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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2106618

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2106618

mercredi 20 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2106618
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL VALADOU-JOSSELIN & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un déféré et un mémoire en réplique, enregistrés le 23 juillet 2021 et le 9 février 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 18 février 2021 par lequel le maire de la commune de Berre-l'Etang a délivré un permis de construire à M. B C et Mme A C pour la construction d'une maison individuelle, comprenant un garage, sur la parcelle cadastrée BX n° 46p située dans le hameau de Mauran.

Il soutient que :

- le projet en litige, situé en zone peu ou pas urbanisée ;

- il méconnaît l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 2 décembre 2022 et le 4 avril 2023, la commune de Berre-l'Etang, représentée par Me Varnoux et Me Nadan, conclut au rejet du déféré et demande que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de l'Etat au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La procédure a été communiquée à M. et Mme C qui n'ont pas présenté d'observation.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ridings, rapporteure,

- et les conclusions de M. Peyrot, rapporteur public,

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 18 février 2021, le maire de la commune de Berre-l'Etang a délivré à M. et Mme C un permis de construire pour la réalisation d'une maison individuelle, comprenant un garage, sur la parcelle cadastrée BX n° 46p située dans le hameau de Mauran. Par une lettre du 23 avril 2021, le préfet des Bouches-du-Rhône a saisi le maire de la commune de Berre-l'Etang d'observations quant à la légalité du permis de construire en litige et a demandé son retrait. Par un courrier du 31 mai 2021, le maire de Berre- l'Etang a rejeté cette demande. Par la présente requête, le préfet des Bouches-du-Rhône demande l'annulation de l'arrêté du 18 février 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 562-1 du code de l'environnement : " I. L'Etat élabore et met en application des plans de prévention des risques naturels prévisibles tels que les inondations, les mouvements de terrain, les avalanches, les incendies de forêt, les séismes, les éruptions volcaniques, les tempêtes ou les cyclones. / II. - Ces plans ont pour objet, en tant que de besoin : 1° De délimiter les zones exposées aux risques, en tenant compte de la nature et de l'intensité du risque encouru, d'y interdire tout type de construction, d'ouvrage, d'aménagement ou d'exploitation agricole, forestière, artisanale, commerciale ou industrielle, notamment afin de ne pas aggraver le risque pour les vies humaines ou, dans le cas où des constructions, ouvrages, aménagements ou exploitations agricoles, forestières, artisanales, commerciales ou industrielles, pourraient y être autorisés, prescrire les conditions dans lesquelles ils doivent être réalisés, utilisés ou exploités ; / 2° De délimiter les zones qui ne sont pas directement exposées aux risques mais où des constructions, des ouvrages, des aménagements ou des exploitations agricoles, forestières, artisanales, commerciales ou industrielles pourraient aggraver des risques ou en provoquer de nouveaux et y prévoir des mesures d'interdiction ou des prescriptions telles que prévues au 1° ; / 3° De définir les mesures de prévention, de protection et de sauvegarde qui doivent être prises, dans les zones mentionnées au 1° et au 2°, par les collectivités publiques dans le cadre de leurs compétences, ainsi que celles qui peuvent incomber aux particuliers ; / 4° De définir, dans les zones mentionnées au 1° et au 2°, les mesures relatives à l'aménagement, l'utilisation ou l'exploitation des constructions, des ouvrages, des espaces mis en culture ou plantés existants à la date de l'approbation du plan qui doivent être prises par les propriétaires, exploitants ou utilisateurs () ". Aux termes de l'article L. 562-2 du même code : " Lorsqu'un projet de plan de prévention des risques naturels prévisibles contient certaines des dispositions mentionnées au 1° et au 2° du II de l'article L. 562-1 et que l'urgence le justifie, le préfet peut, après consultation des maires concernés, les rendre immédiatement opposables à toute personne publique ou privée par une décision rendue publique. Ces dispositions cessent d'être opposables si elles ne sont pas reprises dans le plan approuvé ".

3. Il ressort de ces dispositions et de celles des articles L. 562-3 et L. 562-4 du code de l'environnement que les plans de prévention des risques naturels prévisibles ont pour objet et pour effet de délimiter des zones exposées à des risques naturels à l'intérieur desquelles s'appliquent des contraintes d'urbanisme importantes s'imposant directement aux personnes publiques et aux personnes privées. Il résulte de ces caractéristiques que le règlement de ces plans comprend des prescriptions pouvant notamment fonder l'octroi ou le refus d'une autorisation d'occupation ou d'utilisation du sol.

4. Si le préfet des Bouches-du-Rhône se prévaut des dispositions des dispositions du plan de prévention des risques inondation (PPRi), approuvé le 23 mai 2022, soit postérieurement à la délivrance de l'acte en litige, qui classe en zone peu ou pas urbanisée la parcelle supportant le projet en litige, il ne ressort pas des pièces du dossier et il n'est pas même allégué que cette même autorité ait entendu faire une application anticipée des dispositions du document d'urbanisme évoqué, alors en cours de révision. Par suite, le préfet n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté contesté méconnaîtrait les dispositions contraignantes du PPRI applicables aux zones peu ou pas urbanisées.

5. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ".

6. Il ressort des pièces du dossier que la demande de permis de construire a été instruite au regard du plan de prévention des risques inondation (PPRi) approuvé le 15 juin 2001. Ce document, en cours de révision lors de la délivrance de l'acte attaqué, distinguait deux zones, une zone rouge recouvrant la partie du territoire communal soumise à un risque grave d'inondation et dans laquelle les constructions étaient interdites ou soumises à des conditions, ainsi qu'une zone bleue, dans laquelle les parcelles étaient soumises à un risque modéré d'inondation et les constructions étaient autorisées sous la réserve du respect de certaines prescriptions. Le reste du territoire non concerné par le risque inondation était, quant à lui, identifié en zone blanche dans laquelle les constructions étaient autorisées sans prescription particulière. En l'espèce, la parcelle assiette du projet, située en zone UD du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi), cadastrée BX n° 46p est intégralement classée en zone blanche. Si le préfet se prévaut du porter à connaissance du 25 août 2016, au demeurant sans valeur impérative, qui classe la parcelle du projet, dans sa majeure partie, en zone d'aléa inondation faible à modéré, et dans une infime partie en zone d'aléa inondation exceptionnel, il n'établit pas que le maire de la commune de Berre-l'Etang n'aurait pas pris en compte le risque d'inondation, alors qu'il ressort de l'article 2 de l'acte attaqué que le maire a soumis le projet aux prescriptions de la zone bleue, notamment à une surélévation par rapport au niveau du terrain naturel. En outre, et au surplus, le projet prend sa place dans un hameau qui, bien qu'actuellement classé en zone peu ou pas urbanisée, comporte un nombre important et une densité importante de constructions, quatre-vingts approximativement. Par suite, le préfet n'est pas fondé à soutenir que le projet en litige méconnaîtrait l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ni même qu'il serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par le préfet des Bouches-du-Rhône doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à la commune de Berre-l'Etang au titre l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête en déféré du préfet des Bouches-du-Rhône est rejetée.

Article 2 : L'Etat versera une somme de 1 500 euros à la commune de Berre-l'Etang au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Berre-l'Etang, à M. B C, Mme A C et au préfet des Bouches-du-Rhône.

Délibéré après l'audience du 15 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Hogedez, présidente,

Mme Arniaud, première conseillère,

Mme Ridings, conseillère,

Assistées de M. Brémond, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 novembre 2024.

La rapporteure,

signé

M. Ridings

La présidente,

signé

I. Hogedez

Le greffier,

signé

A. Brémond

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

Le greffier.

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