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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2106676

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2106676

vendredi 22 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2106676
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantPAUL AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 20 juillet 2021, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, le dossier de la requête présentée par Mme D C, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Paris le 10 mai 2021.

Par cette requête, enregistrée le 21 juillet 2021 au greffe du tribunal administratif de Marseille sous le n° 2106676, Mme D C, représentée par Me Paul, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 février 2021 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice, a refusé de prononcer sa nomination au grade de premier surveillant de l'administration pénitentiaire, la décision expresse du 12 mars 2021 de rejet de son recours gracieux du 16 février 2021 et la décision implicite de rejet de son recours gracieux du 25 février 2021, née le 26 avril 2021 ;

2°) d'enjoindre au garde des sceaux, ministre de la justice, à titre principal, de lui accorder le bénéfice de sa réussite au concours et de la nommer au grade de premier surveillant, à titre subsidiaire, de lui accorder la conservation de son inscription sur la liste principale de ce concours, dans l'attente de sa nomination dans le nouveau grade à compter de son accession au 3ème échelon de surveillant pénitentiaire, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les décisions du 11 février 2021 et du 12 mars 2021 ont été signées par des personnes incompétentes ;

- la décision du 12 mars 2021 est entachée d'un vice de forme, tenant à une erreur quant à la date de son recours gracieux ;

- les décisions attaquées méconnaissent le principe d'égalité ;

- elle est fondée à exciper de l'illégalité des décrets du 10 mai 2017 et du 9 octobre 2019, qui méconnaissent le principe d'égalité ;

- elle est fondée à exciper de l'illégalité des décrets du 10 mai 2017 et du 9 octobre 2019, qui méconnaissent son droit acquis à être maintenu au 3ème échelon qu'elle avait atteint ;

- l'administration ne peut lui opposer le fait qu'elle n'avait pas atteint le troisième échelon à la date de passage du concours, dès lors que l'administration était tenue de vérifier, avant le passage des épreuves, qu'elle remplissait effectivement les conditions pour se présenter au concours.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juin 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 2019-1038 du 9 octobre 2019 ;

- le décret n° 2017-1009 du 10 mai 2017 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pouliquen, rapporteure,

- et les conclusions de M. Secchi, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D C est fonctionnaire, surveillante pénitentiaire depuis le 20 octobre 2015. Elle a été réussi le concours de premier surveillant à la session de 2021, le 22 janvier 2021. Par une décision du 11 février 2021, le garde des sceaux, ministre de la justice, a refusé sa nomination au motif qu'elle n'avait pas atteint le troisième échelon au 1er janvier 2021. La requérante a formé un recours gracieux le 16 février 2021 auprès du directeur interrégional des services pénitentiaires de Marseille, puis un recours gracieux auprès du ministre de la justice, le 25 février 2021. Par une décision du 12 mars 2021, le ministre a rejeté le recours du 16 février 2021. Le 26 avril 2021 est née une décision implicite de rejet du recours gracieux en date du 25 février 2021. Mme C demande l'annulation de la décision du 11 février 2021 et des deux décisions, implicite et expresse, de rejet de ses recours gracieux.

2. En premier lieu, la décision du 11 février 2021 a été signée par Mélanie A, cheffe du bureau du recrutement et de la formation des personnels. Mme A dispose d'une délégation de signature à l'effet de signer tous actes dans la limite de ses attributions, accordée par arrêté du 26 janvier 2021 portant délégation de signature (direction de l'administration pénitentiaire), régulièrement publiée au Journal officiel de la République française du 2 février 2021. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision du 11 février 2021 doit être écarté.

3. En deuxième lieu, il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative.

4. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que la requérante ne peut utilement soutenir que la décision du 12 mars 2021 a été signée par une autorité incompétente. En tout état de cause, l'administration produit en défense une délégation de signature régulièrement publiée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de M. B doit être écarté.

5. En troisième lieu, pour la même raison que celle mentionnée au point 3, la requérante ne peut utilement soutenir que la décision du 12 mars 2021 est entachée d'un vice de forme du fait d'une erreur matérielle quant à la date du recours gracieux mentionnée dans ce courrier. Le moyen, qui est inopérant, doit donc être écarté.

6. En quatrième lieu, pour lui refuser la nomination espérée à l'issue de sa réussite au concours de premier surveillant, le garde des sceaux, ministre de la justice, a opposé à Mme C le fait qu'elle n'avait pas atteint le troisième échelon de son grade au 1er janvier 2021. Cette condition est posée à l'article 35 du décret du 9 octobre 2019 modifiant le décret n° 2006-441 du 14 avril 2006 portant statut particulier des corps du personnel de surveillance de l'administration pénitentiaire, qui dispose que : " Du 1er janvier 2020 au 31 décembre 2024, par dérogation aux dispositions prévues au 1° de l'article 14 du décret du 14 avril 2006 précité, peuvent être promus au grade de premier surveillant les surveillants ayant atteint le 3e échelon et justifiant de quatre ans de services effectifs dans leur corps ".

7. En effet, conformément à l'article 73 du décret du 10 mai 2017 modifiant les statuts particuliers de divers corps de l'administration pénitentiaire, les surveillants auparavant au troisième échelon ont été reclassés au deuxième échelon avec conservation de l'ancienneté acquise, et les surveillants auparavant au deuxième échelon ont été maintenus dans cet échelon sans ancienneté, avec effet au 1er janvier 2019. En application de cet article, Mme C a été reclassée à l'échelon 2 à compter du 1er janvier 2019 et n'avait pas atteint l'échelon 3 au 1er janvier 2021.

8. D'une part, si le reclassement de Mme C en application de l'article 73 du décret du 10 mai 2017 modifiant les statuts particuliers de divers corps de l'administration pénitentiaire, a eu pour conséquence de faire obstacle à sa nomination à l'issue de sa réussite au concours de premier surveillant au titre de l'année 2021, cet article ne constitue pas la base légale de la décision attaquée, qui n'a pas non plus été prise pour son application. Par suite, la requérante ne peut utilement soutenir que la décision refusant sa nomination au grade de premier surveillant serait illégale au motif que cet article méconnaîtrait le principe d'égalité.

9. En tout état de cause, si l'article 73 du décret du 10 mai 2017 précité a modifié les conditions de durée dans chaque échelon, entraînant une différence de traitement entre agents d'un même corps, quant à la durée passée dans l'échelon 2, selon la date de leur entrée dans le corps, cette différence est inhérente à la succession dans le temps des règles applicables. En outre, contrairement à ce qu'affirme Mme C, l'application des dispositions de l'article 73 du décret du 10 mai 2017 ne crée aucune inversion illégale dans l'ordre d'ancienneté au sein du corps. Par suite et en tout état de cause, ces dispositions ne sont pas contraires au principe d'égalité.

10. D'autre part, l'article 35 du décret du 9 octobre 2019 a posé de nouvelles conditions d'accès au grade de premier surveillant, applicables de la même façon à tous les agents du corps auquel appartient Mme C. Par suite, celle-ci n'est pas fondée à soutenir que les dispositions de cet article créeraient une différence de traitement illégale et méconnaîtraient en conséquence le principe d'égalité. La requérante n'est donc pas fondée à exciper de leur illégalité à l'appui de sa demande d'annulation de la décision refusant sa nomination au grade de premier surveillant.

11. En cinquième lieu, les fonctionnaires ne peuvent invoquer aucun droit acquis au maintien de leur statut, lequel peut être modifié à tout moment, dans le respect des dispositions législatives en vigueur. Par suite, la requérante ne peut utilement exciper de l'illégalité dont serait entaché l'article 73 du décret du 10 mai 2017, au motif qu'il méconnaîtrait son prétendu droit acquis au maintien dans l'échelon 3.

12. En sixième et dernier lieu, aux termes du cinquième alinéa de l'article 20 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat : " Les nominations sont prononcées dans l'ordre d'inscription sur la liste principale, puis dans l'ordre d'inscription sur la liste complémentaire. S'il apparaît, au moment de la vérification des conditions requises pour concourir, laquelle doit intervenir au plus tard à la date de la nomination, qu'un ou plusieurs candidats déclarés aptes par le jury ne réunissaient pas lesdites conditions, il peut être fait appel, le cas échéant, aux candidats figurant sur la liste complémentaire ".

13. Il résulte de ces dispositions que Mme C n'est pas fondée à soutenir que le refus de nomination qui a lui a été opposé serait illégal au motif que l'administration aurait dû vérifier qu'elle remplissait les conditions pour concourir, avant qu'elle commence à passer les épreuves.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée, y compris ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Délibéré après l'audience du 1er décembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Brossier, président,

Mme Charpy, conseillère,

Mme Pouliquen, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2023.

La rapporteure,

Signé

G. Pouliquen

Le président,

Signé

J.B. BrossierLa greffière,

Signé

D. Dan

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice, en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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