa reprise. Il ressort toutefois des pièces du dossier que ces mesures étaient justifiées par la volonté de l'employeur d'assurer la sécurité de l'agent en raison de ses allergies, pour qui il a fait réaliser des pantalons adaptés mis à sa disposition à compter du 14 octobre 2020, et par la nécessité d'assurer la continuité du service public alors que M. C avait été absent à de nombreuses reprises en 2019 et 2020. Par ailleurs, si le requérant a fait l'objet de deux convocations par sa hiérarchie pour un entretien sans que des motifs particuliers soient évoqués les 3 et 14 septembre 2020, auxquelles il a refusé de se rendre, , ces faits ne sont pas en eux-mêmes de nature à faire présumer des faits de harcèlement moral. S'il soutient également que des dates de prise de congés lui ont ensuite été imposées du 4 septembre au 27 septembre 2020, il ne l'établit nullement. De même, ces circonstances ainsi que celle qu'il aurait fait l'objet de reproches lors d'un entretien avec sa hiérarchie en janvier 2021, soit postérieurement à la décision de changement d'affectation, ne permettent pas d'établir une intention de la métropole de sanctionner M. C ni, par suite, l'existence d'une sanction déguisée révélée par une mesure de mutation qui n'aurait pas été prise dans l'intérêt du service. De plus, M. C ne fait état d'aucun fait précis à l'appui de ses allégations selon lesquelles il ferait l'objet de représailles en raison du jugement rendu le 20 février 2018 par le tribunal administratif de Marseille annulant un précédent changement d'affectation. Enfin, si les certificats médicaux produits par le requérant permettent d'attester des troubles anxio-dépressifs dont il souffre, ils n'établissent aucun lien de ceux-ci avec ses conditions de travail. Dans ces circonstances, M. C n'apporte aucun élément de fait de nature à faire présumer l'existence d'un harcèlement moral. Par suite, la métropole Aix-Marseille-Provence ayant pu légalement refuser de lui accorder, à ce titre, le bénéfice de la protection fonctionnelle, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation dont la décision attaquée serait entachée doivent être écartés.

13. Il résulte de ce qui précède, que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de la présidente de la métropole Aix-Marseille-Provence du 29 juin 2021 lui refusant le bénéfice de la protection fonctionnelle.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

14. Eu égard aux motifs d'annulation de la décision du 5 octobre 2020 et de la décision implicite de refus d'abrogation de celle-ci, indiqués précédemment aux points 4 et 6, le présent jugement n'implique pas nécessairement qu'il soit enjoint à la métropole Aix-Marseille-Provence, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'accorder à M. C le bénéfice de la protection fonctionnelle et de le réaffecter sur son poste de nuit, sur la benne qu'il occupait avant la décision de mutation, mais seulement d'enjoindre à la métropole Aix-Marseille-Provence, en vertu de l'article L. 911-2 du même code, de réexaminer la situation de M. C au regard de son affectation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sans qu'il y ait lieu d'assortir cette condamnation d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige

15. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la métropole Aix-Marseille-Provence la somme que M. C demande sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu non plus, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. C la somme demandée par la métropole Aix-Marseille-Provence au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la présidente de la métropole Aix-Marseille-Provence du 5 octobre 2020 portant affectation de M. C et la décision implicite de rejet de la demande de ce dernier du 17 mars 2021 tendant à l'abrogation de la décision du 5 octobre 2020 sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à la présidente de la métropole Aix-Marseille-Provence de procéder au réexamen de la situation de M. C au regard de son affectation dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et à la métropole Aix-Marseille-Provence.

Délibéré après l'audience du 29 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Hameline, présidente,

Mme Fabre, première conseillère,

Mme Hétier-Noël, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 décembre 2023.

La rapporteure,

signé

C. Hétier-Noël

La présidente,

signé

M-L. Hameline

La greffière,

signé

B. Marquet

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

.

No 2106556

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