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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2106704

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2106704

vendredi 12 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2106704
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSELARL BOTTAI-BELLAICHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 juillet 2021 et un mémoire enregistré le 6 décembre 2023, M. A B, représenté par Me Bottai, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner l'Etat, sur la base du rapport d'expertise rendu le 12 mai 2023, à lui verser des indemnités en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis à hauteur de :

- 1 500 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;

- 7 000 euros au titre du préjudice esthétique ;

- 16 000 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;

- 3 000 euros au titre du préjudice d'agrément ;

- 50 000 euros au titre de l'incidence professionnelle ;

- 15 304,55 euros et 68 100 euros au titre des préjudices financiers échus ;

- 820 632 euros au titre du préjudice financier à échoir ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat les dépens de l'instance ainsi que la somme de 3 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

Par un mémoire enregistré le 1er février 2022, la ministre des armées conclut au rejet de la requête pour irrecevabilité, en soutenant que le requérant a adressé par erreur sa réclamation indemnitaire préalable directement auprès de la commission des recours des militaires.

Par un mémoire enregistré le 18 décembre 2023, non communiqué, le ministre des armées maintient ses conclusions tendant au rejet de la requête pour irrecevabilité, par la même fin de non-recevoir.

La clôture de l'instruction a été fixée au 18 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la défense ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " Les présidents de tribunal administratif () et les présidents de formation de jugement des tribunaux et des cours peuvent, par ordonnance : () 4º Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser () " ;

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " Sauf en matière de travaux publics, la juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision () ". En application des dispositions du I de l'article R. 4125-1 du code de la défense, et sous réserve des exceptions prévues au III du même article, tout recours contentieux formé par un militaire contre des actes relatifs à sa situation personnelle doit être précédé, à peine d'irrecevabilité, d'un recours administratif préalable formé auprès de la commission des recours des militaires, que ce recours tende à l'annulation d'une décision ou à l'octroi d'une indemnité à la suite d'une décision ayant lié le contentieux. Aux termes de l'article R. 4125-2 du même code : " A compter de la notification ou de la publication de l'acte contesté, ou de l'intervention d'une décision implicite de rejet d'une demande, le militaire dispose d'un délai de deux mois pour saisir la commission par lettre recommandée avec avis de réception adressée au secrétariat permanent placé sous l'autorité du président de la commission. Ce délai est interrompu dans le cas où les parties engagent une médiation dans les conditions prévues aux articles L. 213-5 et L. 213-6 du code de justice administrative. La lettre de saisine de la commission est accompagnée d'une copie de l'acte. Dans le cas d'une décision implicite de rejet, la lettre de saisine est accompagnée d'une copie de la demande. Si la copie de l'acte ou, dans le cas d'une décision implicite de rejet, la copie de la demande ne sont pas jointes à l'envoi, le secrétariat permanent de la commission met l'intéressé en demeure de la produire dans un délai de deux semaines ; en l'absence de production dans ce délai, l'intéressé est réputé avoir renoncé à son recours. Le président de la commission en dresse le constat et en informe l'intéressé. Lorsque le recours est formé après l'expiration du délai de recours mentionné au premier alinéa, le président de la commission constate la forclusion et en informe l'intéressé. ".

3. Il résulte de ces dispositions que la commission des recours des militaires ne peut être régulièrement saisie que d'un recours formé contre une décision administrative, y compris en matière indemnitaire. Le président de la commission a le pouvoir de rejeter le recours formé par un militaire devant la commission au motif qu'il doit être réputé, en l'absence de décision administrative préalable, y avoir renoncé. Il incombe au juge, s'il est saisi par le militaire d'un recours qui n'a ainsi été valablement précédé d'aucun recours administratif préalable, de le rejeter comme irrecevable, alors même que l'administration présenterait devant lui des observations au fond.

4. Il ne résulte pas de l'instruction que M. B, qui a adressé directement auprès de la commission des recours des militaires une demande indemnitaire datée du 27 mai 2021, reçue le 3 juin 2021, ait saisi son administration, préalablement à ce recours obligatoire, d'une demande tendant à la réparation des préjudices qu'il estime avoir subis. Le président de la commission des recours des militaires a ainsi rejeté le 9 juin 2021, pour ce motif, le recours de l'intéressé. Il en résulte que, le contentieux indemnitaire n'ayant pas été lié, les conclusions indemnitaires de la présente requête sont irrecevables.

5. Il résulte de tout ce qui précède que la requête n° 2106704 de M. B est manifestement irrecevable et doit être rejetée comme telle par application des dispositions du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, en ce compris ses conclusions accessoires formées sur le fondement des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative.

6. Il n'en demeure pas moins que M. B, s'il s'y croit recevable et fondé, et comme l'y invite au demeurant l'administration défenderesse, de former directement devant elle une demande indemnitaire basée sur le rapport d'expertise rendue le 12 mai 2023, avant, éventuellement, de saisir la commission des recours des militaires puis le juge administratif.

ORDONNE :

Article 1er : La requête n° 2106704 de M. B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B et au ministre des armées.

Fait à Marseille, le 12 janvier 2024.

Le président de la 6ème chambre,

signé

J.B. Brossier

La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour la greffière en chef,

La greffière,

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